RDC : CENI, suicide

Font size: Decrease font Enlarge font
image Abbé Apollinaire MALUMALU

Le fait de s’accrocher à une feuille de route aussi virtuelle qu’utopique relève, dans le chef de la CENI, du suicide. Vouloir organiser des élections urbaines, municipales et locales en 2015, tout en renvoyant les  scrutins essentiels, à savoir législatifs et présidentiel, à une date incertaine, est un pari difficile sinon impossible relativement aux exigences juridiques, logistiques, financières et organisationnelles. L’évolution de la situation devrait inspirer la CENI et la pousser à se remettre en question.

Malgré toutes les critiques, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est restée fidèle à la logique qu’elle a tracée le 26 mai 2014. Ce jour-là, devant la presse, le président de la CENI dévoilait le calendrier des élections urbaines, municipales et locales. Mais sur papier, le pari de la CENI relève de l’impossible, tant sur le plan logistique, financier qu’organisationnel. La CENI semble donc bâtir son édifice sur du sable mouvant, sans assurance évidente du lendemain. Le temps ne serait-il arrivé de reconsidérer l’ensemble du processus électoral jusqu’à l’échéance fatidique du 2016 ?

Le calendrier électoral partiel publié par la CENI le 26 mai 2014 en rapport avec les élections urbaines, municipales et locales continue d’alimenter la chronique. De l’extérieur, les partenaires au développement de la RDC, dont les Etats-Unis et les Nations unies, ont ouvertement fait part de leur désapprobation, estimant que le calendrier partiel de la CENI ne rassurait pas quant à la mise en œuvre du cycle électoral 2014-2016. Les assurances de M. l’abbé Malumalu, convaincu de réunir les moyens nécessaires, n’ont pas non plus ébranlé leur pessimisme.

Si l’on n’est pas encore en face d’un langage des sourds de part et d’autre, il y a néanmoins des questions qui exigent de réels éclaircissements, pour éviter, notamment de retomber dans les erreurs fatidiques de 2006 et 2011. Ne dit-on pas que « du choc des idées jaillit la vérité ». Et la vérité, c’est celle de s’interroger sur la capacité de la CENI à ramener le peuple congolais aux élections urbaines, municipales et locales en 2015, comme fixé dans son calendrier du 26 mai 2014, alors que rien jusqu’à ce jour n’indique que les préalables que lui-même a relevés seront rencontrés.

Répondant le 26 mai 2014, M. l’abbé Malumalu s’est voulu plutôt confiant. A l’occasion, il avait indiqué que la fixation de ce calendrier partiel ne devait pas connaître des problèmes majeurs, essentiellement en termes de financement. Il fondait ses assurances sur la loi de finances votée par le Parlement pour l’exercice 2014 qui, selon lui, devait vider cette question de toute sa subsistance. Il soulignait, cependant, que pour garantir l’organisation de ces élections dans le délai fixé par la CENI, chaque institution devait s’impliquer et répondre véritablement de ses prérogatives. « Il appartient à chaque institution de prendre ses responsabilités. Quant à la CENI, de par la Constitution, elle est l’institution habilitée à publier le calendrier électoral », avait tranché l’abbé-président de la CENI.

Les contraintes non révélées de la CENI

A la question du respect par la CENI de ce calendrier électoral partiel, M. l’abbé Malumalu n’a pas bronché. Il reste convaincu que la CENI respectera le calendrier ainsi rendu public. Il a indiqué que ce calendrier était « la somme des contraintes ». De quelles contraintes s’agit-il ? Le président ne s’est malheureusement pas hasardé sur ce terrain.

Toujours est-il que, pour des élections à mi-parcours prévues en 2015, des contraintes, et non des moindres, persistent. Elles sont d’une dimension transversale, dans la mesure où la plupart d’entre elles prennent en compte les contingences nationales et internationales. Et dire que la communauté internationale s’est voulue intransigeante sur ce dossier. Car, pour l’ensemble de partenaires de la RDC, dont l’apport est inestimable dans l’organisation d’élections en RDC – se servant de l’expérience de 2006 et 2001 – le financement extérieur reste conditionné à la publication d’un calendrier qui s’étend jusqu’en 2016, c’est-à-dire incluant aussi bien les législatives nationales que la présidentielle.

Alors que les critiques formulées de part et d’autre n’avaient pas encore trouvé des réponses du côté de la CENI, le gouvernement a encore apporté de l’huile au feu en adoptant le 9 juin 2014 en réunion extraordinaire du Conseil des ministres quatre projets de lois à soumettre à l’approbation du Parlement. Il s’agissait notamment de : projet de loi portant organisation des élections urbaines, municipales et locales; projet de loi portant organisation des élections provinciales, sénatoriales ; des gouverneurs et vice-gouverneurs ; projet de loi portant organisation des élections présidentielle et législatives ; projet de loi portant révision de certains articles de la Constitution telle que modifiée par la loi n°11/002 du 20 janvier 2011 portant révision de certains articles de la Constitution de la RDC.

De l’avis du gouvernement, « ces projets de lois sont la résultante d’une évaluation rigoureuse des élections de 2006 et 2011 ». « Cette évaluation, rappelait-il, a mis à jour la nécessité de réaménager le cadre légal qui régit les élections dans notre pays ». Il motivait alors sa décision au regard de l’impératif « d’une part, de corriger les faiblesses qui ont été à la base des dysfonctionnements observés lors de ces deux scrutins et, d’autre part, de finaliser la décentralisation instituée par la Constitution de 2006 au moyen de l’organisation effective des élections au niveau local ».

Rattrapé sans doute par la réalité, le gouvernement indiquait qu’il paraissait « en effet indispensable d’élaborer des règles simples et adaptées aux moyens disponibles », estimant qu’au travers de ces quatre projets de loi « chaque niveau d’élection se voit ainsi doté de dispositions légales particulières qui régentent son organisation ». Voilà le nœud du problème.

Le choix judicieux

L’organisation des élections en 2015 pose de sérieux problèmes. Et, en toute conscience, la CENI doit répondre afin d’éviter que le pays ne chavire dans le néant. L’année 2015 étant une année charnière qui mène à l’échéance de 2016, la CENI n’a pas droit à l’erreur.

Jouer au funambule en proposant un calendrier dont elle a la certitude de ne pas réaliser dans le délai, c’est ramener à la surface le spectre des élections ratées de 2006 et 2011 dont les stigmates ne se sont pas encore complètement effacés.

Il y a donc un débat national – un vrai débat – qui doit être engagé en rapport avec le cycle électoral. Dans un dialogue à la fois franc et sincère, tous les partenaires engagés dans le cycle électoral 2014–2016 doivent avoir le courage d’aborder le problème, loin de toute passion. Il y va de l’avenir du pays. Tenter le forcing en s’engageant dès 2015 dans un cycle électoral,  biaisé à l’avance, c’est compromettre la jeune démocratie qui espère, avec cette troisième série d’élections asseoir véritablement les bases d’une vrai démocratie au cœur de l’Afrique.

Il y a lieu de se poser des questions qui seront déterminantes pour la suite du processus électoral. Est-il possible de se passer en 2015 des élections urbaines, municipales et locales ? La CENI n’a-t-elle pas intérêt à se concentrer en priorité sur les législatives nationales et la présidentielle de 2016 ?

L’envoyé spécial des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs a tout récemment effleuré le problème sans que ce point de vue ne suscite un vrai débat national. Aujourd’hui, avec les difficultés qu’accumule la CENI, il devient impérieux de soulever cette question. Tenir, comme semble le faire croire la CENI, à organiser des élections urbaines, municipales et locales en 2015, c’est ni plus ni moins mettre la charrue devant le bœuf.

Quoi qu’on dise, et peu importe les assurances de son président, la CENI ne réunira pas les moyens nécessaires pour entamer le cycle électoral 2014 – 2016 avec des élections partielles de 2015. Ce faisant, elle va s’embourber au point de ne pas être ne mesure de garantir les élections à l’échéance 2016. Or il faut tout mettre en œuvre pour éviter que 2016 ressemble à 2006 et à 2011 et par conséquent, ne devienne une nouvelle année noire dans la maturation de la jeune démocratie congolaise.

Plus que jamais, la classe politique congolaise et toutes les forces vives de la nation, avec l’accompagnement des partenaires extérieurs, doivent se décider en toute objectivité du schéma à suivre pour que cette mandature ne se termine  dans un flou indescriptible.

D’ores et déjà, une chose est vraie. Les élections promises en 2015 ne sauront jamais être tenues dans ce délai. La CENI et le gouvernement, son principal partenaire, n’en ont ni les moyens ni les capacités. Et la communauté internationale n’est pas non plus inscrite dans cette logique. Il est donc question de faire un choix judicieux en privilégiant ce qui est indispensable pour la consolidation de la démocratie congolaise. De ce point de vue, la CENI a intérêt à recentrer ses efforts sur les législatives nationales et la présidentielle. Il n’est pas exclu que la pyramide électorale soit renversée, ou poursuivie plus tard.

Contrairement à ce que pense la CENI, ces deux scrutins sont ceux qui vont déterminer l’avenir de la RDC - dès 2016. Penser le contraire, c’est faire preuve de cécité devant un environnement politique interne en forte mutation et un monde dont les regards convergent sur la RDC.

[lePotentiel]


Cet article a été lu 4526 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0