Présidentielle : L’UNAFEC de KYUNGU en lice

Font size: Decrease font Enlarge font
image UNAFEC - Siege, Lubumbashi

Au moment où il annonçait sa démission de la direction du parti mercredi 21 octobre 2015 à Lubumbashi, capitale du Haut-Katanga (sud-est de RD Congo),  Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza, a ramené à la surface la décision de l'Union nationale des fédéralistes du Congo (Unafec) d’avoir un « candidat à la présidentielle » de novembre 2016.

« L’Unafec a décidé d’avoir des candidats aux provinciales, aux sénatoriales, aux législatives ainsi qu’à la présidentielle. Elle va se choisir un candidat qui réponde à son profil », avait-il déclaré lundi 6 avril 2015, au lendemain de la clôture du congrès de son parti tenu à Lubumbashi.

Cinq mois plus tard, l’Unafec et six autres partis membres du Groupe de 7 (G7) quittaient la Majorité présidentielle (MP) le 16 septembre 2015, après la publication la veille dans la presse de leur « lettre ouverte » au président de la République Joseph Kabila Kabange invité au « respect de la Constitution ».

 Démission pour « convenance personnelle »

« Je remets le tablier et le parti va choisir, en attendant de se prononcer, un triumvirat va expédier les affaires courantes », a annoncé Gabriel Kyungu wa Kumwanza, qui a précisé avoir « démissionné pour des raisons de convenance personnelle ».

Au cours de conférence de presse tenue à Lubumbashi, le président du bureau provisoire de l'assemblée provinciale du Haut-Katanga a dit qu’« un nouveau président devra être désigné à l’issue du congrès de l’Unafec prévu à Lubumbashi la semaine prochaine ».

« Nous ferons les élections au cours des travaux du congrès qui va prendre trois jours. Nous allons réfléchir sur les structures du parti, son renouvellement, la mise en place de nouveaux responsables à tous les compartiments du parti », a-t-il indiqué.

Avouant avoir des ambitions de se « représenter à la présidence de l’Unafec lors du congrès du parti », a promis de « rester un combattant de l’Unafec et citoyen simple » après le congrès, s’il n’est « pas réélu ».

« Plus de garde rapprochée »

 Alors qu’il assumait encore les fonctions de président du bureau provisoire de l’assemblée provinciale du Haut-Katanga, Gabriel Kyungu s’est vu retirer sa garde rapprochée quatre jours après l’exclusion du G7 de la MP.

« Je suis encore en fonction, président du bureau provisoire de l’assemblée provinciale du Haut-Katanga. Les commandants qui sont venus ont dit que le chef de l’Etat les a envoyés pour enlever la garde chez moi.

Je le dis en face du monde : je remets ma sécurité entre les mains du chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange. C’est lui qui a donné l’ordre qu’on enlève les policiers chez moi. Tout ce qui peut m’arriver, l’opinion doit le savoir», a-t-il révélé le dimanche 20 septembre 2015 à Radio Okapi.

Reconnaissant que cette situation le « met désormais en insécurité », il a estimé que cette décision est justifiée par son « appartenance au G7, qui tient à l’organisation de l’élection présidentielle en 2016 comme le prévoit la Constitution ».

«Nous avons combattu la dictature »

Dans une interview accordée à la radio onusienne le 16 septembre 2015 et reprise ci-dessous, Gabriel Kyungu - l’un des signataires de la lettre ouverte adressée au président Joseph Kabila – commenté son contenu.

Gabriel Kyungu wa Kumwaza, bonjour. Quelles sont les motivations qui poussent les sept partis de la Majorité Présidentielle à rédiger cette troisième correspondance au Président de la République ?

Le patriotisme. Nous ne pouvons pas rester indifférents quand on constate que l'édifice risque de s'écrouler. C'est par patriotisme que nous alertons les décideurs afin qu'ils se ressaisissent  pour que nous n'allions pas dans l'abîme.

Qu'est-ce que vous avez constaté vous les sept partis de la Majorité Présidentielle ?

Nous constatons que maintenant nous tendons vers les anciennes mauvaises habitudes de vouloir trouver parmi nous des hommes providentiels, des hommes miracles au détriment des institutions pourtant mises en place de commun accord par référendum.

La tendance actuelle pour se faire aimer ou se faire remarquer, le langage du MPR [parti unique créé par le président Mobutu, NDLR] reprend. D'ici là, on va assister aux chansons telles que Djalelo tout simplement parce qu'on a tendance à éviter et combattre notre propre constitution.

Le point 13 de votre déclaration au président stipule: « la gravité de la situation et les risques qu'elle fait peser sur l'avenir de la RDC appelle des initiatives courageuses aussi bien de votre part que celles de la Majorité Présidentielle ».Quelles sont ces initiatives ?

Notamment notre lettre que nous adressons à l'autorité morale de la Majorité et à tous les membres du comité du bureau politique de la Majorité pour nous ressaisir. Dans cette lettre, nous relevons des faits qui risquent de faire dérailler le train notamment cette histoire en vogue de glissement.

Ça, c'est dangereux. Nous avons combattu la dictature dans ce pays, nous ne pourrons plus jamais accepter qu'il y ait des velléités dictatoriales à travers certaines décisions et certains faits qui nous inquiètent.

Parmi les voies de sortie à la crise qui guette déjà la RDC, vous proposez notamment qu'on se limite à l'organisation des élections présidentielle, législatives, sénatoriales et provinciales sur base d'un fichier révisé. Mais au point 22 de votre lettre vous dites: «La Majorité Présidentielle devra s'atteler à préparer en toute sérénité et conformément à sa charte,  les prochaines élections dans la perspective de l'alternance politique ». Que sous-entendez-vous? La Majorité devrait-elle se trouver un autre candidat en dehors de Joseph Kabila pour 2016 ?

Pourquoi pas? Pourquoi ça doit être un tabou que de parler de l'alternance pourtant c'est consacré dans la constitution? Nous ne pouvons pas chercher à inventer la roue. La Constitution est claire: vous avez deux mandants, après vous emballez.

Il faut maintenant à ce moment là préparer l'alternance d'autant plus que nous avons fait remarquer dans la lettre que nous de la Majorité, nous pouvons nous ressaisir, organiser ces élections et les gagner sans chercher des subterfuges du genre: « nous ne sommes pas encore rassasiés de vous ».

Ça non. Nous devons tout simplement rester calmes et préparer les élections dans le cadre de la constitution qui consacre l'alternance. Nous ne pouvons pas voir les choses autrement. C'est de l'aventure.

Et donc au sein de la Majorité, il y a beaucoup d'autres candidats potentiels qui peuvent exercer le rôle de président de la République ?

Chaque chose en son temps. Nous devons mettre le climat au sein de la Majorité. Vous allez voir les choses vont aller de soi, il y aura des vocations qui vont s'exprimer.

Vous affirmez aussi que la stratégie actuelle de la Majorité est suicidaire. Vous voulez parler de glissement ?

Justement. Où est-ce qu'on va? Vous avez vu vous-mêmes les événements du mois de janvier. La jeunesse de notre pays et les Congolais en général ne veulent plus rentrer dans les méthodes caporalistes pour s'imposer et rester éternellement au pouvoir.

Les gens n'en veulent plus. Et nous ne voulons pas vivre la situation du Burkinafaso. Nous ne voulons pas des troubles. C'est pourquoi nous disons: « préparons l'alternance dans la paix, dans la tranquillité, dans le calme pour connaître des élections apaisées et honnêtes ».

Quelles réponses le Chef de l'Etat a-t-il réservées à vos deux précédentes lettres parce que celle-ci est la troisième? Est-ce qu'il vous entend ?

Oui, c'est notre modeste contribution. Le Chef de l'Etat cherche que chacun mette la main à la pâte, c.à.d. donne ses idées. Et nous, nos idées nous les puisons dans la constitution.

Et nous donnons notre modeste contribution telle que demandée par le Chef de l'Etat lui-même parce que nous avons été consultés pour ça en rapport avec un éventuel dialogue.

L'actualité, c'est aussi l'arrêt de la Cour constitutionnelle. Et vous n'êtes pas du tout d'accord avec ce texte ?

Nous l'avons dit et nous avons épinglé le danger de la désacralisation de nos institutions. Parce que quand vous créez une histoire comme la Cour constitutionnelle, c'est quelque chose de sacré.

Alors quand vous lui imposez des matières, ça risque de dérayer cette institution à peine mise en place. Nous l'avons constaté et souligné: la décision que la Cour constitutionnelle a prise a énervé la constitution.  

Ne redoutez-vous pas d'être exclu de la Majorité Présidentielle ?

Evitons de procès d'intention. Nous avons fait notre devoir constitutionnel, nous ne sommes pas les membres du bureau politique pour rigoler. Nous sommes membres du bureau politique pour assister et aider le chef de la Majorité, notre autorité morale à se ressaisir et à garder l'église au milieu du village qu'est la Majorité Présidentielle.

Comment entrevoyez-vous l'avenir du processus électoral en RDC ?

Dans notre groupe, nous restons sereins. Et nous demandons aux uns et autres d'éviter, surtout d'extirper de la classe politique les hypocrisies et autres fumisteries en cherchant des mots et des actes qui risquent de tout abîmer.

Nous sommes conscients, nous sommes optimistes, les choses se passeront telles que la constitution a prévu.

[Interview réalisée par Alain Irung]


Cet article a été lu 3095 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0