Respect de la Constitution : « KABILA » a la corde au cou

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image Joseph KABILA - Pendu

"Contrairement à ce que les officiels prétendent, la ville de Kinshasa est bien paralysée depuis trois jours. On ne croise presque plus personne sur les grandes artères de la capitale, à part les policiers et les éléments de la Garde républicaine", confie à Jeune Afrique une source proche du pouvoir au sein du Parlement de la RDC. Ce mercredi 21 janvier, des tirs ont été entendus près de l'université de Kinshasa où des jeunes tentaient de se rassembler pour continuer la protestation contre le projet de loi modifiant la loi électorale en vigueur. Le texte conditionne la tenue des élections législatives et présidentielle à l'organisation du recensement général de la population. L'UE a appelé mercredi au "retour au calme" et au "respect des échéances électorales" en RDC. Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, rappelle que le soutien de la Belgique au processus électoral dépend de la fourniture d’un calendrier clair et conforme à la constitution. Russ Feingold, souligne que « le recensement  ne peut pas servir d'excuse pour retarder des scrutins qui doivent se tenir d'ici à la fin 2016 », comme c'est prévu par la Constitution. « Si le gouvernement congolais en vient à ne pas respecter sa loi fondamentale, insiste l'émissaire américain, cela nuirait gravement à la réputation de la RDC dans le monde. » L'archevêque de Kinshasa, Laurent Monsengwo, appelle les autorités congolaises à cesser de "tuer" leurs concitoyens : "Certains hommes politiques, avec les forces de l'ordre, sèment la désolation et créent l'insécurité générale. Nous stigmatisons ces agissements qui ont causé mort d'homme et lançons vivement cet appel: arrêtez de tuer votre peuple", écrit le prélat. 

Risque pour la stabilisation du pays

L'Union européenne a appelé mercredi au "retour au calme" et au "respect des échéances électorales" en République démocratique du Congo, en proie à des violences entre policiers et jeunes hostiles au président Joseph Kabila.

"Toutes les forces politiques doivent rechercher un consensus qui permette un apaisement et un retour au calme", a indiqué dans un communiqué un porte-parole du service diplomatique de l'UE.

"Le respect des échéances électorales telles que fixées par la Constitution est au centre du débat" et "l'UE attend la publication d'un calendrier complet incluant les élections législatives et présidentielle qui s'inscrivent dans ce cadre constitutionnel", a-t-il ajouté.

"Les tensions politiques liées à l'examen du projet de révision de la loi électorale en République démocratique du Congo, ainsi que les violentes manifestations à Kinshasa et d'autres villes du pays ayant fait de nombreuses victimes, constituent un risque pour la stabilisation du pays", souligne l'UE.

La ville de Kinshasa, capitale de la RDC, a été en effervescence le lundi 19 janvier 2015. Au finish, des pillages, des morts et des arrestations à la suite de violentes manifestations. Le gouvernement des Etats-Unis se dit « préoccupé par les rapports faisant état de violences à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, suite à l’adoption de la loi électorale ».

Vers la fin d'un régime d'imposture

L'opposant congolais Etienne Tshisekedi a lancé mardi depuis Bruxelles un appel solennel au peuple pour contraindre le régime finissant du président de la République démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, à quitter le pouvoir.

Je lance un appel solennel à notre peuple de demeurer mobilisé, de manière permanente, pour contraindre ce régime finissant à quitter le pouvoir, en usant de tous les moyens que nous confère l'article 64 de notre Constitution, a déclaré dans un communiqué le président du principal parti d'opposition, l'Union pour la Démocratie et le Progrès social (UDPS).

Opposant historique aux régimes successifs du dictateur Mobutu Sese Seko, de Laurent-Désiré Kabila puis de son fils Joseph, Etienne Tshisekedi, 82 ans, a lancé cet appel depuis Bruxelles, où il poursuit sa convalescence, au deuxième jour de violences à Kinshasa entre policiers et jeunes hostiles au président Joseph Kabila.

L'article 64 de la constitution congolaise stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d'individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l'exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Mais il ajoute que toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l'Etat.

Le régime d'imposture, en place à Kinshasa, ne cesse de multiplier les actes irresponsables de provocation, plongeant ainsi la nation dans une impasse totale qui risque d'installer un climat de chaos généralisé, avertit M. Tshisekedi, qui assure n'avoir jamais cessé de demander au peuple de se mobiliser pour réclamer pacifiquement ce qui lui revient.

L'opposant demande également à la communauté internationale de protéger la population congolaise en proie à des actes de barbaries. S'adressant aux soldats et policiers, il les enjoint de protéger le citoyen et non d'obéir à des ordres pervers, qui visent à tuer des hommes et des femmes sans défense.

M. Tshisekedi avait contesté en 2011 sa défaite face au président Joseph Kabila, dénonçant des fraudes et se proclamant président-élu. Il avait annoncé en novembre se préparer pour la présidentielle de 2016.

Kinshasa a connu mardi une deuxième journée de violences entre policiers et jeunes hostiles au président Joseph Kabila. La mairie d'un quartier de la capitale a été incendiée, en marge de l'examen d'une nouvelle loi électorale controversée. La capitale de l'ancien Congo belge était par ailleurs privée d'internet, sur ordre des autorités et a été le théâtre de nombreuses scènes de pillages.

Déclaration des Etats-Unis sur les violences à Kinshasa

Le gouvernement des Etats-Unis est préoccupé par les rapports faisant état de violences à Kinshasa, en République démocratique du Congo, suite à l’adoption de la loi électorale.

Les Etats-Unis soulignent l’importance de protéger l’espace politique et de garantir à tous les citoyens le droit de se rassembler pacifiquement et d’exercer leur droit de liberté d’expression.

Nous appelons tous les acteurs congolais en présence—y compris les forces de sécurité, les membres de la société civile et ceux de l’opposition—à faire montre de retenue et à s’abstenir de tout acte de violence.

Les Etats-Unis réitèrent leur appui à la tenue d’élections pacifiques et crédibles dans les délais requis en RDC.

Kinshasa en effervescence le lundi 19 janvier 2015

Tout a commencé à l’Université de Kinshasa (UNIKIN), cet établissement public qui a semblé cristalliser le ras-le-bol général de la population contre la loi électorale adoptée tard samedi 17 janvier 2015 à l’Assemblée nationale en l’absence des députés de l’Opposition. 

Les étudiants ont saccagé le bureau qu’occupe le professeur Evariste Boshab (vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur) à l’UNIKIN où il dispense les cours de droit constitutionnel. Un autre bureau saccagé et pillé au Campus universitaire, est celui d’un autre constitutionnaliste proche de la MP, le professeur Jean Louis Esambo.

Alors que la police semble débordée, les escarmouches se sont multipliées entre les étudiants et la Police qui a dispersé violemment, à balles réelles, le moindre rassemblement des manifestants.

Même si le bilan officiel reste encore inconnu, plusieurs sources font état de « personnes tuées »  et de « blessés », dont les agents de l’ordre. Des gaz lacrymogènes et des cocktails Molotov ont été jetés sur des véhicules qui passaient.

Certains magasins chinois, qui ont ouvert leurs portes, ont été pillés. Des manifestants ont barricadé les différentes artères publiques avec des pneus en flammes. Le constat est le même dans plusieurs Commune et quartiers de la  capitale.

« Inviolabilité du Parlement »  

Dans le centre-ville, toutes les activités ont été paralysées et aucun magasin n’a ouvert ses portes. Le quartier Beau-vent, où est érigé le Palais du peuple, siège du Parlement, a été totalement bouclé par des policiers, militaires et des éléments de la Garde présidentielle. 

Les sièges de trois partis d’opposition (l'UNC de Vital Kemerhe, le MLC de Jean-Pierre Bemba et le MLP de Franck Diongo) ont été inaccessibles.

Selon le ministre des Médias Lambert Mende, porte-parole du Gouvernement contacté par RFI, l’ordre a bien été donné de disperser les manifestants « pour les empêcher d’atteindre l’Assemblée nationale, au nom de l’inviolabilité du Parlement ». 

Il a précisé que « les incidents, qui ont eu lieu dans le reste de la ville, n’ont pas de lien », reconnaissant tout de même qu’ « il y a eu effectivement quelques débordements avec des cas de pillages dans les quartiers périphériques où la police, je pense, a mis bon ordre ».

« Il n’y a aucun tir à balle réelle qui a été signalé, et nous savons nos amis très prompts à dramatiser les choses pour nous mettre en difficulté », a-t-il ajouté.

Des incidents à l’intérieur du pays

Des incidents du même genre ont été aussi signalés à l’intérieur du pays, notamment, à Lubumbashi (Province du Katanga) et à Goma (Nord-Kivu) où les forces de l’ordre ont dispersé les attroupements à coups de gaz lacrymogènes. Des tirs ont été entendus et il y aurait eu plusieurs arrestations.

Pour rappel, l’Assemblée nationale de la RD Congo a voté tard, samedi 17 janvier 2015, la loi électorale modifiée en l’absence de l’opposition qui a, elle, appelé à une manifestation de masse lundi pour protester contre ce projet.

Les députés de l’opposition avaient perturbé la séance d’ouverture de l’examen du projet de loi, avant de finalement quitter le parlement et de boycotter les travaux jusqu’à l’adoption de la loi. 

Ils considèrent aussi que l’adoption de la loi s’est faite dans la précipitation car, la séance de vote s’est tenue le jour de la commémoration de l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, un jour férié en RDC. C’est ainsi que, réunie en conclave la semaine dernière, ils ont appelé à une manifestation de masse lundi au parlement.

Le nouveau texte fait du recensement de la population, un préalable à l’organisation des prochains scrutins présidentiel et législatifs. Les opposants estiment que cette disposition vise en réalité à prolonger le bail du président Kabila à la tête de la RDC après son dernier mandat qui s’achève en 2016, alléguant que le recensement prendrait plusieurs années pour être effectué dans un pays de plus de 2 millions de kilomètres carrés.

[avec Afp, J.A]


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