RDC : MALUMALU empoisonné par la kabilie ?

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image Abbé Apollinaire MALUMALU

Sa dernière apparition publique remonte au mois d’avril dernier. Précisément le 16 avril, lors d’une conférence de presse à Kinshasa. Puis, plus rien. L’abbé président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) en RD Congo, est devenu aphone et invisible. Selon des sources qualifiées du Bureau de la Ceni, M. l’abbé Apollinaire Malumalu Muholongu avait quitté le même jour de jeudi 16 avril, quelques heures après sa rencontre avec les médias, pour des soins de santé appropriés en Afrique du Sud.

Ce jour-là, ce n’est pas un prêtre calotte, qui se présentait devant une cohorte de chevaliers de la plume et du micro. Plutôt, un Malumalu affaibli, longuement assis sur une chaise avec le bras droit immobile. Moulé dans un costume bleu marine sans clergyman et en casquette grise, l’abbé président de la Ceni s’exprimait avec presque le même élan de lenteur à la presse. « J’ai subi une intervention chirurgicale. Je suis déjà guéri. Le reste c’est une question de retrouver un peu de force », avait-il expliqué. Il ne s’était pas arrêté là. Aussi, l’abbé Apollinaire Malumalu avait-il ôté son shako pour montrer à l’assistance la cicatrice de sa plaie opératoire. C’était donc tout dire et tout comprendre. Il était en convalescence.

Un peu plus d’un mois après, les Congolais ignorent, tout sur la santé du numéro 1 de la Ceni. Dans des milieux politiques avertis de Kinshasa, cette absence de plusieurs jours de l’abbé président de la Ceni suscite des inquiétudes. Non sans raisons. En temps normal, le départ du pays, de l’abbé Apollinaire Malumalu passerait inaperçu. Ou presque. Mais quand on sait que la RD Congo se trouve engagée dans l’organisation d’un nouveau cycle électoral, il est donc légitime que cette « disparition » du président de la Ceni, des radars de la classe politique congolaise, puisse provoquer bien des remous.

Toutes les réactions enregistrées jusqu’à ce jour, se déclinent en termes de doute et d’interrogations. Cependant, toutes ces préoccupations se résument en une problématique : la RD Congo saura-t-elle organiser des élections souhaitées par tous libres, transparentes et démocratiques, sans la présence de Malumalu à la tête de la Ceni ? Exit des jugements de valeur fondés sur des à priori ! Ici, la base du raisonnement ne consiste pas à rattacher l’institution Ceni à la personne de son président. Le vrai débat doit plutôt porter sur les qualités managériales de l’abbé Apollinaire Malumalu en matière électorale. Certes, ce prêtre de l’Eglise catholique romaine en RD Congo, a des faiblesses. Autrement, il cesserait d’être humain. 

Toutefois, en ce qui concerne l’organisation des élections, cet homme qui a opté pour la soutane, charrie une expertise qui crée l’unanimité des Congolais autour de lui. Et, Malumalu a su le prouver en 2006, lorsque l’ex-Zaïre organisait les élections pluralistes depuis quatre décennies. 

Dans un pays post-conflit aux multiples défis, l’organisation des élections dans ce contexte politique comme celui-là, ressemblait quelque peu à une aventure osée. Mais il fallait bien prendre les risques. Car, ce fut le remède idoine au sempiternel mal, bien diagnostiqué « crise de légitimité du pouvoir » dont souffrait, depuis des décennies, le sommet de l’Etat du Zaïre de Mobutu.

DES ELECTIONS SANS MALUMALU….

« Des élections à tout prix en RD Congo dans les délais constitutionnels ». « Des élections coûte que coûte et sans le moindre glissement ». Ces différentes réactions (légitimes ?) de certains politiciens, majoritairement ceux de l’obédience de l’Opposition, sont récupérées par la rue qui en a fait son credo. Si pas un dada commun. « Ce n’est plus le moment de penser que la Ceni va encore changer son calendrier. Nous allons tenir le calendrier. Il ne faut pas croire qu’il y aura une élection sacrifiée. Il n’y en aura pas. Nous allons organiser toutes les élections », avait déclaré l’Abbé Malumalu au cours de sa conférence de presse du 16 avril dernier. 

Dans son discours, le président de la Ceni avait assuré la classe politique et la nation congolaise qu’on va vers les élections et que rien ne peut arrêter le processus en cours. « « On va vers les élections et il n’y a aucun doute. S’il y a encore des personnes qui ne savent pas que le train des élections est en marche, et bien des signes avant coureurs sont là. Nous avons tenu le pari qu’il n’y aura pas de changement de dates pour les candidatures », avait martelé l’Abbé Malumalu. Manière pour lui, de répondre aux acteurs politiques friands du sensationnel et qui tiennent parfois des discours subversifs, dont le seul but est de préparer les Congolais à la révolte. Comme si les élections en soi étaient une finalité. 

Une chose est d’organiser les élections dans les délais prévus. Mais une autre, et la plus essentielle, est d’organiser ces différents scrutins dans des conditions minimales, conduisant à la fiabilité et l’acceptabilité des résultats desdites élections par tous. Il est donc naturel que des contestations soient soulevées à l’issue d’une élection. Mais lorsque celle-ci est bien organisée, il y a lieu de minimiser les impairs ou irrégularité. De ce point de vue, qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, l’abbé Apollinaire Malumalu semble être l’homme de la situation. Tirant les leçons de sa première expérience en 2006, il pourrait faire encore mieux. 

Apollinaire Malumalu n’est ni inamovible ni immuable. Loin s’en faut ! Mais à comparer le cycle électoral de 2006 avec celui de 2011, qualifié par certains analystes politiques d’élections « jihadistes », l’absence de Malumalu à la tête de la Ceni pendant le processus électoral en cours, pourrait s’avérer une hallucination. 

[Laurel KANKOLE]


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