Elections 2016 : Quand la peur hante l’opposition congolaise

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image Opposition - Les opposants de "Joseph Kabila"

Lorsque l’Opposition congolaise s’est permise de déposer son « calendrier » dit « aménagé » à la CENI, Commission électorale nationale indépendante, elle affiche délibérément ses couleurs. Vraisemblablement, elle se camoufle derrière une peur bleue de l’après-2016 en trompant l’opinion. Ce que cette même opinion est en droit de savoir face à la mascarade de ces quelques opposants de circonstance aux abois, c’est tout simplement qu’à défaut de glaner un petit siège au sein de prochaines institutions, ils préfèrent le glissement. Pourtant, il faut aller aux élections tant revendiquées.

Qui trop embrasse mal étreint, dit un vieil adage. L’opposition congolaise, caractérisée en son sein par la grande et vieille légion des démons de division, visiblement déphasée et étranglée de l’intérieur, vient de se discréditer encore une fois en commettant un péché grave. Si ce n’est pas par omission, c’est par son action devant la Commission électorale nationale indépendante (CENI), annihilant ses propres chances d’alternance.

L’opposition monte les enchères

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Le cerveau de ces intentions a consciemment ou inconsciemment bien trouvé en persuadant ses pairs de commettre l’infamie. On aura tout compris, aux échéances électorales à venir, l’opposition n’est pas du tout prête, mais n’a pas de choix.

Les analystes avisés l’ont vite repéré. A la question de savoir si l’on devrait aller aux élections en ordre dispersé, sans base solide, sans moyens conséquents,… l’opposition, UDPS non comprise, ne veut réellement pas répondre à ce rendez-vous aux jours et dates affichés dans le calendrier global de la CENI. Et même la communauté internationale aux mamelles de laquelle elle ne se croit guère sevrée l’en aurait persuadée. Raison pour laquelle il fallait monter les enchères, probablement pour obtenir par cette voie détournée un autre dialogue, puis une transition avec le partage équitable et équilibré du pouvoir,… Tendons-nous déjà vers un glissement qui ne dit pas encore son nom ou tout simplement l’heure d’une nouvelle transition va bientôt sonner comme c’était le cas au lendemain de la Conférence nationale souveraine ou du Dialogue inter-congolais de Sun City ? La réponse affirmative à cette question, sans être une prophétie, pourrait alors s’avérer certaine. 

L’opposition au portillon de la CENI

La scène ahurissante jouée par l’opposition ou mieux une frange de celle-ci, le mardi 3 mars 2015, a étonné plus d’un. D’abord, trouver comme alibi que le calendrier électoral global de la Commission électorale nationale indépendante est irréaliste et inconstitutionnelle, c’est renvoyer l’affaire aux principes. L’opposition congolaise, pilotée par des députés, mieux des législateurs, ignore que la CENI, cette institution d’appui à la démocratie, est totalement une structure indépendante. Dans sa perversion, elle refuse exprès de reconnaître que c’est à la CENI, et à la CENI seule que revient la charge d’élaborer le calendrier électoral. S’y opposer ou se proposer de lui soumettre un autre calendrier est trop beau pour être vrai. C’est volontairement violer aussi bien l’article 221 de la Constitution consacrant l’indépendance de cette CENI, ainsi que la loi organique y relative. Lorsque certains élus du peuple, censés être les gardiens du temple, sont tombés dans ce piège de violation de la Constitution, s’alignant derrière un calendrier dit aménagé mais en réalité adapté aux besoins de la cause, ils ont prévariqué dans l’exercice de leurs fonctions primordiales. Un député ne devrait-il pas être un guide de ses compères égarés ?

Aussi bien consensuel que réaliste 

L’on a accusé le calendrier de la CENI de n’avoir pas tenu compte du principe consensuel, de ne pas être réaliste, …Et pour tout savoir, si le calendrier déjà rendu public n’est pas consensuel, la conscience de plusieurs le leur reprocherait. Qui d’entre les opposants reçus à la CENI ignorent que celle-ci compte en son sein des membres issus de toutes les tendances : Société civile, Majorité Présidentielle, Opposition dont l’UDPS et l’UNC,… C’est peut-être l’UDPS seule qui a compris que le vice-président de la CENI Me Jean-Pierre Kalamba étant des leurs, et que les loups ne se mangeant pas entre eux, l’UDPS reconnaîtrait ipso facto que la CENI n’a pas tort. Car, comme rien ne s’y fait sans concertations préalables, tous ont contribué à son élaboration. 

Stigmatisé de non réaliste, ce calendrier l’est pourtant. C’est souvent allusion faite au coût que cette question trouve sa justification. Il faut doter la CENI, pour ce faire, d’une enveloppe de 1 milliard 150 millions de dollars Us. Ce qui n’est pas une mince affaire certes, mais le 1er bailleur de fonds, le gouvernement de la République affirme avoir mis de côté un bon acompte depuis l’exercice 2014, promettant de mieux faire en 2015, voire en 2016 avant les législatives et la présidentielle. D’autre part, certains partenaires se disent prêts, pour probablement se taper une part de gâteau dans le plat des richesses congolaises ; d’autres dont la grande Chine, attendent que la demande leur soit faite,… et donc, ce n’est pas l’argent qui poserait problème dans cette logique. L’argument du ‘’calendrier non réaliste’’ est donc à balayer d’un revers de la main.

Quand la peur hante l’opposition

Alors, quel est le vrai problème ? Après que l’opposition l’ait réclamé à cor et à cri, de manière à réveiller les morts, la CENI a présenté à la face du monde, le 12 février dernier, un calendrier tant salué même par la communauté internationale. Est-ce de l’intox de le décrier près de 3 semaines après ? A vrai dire, un opposant modéré et bien réfléchi n’a fait plus que d’affirmer : « quoique nous fassions, nous sommes perdants’’. Donc, il est sage de jouer à la montre. On n’est pas prêt de ce côté-là pour y aller même s’il est facile d’entendre certains membres de l’opposition, sans pignon sur rue, affirmer le contraire. En cette période, certains politiciens cherchent à s’afficher, ils jouent à qui perd gagne, avançant des faux-fuyants, sans surprise aucune, mais convaincus dans leur for intérieur que cette bataille est perdue d’avance. Que la CENI ait réceptionné ce chiffon n’a rien à voir avec en tenir compte. Quand le vin est tiré, il faut le boire. La souveraineté et l’indépendance sont des principes réputés en démocratie. 

Malgré la bonne foi affichée du côté gouvernement quant au financement du processus électoral, il est fort probable qu’un glissement sinon un dialogue, débouchant sur une transition, vienne marcher sur le calendrier de la CENI. Remettant les compteurs à zéro ! Mais toucher au calendrier de la CENI, ne fût-ce qu’en l’amendant après l’avoir publié, c’est vider cette institution d’appui à la démocratie de toute sa substance. De même inverser les scrutins, c’est d’abord vouloir rester où l’on est, du moins pour ceux qui sont dans des institutions dont le Parlement. C’est aussi probablement baliser la voie à la crise de 1960. Il y a risque de consacrer une éternité, une carrière et non un mandat légal et légitime aux bourgmestres, sénateurs et députés, … et comme la majorité parlementaire actuelle sera en place, imaginez la scène où Kasa- Vubu dirige sans majorité parlementaire, au cas où jamais l’alternance était possible ! C’est au peuple d’ouvrir l’œil, et le bon. Le chantage est toujours bénéfique au malin. Et c’est vers l’opposition qu’il convient de river les yeux écarquillés, après que le sang ait coulé en prélude auxdites échéances électorales, le Congolais n’a plus droit à l’erreur.

[Emmanuel Badibanga/l'Avenir]


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