RDC : Soyons-en sûrs… L’Eglise ne peut pas sortir indemne du débat politique

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image Etienne TSHISEKEDI, Cardinal MONSENGWO et Joseph KABILA

Les Congolais en ont vécu l’avant-goût le 12 décembre 2011 lorsque Mgr Laurent Monsengwo, Cardinal pour la RDCongo et le Congo-Brazzaville, a manifestement failli en évoquant des chiffres partiels erronés, s’agissant du candidat Etienne Tshisekedi. Non seulement qu’il a été attrapé en flagrance de mensonge, mais en plus il a violé l’engagement de la Cenco qui, neuf jours plus tôt, a affirmé que « ce n’est pas le rôle de l’Eglise de donner des résultats ». Les auditeurs de Rtbf ont entendu le prélat proclamer Etienne Tshisekedi vainqueur. Paradoxalement, même en affichant sa solidarité à l’égard de Laurent Monsengwo dans son message du 11 janvier 2012, la Cenco n’a pas relayé cette proclamation ; preuve – si besoin est – d’un désaveu qui ne dit pas son nom.

Juan Gomez de Rfi a animé son émission « La Libre Antenne » du mardi 17 janvier 2012 avec un thème attractif : la place de l’Eglise africaine dans la gestion politique de l’Etat. Il s’est appuyé, notamment, sur le cas de la RDC en mettant en exergue la question électorale. On sait, en effet, que l’Eglise catholique romaine a déployé 30.000 observateurs électoraux sur toute l’étendue du pays dans le cadre des élections présidentielle et législatives du 28 novembre 2011. Mais, ce que l’on ne dit pas assez, c’est que ce déploiement n’a concerné que 23,9 % des 63.685 bureaux ouverts par la Céni. Le 3 décembre 2011, Mgr Nicolas Djomo, président de la Cenco, a attribué cette faible représentativité au manque de moyens. Ce qui, tout naturellement, fausse d’emblée tout débat politique impliquant son Eglise. Or, le 11 janvier 2012, la Cenco a pris position en qualifiant ces élections de « débâcle électorale »…

Au cours de cette émission sur Rfi, certains auditeurs se sont prononcés pour l’implication de l’Eglise africaine dans la gestion politique de l’Etat, d’autres non. Evidemment, les auditeurs « pour » étaient du côté de l’Opposition ; les auditeurs « contre » du côté de la Majorité. Le débat reste ouvert.

C’est justement parce qu’il l’est qu’il est intéressant de circonscrire l’enjeu. Car, le débat  démocratique est essentiellement un débat d’idées entre des personnes qui s’estiment égales. Des personnes qui ont le même statut et qui doivent être traitées sur base de ce principe.

Dans cette logique, un abbé, un pasteur ou un berger qui veut débattre de la gestion politique doit accepter d’être l’égal de son debater qui, lui, peut être un acteur politique, un juriste, un journaliste etc.

N’étant pas intemporelle, la question politique est temporelle.

Or, nous sommes dans une société où le ministre de Dieu, quelle que soit la religion à laquelle il appartient, incarne une autorité sacrée. Il passe même, aux yeux de certains, pour l’être qui ne peut pas faillir ni défaillir ! C’est le saint.

Figurons-nous alors que les fidèles viennent à découvrir, au cours d’un débat démocratique, que le représentant sur terre de leur Dieu est littéralement mis K.O. sur le plateau d’une chaîne de télévision, au studio d’une chaîne de radio ou dans les colonnes d’un journal, sinon dans le forum d’un site Internet, par un redoutable debater laïc, voire athée  !

C’est une calamité…

Cette calamité, les Congolais en ont vécu l’avant-goût le 12 décembre 2011 lorsque Mgr Laurent Monsengwo, Cardinal pour la RDCongo et le Congo-Brazzaville, a manifestement failli en évoquant des chiffres partiels erronés, s’agissant du candidat Etienne Tshisekedi. Non seulement qu’il a été attrapé en flagrance de mensonge, mais en plus il a violé l’engagement de la Cenco qui, neuf jours plus tôt, a affirmé que « ce n’est pas le rôle de l’Eglise de donner des résultats ». Les auditeurs de Rtbf ont entendu le prélat proclamer Etienne Tshisekedi vainqueur. Paradoxalement, même en affichant sa solidarité à l’égard de Laurent Monsengwo dans son message du 11 janvier 2012, la Cenco n’a pas relayé cette proclamation ; preuve – si besoin est – d’un désaveu qui ne dit pas son nom.

Il y a lieu de le souligner déjà : Laurent Monsengwo n’en est pas à sa première « douche froide ». Soupçonné d’être l’initiateur du schéma « ni Cns-ni Conclave », c’est-à-dire ni « Conférence nationale souveraine » ni « Conclave politique de Kinshasa » - le schéma dit « 3ème voie » ayant ramené Léon Kengo wa Dondo à la primature - le prince de l’Eglise catholique romaine est resté 17 ans durant en rupture de communion avec les Tshisekedistes de l’Udps. Au nombre desquels, cela va de soin, des Chrétiens catholiques acquis à la cause du lider maximo.

Même s’ils le portent aujourd’hui aux anges en raison du soutien à l’Opposition, ces Chrétiens sont des compatriotes frustrés. On ne serait pas étonné d’apprendre que bon nombre ont cessé de croire en l’Eglise catholique romaine comme organisation ecclésiale, mais surtout en l’Eternel Dieu.

Aujourd’hui, les Kabilistes catholiques remplacent les Tshisekedistes catholiques dans cette perte de confiance. Qu’ils soient minoritaires ou majoritaires dans leur confession religieuse, ils considèrent, de façon légitime, que le cardinal a choisi son camp.

Par voie de conséquence, ils se laissent convaincre de la faillibilité du prélat.

En fait, pour revenir au débat proposé par Rfi, la Cenco a habitué les Congolais à des messages politiques généralement sévères à l’égard des gouvernants mais tolérants à l’endroit des opposants.

Il a cependant toujours été constaté qu’elle table ses analyses sur des éléments en sa possession et ne cherche pas à recueillir à la source des éléments susceptibles de contredire les siens. Elle se comporte comme si elle a le monopole de la science et de la conscience.

Revenons à Mgr Laurent Monsengwo. Dans sa même déclaration du 12 décembre 2011, il a fait sienne, au point 4, l’information de l’ONG américaine Human Rights Watch faisant état de 18 personnes mortes dont 14 tuées, selon elle, par la Garde républicaine, entre le 26 et le 28 novembre 2011. « Dix-huit morts pour des élections, c’est trop ! », dit-il.

Pourtant, le prélat n’est pas sans savoir que depuis une dizaine jours plus tôt, le Gouvernement n’a eu de cesse de recommander cette ONG d’entrer en contact avec la Haute cour militaire pour aider celle-ci à disposer d’éléments nécessaires à une enquête devant identifier les victimes et les coupables, et de sanctionner ceux-ci. Hrw ne l’a pas fait. D’ailleurs, un mois et demi après, elle continue d’ignorer cette requête. Comme si elle n’a pas de preuves de ses affirmations.

Figurons-nous alors que le prélat se soit retrouvé dans un débat politique avec un membre du gouvernement ou un magistrat de la Haute cour militaire ! Est-on sûr qu’il s’en serait sorti indemne ?

On peut multiplier des exemples en abordant des questions sécuritaires, économiques, sociales etc. pour lesquelles la Cenco se montre chaque fois savante, sans en réalité l’être une fois confrontée aux réalités du terrain.

La leçon à tirer est qu’à force de croire qu’elle connaît tout par elle-même et qu’elle n’a pas besoin de s’informer auprès des experts pour une meilleure appréciation des enjeux du pouvoir temporel, l’Eglise (toutes confessions confondues) pèche par l’autosuffisance.

Et, ses enfants (ses ouailles) sont souvent décontenancés au point d’être affectés dans leur foi.

La Bible dit alors aux ministres de Dieu tentés par le pouvoir temporel : « Malheur à vous aussi, docteurs de la loi ! Parce que vous chargez les hommes de fardeaux difficiles à porter, et que vous ne touchez pas vous-mêmes de l’un de vos doigts ». C’est en Luc 12 :46.

Depuis le 24 avril 1990, que de fardeaux difficiles faits porter au peuple congolais par une Eglise qui se fourvoie dans le débat politique, une Eglise qui crie au blasphème à toute voix discordante !

Omer Nsongo die Lema


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sa majesté on 22/01/2012 22:01:01
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Torchon mieux pour la poubelle.
Va faire le lêche-botte ailleurs Mr.LEMA, tu ne connais pas la Bible.
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