RDC : Est-ce l'Eglise catholique a-t-elle failli à sa mission ?

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image Evêques catholiques

La plupart des fondateurs des églises de réveil proviennent, pour des raisons jusqu'a présent inconnues, soit directement ou indirectement, de l'église catholique qui aussi gère une grande partie des institutions de l'enseignement congolais qui déversent sur le marché d'emploi des personnes caractérisées par la corruption, le vol, la malhonnêteté, l'escroquerie.... Peut on dire que notre église mère a failli à sa mission, celle de former des citoyens non seulement patriotes, mais aussi responsables, raison pour laquelle elle se sent oblige de descendre elle même sur terrain pour se racheter. Sera-t-elle en mesure de contenir des imprévisibles !

Posons-nous la question pour une fois et sans fards : à quel jeu l’église Catholique joue-t-elle chaque fois que les Congolais doivent se rassembler pour chercher les voies de sorties aux crises qui menacent régulièrement leur intégrité et leur avenir comme Nation ? Cette question mérite bien d’être posée au terme d’un certain nombre de constats qui tendent à convaincre que ces dernières années, l’église catholique romaine a œuvré dans les rangs des agents de la déstabilisation de la RDC plutôt que du contraire. On s’en convainc d’autant plus qu’il semble s’être imposé, chez les « cathos », deux points d’autorité morale (ou spirituelle, c’est selon) qui se disputent l’influence de l’église sur le temporal, à savoir : la Conférence Episcopale Nationale Indépendante (CENCO) et le Cardinal de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasigna.

Ce constat part du sortir des élections de 2006 lorsque, faisant parler les données partielles recueillies par ses observateurs sur terrain, l’église catholique se mettra en marge de l’avis générale, dont celle des observateurs étrangers et certains de leurs partenaires nationaux. Mais le rôle le plus pernicieux de l’église catholique aura été celui de 2011 lorsqu’on assistera à une sorte de confrontation ouverte entre elle et certains cadres de la majorité au sujet des résultats de la présidentielle.

En effet, alors que le Groupe Jérémie, qui coordonnait les équipes catholiques d’observation, donnaient des statistiques plutôt prudentes – si pas péremptoires – sur le pourcentage de couverture, par l’église, de l’ensemble du territoire et que, de ce fait, les rapports d’observation qu’il ferait ne serait que partiel, le Cardinal Monsengwo déboulera comme une boule de bowling dans un jeu de quille pour larguer la déclaration qui entretient une sorte de tension jusqu’à ce jour : « les résultats des élections présidentielles ne sont conformes ni à la justice ni à la vérité ».

Usant ainsi de son ascendant et de son influence psychologique sur ces fidèles et tous ceux qui croient en lui, Monsengwo venait-là de remettre en cause tout le travail de fond réalisé par des observateurs parmi les plus indépendants et qui avaient été réellement au contact avec les réalités de terrain. A la fin de sa mission, la responsable de la mission d’observation de l’Union Européenne avait reconnu qu’il y avait eu des irrégularités, mais qui n’affectaient pas l’ordre d’arrivée des résultats. Un autre observateur expliquait qu’un scrutin peut être compromis lorsque les irrégularités observées atteignent les urnes, ce qui ne fut presque pas le cas en 2011.

Cependant, les Congolais furent, à l’époque, tellement tétanisés par les propos de Monsengwo que plus personne n’écoutait plus personne. Les rapports entre les catholiques et le Gouvernement devinrent venimeux, si pas vénéneux. Plusieurs initiatives de manifestations publiques des catholiques s’étouffèrent dans l’œuf, les instances de cette église accusant les services spécialisés de vouloir systématiquement les infiltrés pour commettre des actes répréhensibles.

L’on pensait que les choses allaient évoluer pour le mieux, mais le double langage que l’église catholique va développer par la suite va dissiper tout espoir de normalisation des rapports. En effet, évoluant progressivement comme une force politique et non plus l’église au milieu du village, l’église catholique romaine va multiplier des déclarations circonstanciées où se mêlaient procès d’intention et suspicion, concourant ainsi à faire monter la tension déjà surchauffée.

L’extrémisme des catholiques va monter d’un cran avec la désignation de l’Abbé Malu Malu aux fonctions de Président du bureau de la CENI. L’accusant de violer les principes de l’église sous prétexte qu’il acceptait des fonctions éminemment politiques, et l’accusant aussi d’être, dans le fond, le candidat de la Majorité à cette fonction, l’église catholique va aller jusqu’à ce retirer, et cela jusqu’à ce jour, du CIME, le Comité d’intermédiation pour des élections apaisées, qui réunit les confession religieuses.

Faisant désormais cavalière seule, l’église catholique va devenir plus incontrôlable que jamais, soufflant le chaud et le froid à jamais, mais évoluant dans une démarche dédoublée que personne ne parvient à cerner. Par exemple, lors des consultations menées par le Président de la République en vue du dialogue pour des élections apaisées, la délégation de l’église, conduite par Mgr Luc Djomo, Président en exercice de la CENCO, va se faire précéder par l’Archevêque de Kinshasa au motif de son rang de cardinal qui, pourtant, est un titre honorifique ne s’inscrivant pas dans la hiérarchie pastorale de l’église.

Qu’à cela ne tienne, l’un et les autres vont littéralement converger dans leurs propos qui, tous, semblent, alors, soutenir le principe du dialogue prôné au départ par l’opposition.

Le Cardinal Laurent Monsengwo avait affirmé ceci, en effet : « En principe, le dialogue est l’objet de tous les jours. Il faut bien qu’il y ait un dialogue si l’on sait exactement ce que l’on veut. Et apparemment le Président connait l’objet de ce dialogue, et moi je dis le dialogue est bon, à condition que l’on sache exactement ce que l’on veut. Il faut, dans un pays, avoir le sens de la liberté d’opinion. Les uns pensent d’une façon, les autres d’une autre façon et il appartiendra au Chef de l’Etat de rassembler tout ce monde au terme de ces consultations ».

Venant à sa suite, l’Abbé Léonard Santedi, le Secrétaire Général de la CENCO, affirmait ce qui suit : « Pour nous, le dialogue reste une voie royale et pacifique de sortie de crise et même un élément constructif de tout système démocratique, ce qui correspond même à notre doctrine. L’église a toujours prêché cela ». Il faut voir, pour tout dialogue, quel en est l’objet, fixer les objectifs, les finalités. Pour les Evêques, il est impérieux, pour le moment, d’avoir un consensus national sur le calendrier global promulgué par la CENI. Tout doit se faire dans le respect de la Constitution et surtout du délai constitutionnel en ce qui concerne l’organisation des scrutins. En messagers de la paix et de l’espérance, les prélats catholiques sont prêts à apporter leur contribution pour un climat de confiance d’abord mais aussi de paix, dans la transparence mais aussi dans le respect des droits humains, et que chacun mette la main dans la pâte pour bâtir un Congo plus beau qu’avant ».

Mais, aujourd’hui, dans son dernier message daté du 24 novembre 2015, le « Comité Permanent Extraordinaire de la CENCO pour la réussite du processus électoral » s’envoie aux extrêmes, ne laissant aucune ouverture pour une quelconque harmonisation quant aux points de divergence qui subsisterait en raison, notamment, d’éventuelles divergences dans leur compréhension par les uns et par les autres. Une fois de plus, l’église catholique se met dans une posture d’opérateur politique pour en découdre avec un adversaire politique dans la rue.

Une fois de plus, comme en janvier 2015, l’église catholique cherche à créer les conditions d’une insurrection en projetant des manifestations de rue à la date historique du 16 février qui marqua la rupture définitive des zaïrois de l’époque d’avec la dictature de l’époque. Aujourd’hui, l’église catholique parle et craint pour la démocratie en affirmant qu’elle subit un « recul », ce qu’il y a eu des avancées.

Pourquoi, alors, ne pas préserver ces acquis et tout faire pour les consolider afin d’avancer, au lieu de créer les conditions qui feraient que l’on se retrouve dans des situations d’exception qui bloqueraient toute avancée ?

Là est la grande question pour laquelle les Evêques catholiques devraient éclairer la lanterne des Congolais dont les considérations deviennent plus que distinguées.

Pascal Debré Mpoko


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