Impossibilité financière : L'arme fatal de « KABILA » pour s’éterniser au pouvoir

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image Joseph KABILA - President sortan de RDC, prestation de serment

On est en 2011. La majorité parlementaire de l’époque (Amp) fait réviser la Constitution et supprime le second tour de l’élection présidentielle. Motif : impossibilité financière, de la part du gouvernement, de l’organiser. Les élections provinciales qui devaient s’y coupler, et programmées pour début 2012, ont dès lors été reportées…à plus tard. La Commission électorale les programmera finalement pour le 25 octobre 2015. Elles n’ont pas eu lieu. Motif : manque d’argent. Une fois encore. Entre-temps, le gouvernement estime urgent de procéder au découpage territorial – sans doute voulu par la Constitution - qui fait passer le pays de 11 à 26 provinces. Démembrement qui entraînait l’élection des membres des bureaux permanents de nouvelles assemblées provinciales et des gouverneurs de nouvelles provinces. Le gouvernement s’est déclaré incapable d’organiser l’élection de ces nouvelles autorités. Raison invoquée : pas d’argent. Une fois de plus. 

L’organisation des futures élections législatives et présidentielle paraît, elle aussi, hypothétique. Le gouvernement annonce déjà - s’avoue – être dans l’incapacité de mobiliser les moyens budgétaires nécessaires pour leur tenue à l’échéance constitutionnelle de novembre 2016. Le temps que les caisses de l’Etat se remplissent de nouveau - combien d’années cela prendra-t-il ? -, doit-on, d’ici là, mettre une croix sur les élections au Congo ? Le processus démocratique (le renouvellement des mandats politiques notamment) entre-t-il, pour longtemps, dans l’impasse ?

Devant un besoin important et pressant, et lorsque les revenus réguliers ne permettent pas de le satisfaire, toute personne, toute institution ou tout pays s’endette. Ce que la RD Congo a fait, plusieurs fois, depuis son indépendance. Ainsi la contrainte constitutionnelle d’organiser les différentes élections - source de légitimité des dirigeants politiques à différents niveaux - au cours de l’année 2016 impose-t-elle au gouvernement de trouver (absolument) les moyens de les financer, tenant compte du fait qu’une frange de l’opinion nationale - et l’opposition politique en particulier - n’est nullement favorable à la prolongation, au-delà de 2016, des mandats actuels des députés provinciaux, des sénateurs, des députés nationaux et du président de la République. La remise en question de leur légitimité pourrait replonger le pays dans une grave instabilité, les querelles de légitimé étant la cause de toutes les rebellions que le Congo a connues depuis son indépendance. L’ambiance politique actuelle en donne déjà les signes.

Le déficit budgétaire est aujourd’hui brandi par le pouvoir comme un impératif catégorique du « Dialogue », incontournable forum - de son entendement - duquel dépend la suite du parcours démocratique du pays. A croire le président de la République, par son récent discours à la nation, on y parlerait exclusivement des modalités…moins coûteuses de l’organisation des élections. Qu’il en coûte beaucoup ou peu aux Congolais, est-il que les fonds doivent être mis à la disposition de la Céni, au plus tôt. Or, le budget 2016 ne prévoit à peine que la moitié du montant (1,2 milliard de dollars) demandé par la commission électorale. Que le Dialogue ait lieu ou pas, des ressources financières doivent être trouvées. Où ? Comment ?

A notre avis, deux possibles (mais non exclusives) solutions s’imposent aux Congolais. La première : un emprunt urgent et spécial auprès des tiers, nationaux ou étrangers – qu’ils soient de « l’Orient ou de l’Occident ». Le pays n’en perdra ni sa dignité ni sa souveraineté. Et c’est ce qu’il a d’ailleurs fait à travers l’accord « minerais contre infrastructures » (pour 6 milliards de dollars), particulier contrat qu’il a signé avec des consortiums chinois – géographiquement situés à…l’Orient. Duquel proviennent la construction des bâtiments et la réfection de quelques routes à travers le pays, principalement à Kinshasa. La question des élections - donc de la légitimité des gouvernants, et partant, de la stabilité politique du pays – étant plus que importante, le gouvernement ne devrait avoir nulle scrupule ni se retrancher derrière quelconque considération pour refuser de s’endetter. Solliciter par exemple les mêmes Chinois qui nous ajouteraient un (autre) milliard – dans le cadre d’un nouvel accord « minerais contre élections » -, serait-il une idée saugrenue ? Lesquels nous fourniraient ordinateurs, urnes, véhicules, hélicoptères, bulletins de vote et autres matériels nécessaires à l’organisation des scrutins.

La seconde solution, celle qui devrait plaire aux souverainistes qui tiennent à un « processus électoral authentiquement congolais », est le recours à une souscription nationale, citoyenne. A problème particulier, solution particulière. Il s’agit tout simplement de demander aux Congolais de mettre la main à la poche. Une contribution exceptionnelle, une sorte « d’effort de guerre », que l’on exigerait de tous – individus, Ong, églises, entreprises commerciales et institutions diverses. Le Parlement pourrait le décider, sans nécessairement la tenue d’un Dialogue. Une réflexion peut dès maintenant s’engager sur les modalités urgentes de la perception de ces contributions particulières. Pourraient-elles être directes ou indirectes ? Devraient-elles être perçues directement par la Céni ou, pour le compte de cette dernière, par l’intermédiaire d’autres structures (fiables) disséminées à travers le pays ? Les églises – « de réveil » ou de « somnolence » - pourraient y jouer un rôle, elles qui ont l’habitude (et la capacité persuasive) – contrairement aux partis politiques - de solliciter financièrement nos concitoyens pour les besoins de leur fonctionnement : on ne compte plus au Congo bâtiments et divers projets construits et réalisés par la multitude de confessions religieuses et financés par leurs fidèles. Ces derniers rechigneraient-ils à une « obole spéciale » pour les élections si leurs abbés, pasteurs et imams la leur demandaient ? Mais il faudra, pour la concrétisation de cette souscription citoyenne – cette sorte de « téléthon-élections » -, que la majorité (présidentielle) actuelle le veuille. Une simple question de volonté politique.

Le « Go Pass » que tout voyageur embarquant d’un aéroport congolais paie, est un moyen particulier de mobilisation des fonds pour, a-t-on dit, la modernisation de nos installations aéroportuaires. Une solution – pensée et décidée – pour ainsi résoudre un problème singulier. Plusieurs taxes sont régulièrement levées par différentes autorités pour des objectifs précis. Une mobilisation des fonds, ponctuelle et exceptionnelle, pour l’organisation des élections s’impose également et…urgemment. Les Congolais, qui tiennent unanimement à les voir se tenir, accepteraient d’y contribuer, d’y aller de leurs deniers, maigres soient-ils. Nous en sommes convaincus.

[Wina Lokondo]


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