RDC : Le processus électoral navigue dans des eaux troubles

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image Corneille NANGAA - président de la CENI

Le président de la Céni a donc plaidé, à sa manière, sur l’urgence d’un dialogue constructif entre les acteurs et les différents partenaires au processus électoral. À défaut d’emprunter le plus rapidement la voie du dialogue, Corneille Nangaa prédit déjà une impasse qui serait catastrophique pour le pays. À la suite des scrutins non tenus en 2015, le processus électoral navigue dans des eaux troubles. C’est le moins que l’on puisse. Chaque jour qui passe, la Céni multiplie des gestes qui rendent presque hypothétiques l’organisation des élections en 2016. Il y a urgence à parer au plus pressé. Mais, comment s’engager sur cette voie lorsque des acteurs au processus se détestent, au point de se haïr. C’est tout le problème.

Les révélations de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) ont semé le doute sur la tenue effective des élections en 2016. Si la nouvelle fait la part belle à la Majorité qui rêve toujours d’un glissement du cycle électoral, elle plonge la RDC dans une ère d’incertitudes. À y voir de plus près, personne  - Majorité, Opposition et communauté internationale - ne sortira gagnant de la situation de crise en cours de cristallisation. Les Nations unies, qui ont juré d’accompagner la RDC dans son processus électoral, ont l’obligation de mettre tout en œuvre pour favoriser un consensus national, avant que l’édifice ne prenne feu.

La publication par la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) du Rapport d’observation préélectorale a été l’occasion pour le tout nouveau président de la Céni, Corneille Nangaa, de dresser l’état des lieux du processus électoral. Décidément, les nouvelles ne sont pas bonnes.

Porté à la tête de la centrale électorale à la suite de la démission de l’abbé Apollinaire Malumalu, Corneille Nangaa n’a pas tardé à découvrir les difficultés dans lesquelles baigne la maison. S’il s’est dit en mesure de publier dans les meilleurs délais un calendrier électoral réaménagé, le président de la Céni estime que rien, à ce stade, ne saurait garantir sa stricte application.

Il y a donc d’autres préalables à vider, a-t-il dit, avant de se lancer dans une telle démarche. Malheureusement, soutient-il, ces préalables ne relèvent pas de la compétence de la Céni. Il a pointé directement du doigt la classe politique (Majorité et Opposition) qui, affirme-t-il, a l’obligation d’aplanir à l’avance ses divergences pour permettre à la  Céni de planifier un cycle électoral réaliste dans un climat apaisé.

Une perspective apocalyptique

Le président de la Céni a donc plaidé, à sa manière, sur l’urgence d’un dialogue constructif entre les acteurs et les différents partenaires au processus électoral. À défaut d’emprunter le plus rapidement la voie du dialogue, Corneille Nangaa prédit déjà une impasse qui serait catastrophique pour le pays.

À la suite des scrutins non tenus en 2015, le processus électoral navigue dans des eaux troubles. C’est le moins que l’on puisse. Chaque jour qui passe, la Céni multiplie des gestes qui rendent presque hypothétiques l’organisation des élections en 2016. Il y a urgence à parer au plus pressé. Mais, comment s’engager sur cette voie lorsque des acteurs au processus se détestent, au point de se haïr. C’est tout le problème.

Le processus électoral est en danger. Avec lui, la nation congolaise qui pourrait se désintégrer à tout moment. Une perspective apocalyptique qui devrait, par principe, pousser les uns et les autres à se surpasser pour un ultime sauvetage du processus.

Enflée d’orgueil, la Majorité croit tirer son épingle du jeu en retardant subtilement la mise en marche du train électoral. Elle se trompe sur toute la ligne. En effet, l’année 2016, essentiellement électorale, réserve bien des surprises. Souvenons-nous des événements de janvier 2015…

Qui pouvait prédire que la population se soulèverait, comme un seul homme, pour violemment barrer la route au projet de révision de la loi électorale dans le format proposé avec témérité par le gouvernement ? Pourtant, le peuple a réussi à contraindre le pouvoir au rétropédalage. C’est dire que tout peut arriver. Halte, donc, au triomphalisme d’un jour.

La RDC victime de ses politiciens

Vu sous cet angle, le contexte oblige la Majorité à mettre le bémol dans sa stratégie qui consiste à gagner du temps, pour enfin, mettre le pays devant un fait accompli, c’est-à-dire le glissement. Tant qu’elle ne maîtrise pas tous les paramètres, notamment la réaction de la population, la Majorité fonce tête baissée dans le vide. Et que dire de l’Opposition qui peine, dans sa diversité, à se mettre d’accord autour d’une ligne commune de défense.

En rapport avec le dialogue, le chef de l’État, Joseph Kabila, est parvenu à démobiliser complètement l’Opposition. Dans ce compartiment de la vie politique en RDC, deux camps se sont créés. D’un côté, ceux qui soutiennent le dialogue politique, et de l’autre, ceux qui ont juré de ne pas embarquer avec la Majorité sur un navire qu’ils disent mener droit au glissement. Mais, en échange de son hostilité au dialogue, l’aile dure de l’Opposition ne dispose pas d’une alternative crédible. Elle s’accroche à la tenue des élections dans les délais constitutionnels, sans se soucier des difficultés dans lesquelles baigne aujourd’hui la Céni.

Tout compte fait, la RDC est victime d’une conjuration collective qui implique à la fois la Majorité et l’Opposition. Le problème est là. Mais, personne dans les deux camps n’est en mesure de proposer une alternative crédible pour tirer le processus électoral du gouffre. La Majorité se complaît à voir le temps courir, au moment où l’Opposition, impuissante, attend qu’un tsunami populaire surgisse pour démanteler l’ordre politique actuel.

En réalité, tout le monde se trompe. Gagner du temps, comme c’est la stratégie de la Majorité, ou laisser pourrir la situation, comme le veut l’Opposition, c’est remettre en cause tous les acquis démocratiques de ces vingt-cinq dernières années. C’est aussi ramener la RDC loin en arrière. Avec toutes les conséquences incalculables en termes de développement.

Devoir d’ingérence

Aujourd’hui, dans l’un ou l’autre camp, la raison doit prendre le dessus sur les intérêts politiques du moment. Il s’agit avant tout de sauver le pays pour lui permettre de marcher avec sérénité sur la voie de l’émergence à l’horizon 2030.

Le devoir d’ingérence. Voilà une obligation qui lie la communauté internationale, elle qui a dépensé beaucoup d’argent depuis l’accord de Lusaka en 1999 pour donner la chance à la RDC de se réconcilier avec elle-même. Les Nations unies, qui se sont formellement engagées dans la signature en 2013 de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, ont l’obligation de tout mettre en œuvre pour pousser les Congolais au dialogue. C’est la voie idéale pour épargner le pays d’une hécatombe qui aura des conséquences autant dans la région des Grands Lacs qu’en Afrique tout entière.

Une RDC dans le chaos serait actuellement synonyme d’un champ d’expérimentation du terrorisme. Une certitude : elle ferait longtemps le lit de tous les hors-la-loi, nationaux et étrangers. Tout ceci est évitable. Car la sortie de crise passe par l’Onu, en particulier par la convocation du dialogue dans le format prévu dans l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Voilà la voie qui épargnerait l’enfer à la RDC.

La communauté internationale a intérêt que la RDC réussisse son processus électoral, en lieu et place du chaos que les acteurs politiques promettent cyniquement à la population. Son intervention est à la fois indispensable et urgente. Sinon, l’Histoire la condamnera pour non assistance à un peuple en danger.

[lePotentiel]


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