RDC : Le dialogue ne peut réussir que si la Constitution est respectée

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image Eglise catholique - Membres de la CENCO et le Pape Francois

L’Eglise estime que le dialogue ne peut réussir que si la Constitution est respectée et un engagement ferme est pris pour la faire respecter par tous. Dans le point de vue qu’elle a exprimé le 12 novembre 2015 dans une lettre signée par son président, Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshumbe, la Cenco a fait savoir que « ni dans son déroulement, ni dans ses conclusions  recommandations, le dialogue ne peut énerver directement ou indirectement la lettre et l’esprit de la Constitution de la République ni ignorer les institutions républicaines prévues par elle ». Cela implique notamment, déduit-elle, que « 1° Toutes les parties s’engagent à respecter la Constitution et les institutions de la République ; 2° Aucune transition ne soit organisée, car contraire à la Constitution ; 3° Aucune institution extraordinaire ne soit créée ; 4° Les délais constitutionnels concernant l’organisation des scrutins soient respectés ». La Cenco concluait sa lettre du 12 novembre en souhaitant « vivement que les conclusions du dialogue qui doivent aller dans le strict respect de la Constitution soient consignées dans un accord politique électoral liant toutes les composantes représentées aux assises ». Elle chargeait aussi la communauté internationale à maintenir « son appui au processus électoral en cours » et à se porter « garante de la bonne fin des conclusions et recommandations du dialogue national afin d’éviter de nouveaux blocages qui résulteraient de la mauvaise foi de l’une ou de l’autre des parties ».

Chaque fois que la République démocratique du Congo négocie un tournant décisif, l’Eglise catholique a toujours joué un rôle déterminant. Elle ne dérogera pas à la règle lors des échéances qui s’annoncent, à savoir le dialogue national. Témoin de la crise, à temps et à contretemps, la résolution de la crise actuelle et la sortie du tunnel passent par l’Eglise catholique. Une évidence !

Sans être estampillée du sceau de l’infaillibilité en ce qui concerne la gestion du temporel, l’Eglise catholique de la République démocratique du Congo peut se targuer d’avoir joué des rôles positifs et déterminants dans la conduite du pays. Elle ne doit pas se départir de cette obligation au moment où le pays a le plus besoin de son éclairage pour suivre la voie qui conduit vers l’apaisement, le bien-être collectif, la concorde nationale, le respect des règles acceptées par tous…  

La mission évangélique de l’Eglise la contraint à ne point se taire lorsque le pays négocie un tournant décisif de son histoire. L’Eglise a l’obligation de se range du côté de la justice, de la vérité, de l’équité, du bon sens, etc.

L’évangile de la libération

A l’époque coloniale, plusieurs choses ont été reprochées aux missionnaires catholiques. Certes, il a fallu aussi le courage de certains d’entre eux pour arrêter l’élan sinistre de la plupart des colons. Face aux atrocités commises, les missionnaires s’étaient désolidarisés de la colonisation. Ils s’étaient attirés les foudres des colons de l’époque. L’Eglise  a pris la défense du peuple, mettant de côté ses nombreuses déclinaisons.

Plus tard, l’Eglise catholique a encouragé l’émergence d’une vraie élite afin d’assurer la relève. Plutôt que de se limiter aux seuls clergés, les catholiques ont aussi favorisé l’avènement des jeunes intellectuels congolais ayant une conscience patriotique aiguisée. C’est la génération qui a assuré l’animation du Manifeste de la conscience africaine. Ces jeunes formés dans le moule de l’Eglise catholique sont montés en première ligne pour exiger la fin de la colonisation belge. Ils ont fait preuve d’un courage exceptionnel pour des personnes qui ont beaucoup évolué à l’ombre de l’Eglise. Ils ont été, à l’instar du cardinal Malula et bien d’autres, le pilier de la colonisation.

Pendant la période qui a suivi l’indépendance, il a été reproché à l’Eglise de s’être liguée contre la Majorité nationaliste de l’époque, l’accusant de communiste. Les exégètes les plus objectifs balaient d’un revers de main les allégations impliquant l’Eglise dans l’assassinat de Patrice-Emery Lumumba.

L’arrivée au pouvoir de feu le président Mobutu a inauguré la période la plus difficile de la vie de l’Eglise catholique et de ses princes. Les évêques, principalement le cardinal Joseph-Albert Malula qui s’était opposé farouchement à la dérive dictatoriale du président fondateur du MPR, ont payé le plus lourd tribut. Partisan de la liberté et de la diversité culturelle, l’archevêque de Kinshasa de l’époque avait subi les pires humiliations de la part du dictateur. Il était même contraint à l’exil, pour s’être opposé publiquement à la gestion politique et de la chose publique par le bourreau de Lumumba.

L’Eglise avait pris la tête de la contestation contre le régime Mobutu qui avait instauré le monolithisme politique, la gestion prédatrice de la res publica, la répression brutale des opposants jusqu’à leur élimination physique. La liste des forfaits de la dictature mobutienne est tellement longue qu’il serait fastidieux de les énumérer de manière exhaustive. Le courage évangélique de l’Eglise, portée par le cardinal Malula, avait mis en mal le dictateur.

Le son discordant, tenu pendant longtemps par l’Eglise contre le régime de la 2ème République, a ouvert la voie à l’émancipation de tout un pays. L’Eglise a joué son rôle de berger face à un peuple en quête de liberté.

Même si la dictature a duré plus de trois décennies, l’histoire retiendra que la hiérarchie de l’Eglise s’était régulièrement levée pour s’opposer à des pratiques contraires à la charité et au respect des droits humains. Le sommeil du dictateur était régulièrement troublé à chaque fois que l’Eglise catholique prenait parole. La complaisance de certains évêques pris isolement n’avait jamais entamé la justesse de l’ensemble du clergé catholique. 

Dès que le processus de démocratisation avait été lancé, l’Eglise catholique s’en est appropriée. La formation civique de la population aux valeurs cardinales de la démocratie, des droits de l’Homme … a été prise en charge intégralement par l’Eglise. A travers des déclarations sous forme de « Lettre pastorale », la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) s’est fait remarquer auprès des Congolais.

La Cenco a toujours abordé les questions d’intérêt majeur de la Nation dans un style simple, mais ferme et sans ambages. Elle ne s’est jamais compromise. L’Eglise est restée ce réverbère qui éclaire le chemin dans une nuit sombre. D’ailleurs, même les princes de l’Eglise ou autres clergés, dont les accointances avec des acteurs politiques sont notoirement avérées, s’inclinent lorsqu’une prise de position est rendue publique.

Lors des manifestations en faveur de la réouverture de la Conférence nationale souveraine, les catholiques s’étaient positionnés au-devant de la lutte. Avec succès, ils ont investi les artères de Kinshasa avec bibles, chapelets et autres ….

Ils ont fait reculer le dictateur malgré l’usage injustifié de la force brutale qui avait causé mort d’homme. La date du 16 février 1992 est inscrite en lettres d’or dans l’histoire de la démocratie congolaise. C’est encore et toujours sous la conduite de l’Eglise catholique que le peuple congolais, mobilisé comme un seul homme, a bravé le régime de la 2ème République.

Plus près, la Cenco a soutenu à bras-le-corps le processus de réunification du pays à travers le dialogue inter congolais. A l’investiture du président Kabila, la Cenco, représentée par le cardinal Monsengwo, avait fait « acte d’allégeance au chef de l’Etat ». En 2011, ce fut pareil, même si l’Eglise avait à redire sur les élections chaotiques organisées par le duo Mulunda et Djoli.

La lumière qui éclaire la nation

A ce jour, l’Eglise estime que le dialogue ne peut réussir que si la Constitution est respectée et un engagement ferme est pris pour la faire respecter par tous.

Dans le point de vue qu’elle a exprimé le 12 novembre 2015 dans une lettre signée par son président, Mgr Nicolas Djomo, évêque de Tshumbe, la Cenco a fait savoir que « ni dans son déroulement, ni dans ses conclusions  recommandations, le dialogue ne peut énerver directement ou indirectement la lettre et l’esprit de la Constitution de la République ni ignorer les institutions républicaines prévues par elle ». Cela implique notamment, déduit-elle, que « 1° Toutes les parties s’engagent à respecter la Constitution et les institutions de la République ; 2° Aucune transition ne soit organisée, car contraire à la Constitution ; 3° Aucune institution extraordinaire ne soit créée ; 4° Les délais constitutionnels concernant l’organisation des scrutins soient respectés ».

La Cenco concluait sa lettre du 12 novembre en souhaitant « vivement que les conclusions du dialogue qui doivent aller dans le strict respect de la Constitution soient consignées dans un accord politique électoral liant toutes les composantes représentées aux assises ». Elle chargeait aussi la communauté internationale à maintenir « son appui au processus électoral en cours » et à se porter « garante de la bonne fin des conclusions et recommandations du dialogue national afin d’éviter de nouveaux blocages qui résulteraient de la mauvaise foi de l’une ou de l’autre des parties ».

A tout prendre, la RDC a son sort suspendu sur la nette implication de l’église catholique. Il y va de la survie d’un pays au bord de l’implosion.

[lePotentiel]


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