RDC : « Joseph KABILA », un vulgaire primai-rien

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image Joseph KABILA - President sortan de RDC

L’article 69 de la Constitution de la RDC lui donne les prérogatives et titres suivants : « Le président de la République est le Chef de l’Etat. Il représente la nation et il est le symbole de l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des Institutions ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux ». La Constitution lui octroie une multitude d’autres compétences : le président de la République nomme et révoque le premier ministre et tous les autres ministres nationaux. Il préside le Conseil des ministres. Il promulgue les lois. Il investit par ordonnance – après leur élection - les gouverneurs et vice-gouverneurs de province. Il nomme et révoque les ambassadeurs, les officiers des forces armées et de la police nationale, les hauts fonctionnaires de l’administration publique, les responsables des services et établissements publics, les mandataires de l’Etat dans les entreprises et organismes publics, les magistrats du siège et du parquet. Il a le pouvoir de proclamer l’état d’urgence et de déclarer la guerre. Il a le droit de grâce et peut remettre, commuer ou réduire les peines. Il a le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale,... Le président de la RDC dispose ainsi d’énormes pouvoirs. Il est le soleil rayonnant : tous les astres et planètes gravitent autour de lui. Rien ni personne n’échappe à sa tentaculaire influence, à son pouvoir de bienfaisance comme de…nuisance. Joseph Kabila ne comprend vraiment rien de la profondeur de cette analyse. C’est un vulgaire primai-rien qui s’est fait entouré des cadres universitaires mafieux, véreux et indélicats. Dans ce contexte, je ne vois pas de quelle manière on peut faire raisonner toute cette bande de racaille qui vient de prendre en otage l’avenir de tout un pays ? Le parvenu se cramponnant au Sommet de l’Etat depuis 15 ans, son interprétation de cette fonction de magistrature suprême se limite seulement aux honneurs, avantages, privilèges et enrichissement; et non pas aux devoirs.

Qui ne s’est jamais imaginé, dans ses moments de douces rêveries, être ou devenir président de la République ? La fonction est objet de fantasmes. Et comment ne le serait-elle pas avec l’impressionnant et permanent cérémonial qui l’entoure ? Il suffit de voir les images à la télévision. La sortie à tout endroit public de tout président de la République de n’importe quel pays vous donne le même spectacle : procession de belles voitures, fourmillement d’agents de sécurité aux regards circulaires guettant les mouvements et les gestes de tout le monde sous leurs lunettes de verres noirs, officiels, agents de protocole et quidams se courbant pour le saluer ou se hâtant lorsqu’il fait signe à l’un d’entre eux de venir vers lui, fanfares, passage en revue des militaires en rigoureux garde-à-vous, bousculades entre journalistes jouant des coudes pour approcher la « star » de l’instant, frénétiques flashs et crépitements d’appareils-photos, joyeux bains de foule,… 

Pourquoi cette habituelle agitation ? Parce qu’on est en présence du premier personnage de l’Etat. Le président de la République – hors régime parlementaire classique – tient de façon effective les rênes du pays. Il est, par ses attributions, à la fois la première et le centre des institutions, le moyeu de la roue. L’article 69 de la Constitution de la RDC lui donne les prérogatives et titres suivants : « Le président de la République est le Chef de l’Etat. Il représente la nation et il est le symbole de l’unité nationale. Il veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics et des Institutions ainsi que la continuité de l’Etat. Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire, de la souveraineté nationale et du respect des traités et accords internationaux ».

La Constitution lui octroie une multitude d’autres compétences : le président de la République nomme et révoque le premier ministre et tous les autres ministres nationaux. Il préside le Conseil des ministres. Il promulgue les lois. Il investit par ordonnance – après leur élection - les gouverneurs et vice-gouverneurs de province. Il nomme et révoque les ambassadeurs, les officiers des forces armées et de la police nationale, les hauts fonctionnaires de l’administration publique, les responsables des services et établissements publics, les mandataires de l’Etat dans les entreprises et organismes publics, les magistrats du siège et du parquet. Il a le pouvoir de proclamer l’état d’urgence et de déclarer la guerre. Il a le droit de grâce et peut remettre, commuer ou réduire les peines. Il a le pouvoir de dissoudre l’Assemblée nationale,… Le président de la RD Congo dispose ainsi d’énormes pouvoirs. Il est le soleil rayonnant : tous les astres et planètes gravitent autour de lui. Rien ni personne n’échappe à sa tentaculaire influence, à son pouvoir de bienfaisance comme de…nuisance.

On comprend dès lors pourquoi beaucoup de gens tiennent à occuper cette éminente et « gratifiante » fonction. D’un côté, il y a ceux qui se bousculent au portillon pour y accéder. De l’autre, se tient celui qui l’exerce pour le moment et qui, par divers stratagèmes, se démène comme un diable dans le bénitier pour s’y maintenir. Et qui probablement récite, chaque matin en se rasant la barbe, les mots du maréchal Mac-Mahon : « J’y suis, j’y reste ».

Accéder ou se maintenir à la présidence de la République est le principal enjeu politique congolais du moment. Et pour ce (vital ?) combat, certains s’estiment exemptés du respect des règles du jeu et de la bienséance et ne se privent ni de crocs-en-jambe ni de coups en dessous de la ceinture pour « anéantir » adversaires et concurrents. On s’active à chercher des poux sur les têtes de ces derniers. La moindre faille, le moindre défaut de l’autre est cyniquement exploité. On cherche la petite bête. On fouine dans la vie privée et passée des uns et des autres. On remet en question les origines familiales ou la nationalité de tel, la moralité ou les compétences de tel autre. On balance des mensonges en plein vent, l’Internet en devenant le terrain propice,… L’air politique du pays en est devenu pollué. Et plus on s’achemine vers 2016, fatidique année du scrutin présidentiel, plus les déclarations des uns et des autres le rendent davantage nauséabond, irrespirable. Les médias écrits et audiovisuels de tous bords y contribuent négativement, la RTNC – média public - en prenant une grande et triste part. Se souvient-on encore de la rwandaise « radio des Milles Collines » et de sa néfaste contribution au déclenchement du génocide de 1994 ?

Une chose est d’ambitionner d’assumer la charge de premier magistrat de l’Etat, une autre est d’en avoir les capacités. Tout le monde peut-il y aspirer ? Oui, mais à la condition de répondre aux prescrits de la loi électorale. Celle-ci dit en son article 103 : « Sans préjudice des autres cas d’exclusion prévus par la présente loi, nul ne peut être candidat à l’élection du Président de la République s’il ne remplit les conditions ci-après : 1) posséder la nationalité congolaise d’origine ; 2) être âgé de 30 ans au moins ; 3) jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques ; 4) avoir un diplôme d’études supérieures ou universitaires ou justifier d’une expérience professionnelle d’au moins cinq ans dans le domaine politique, administratif ou socio-économique ; 5) avoir la qualité d’électeur ou se faire identifier et enrôler lors du dépôt de sa candidature».

Comme l’attestent les multiples compétences et prérogatives lui dévolues et ci-haut énumérées, la fonction de président de la République n’est pas une charge quelconque. Toute personne qui est appelée à l’assumer doit ainsi être dotée, en plus des aptitudes exigées par la loi, de quelques autres qualités particulières. Nous en citons ici quelques-unes, bien sûr de façon subjective. Enrichi des avatars de l’histoire du pays et tenant compte de l’évolution du monde, le futur président du Congo sera un homme ou une femme qui doit:

1. Aimer passionnément et avec désintérêt le pays, et s’engager à se sacrifier et à « s’oublier » au profit du progrès de ce dernier et du mieux-être de ses concitoyens. Son ambition première ne devrait pas être de s’enrichir financièrement ni d’amasser, avec excès, des biens matériels personnels. Il ne lui est toutefois pas demandé d’être ou demeurer un pauvre, de mener une vie d’ascète et de faire du palais présidentiel un monastère.

2. Etre un vrai rassembleur, une personne qui a la passion de l’unité de son peuple et qui doit la rechercher en permanence par une démarche volontaire et intelligente, condition pour maintenir la cohésion d’une nation multiconfessionnelle et ethnique qu’est le Congo. Ce qui exige de lui d’être au-dessus de la mêlée, de ne pas paraître – durant toute la durée du mandat – comme l’homme d’un camp, d’un clan, d’une ethnie, d’une province, d’une religion. Il est le « père », « l’autorité morale » de toute la nation et non d’une coterie. Bien qu’ayant longtemps été « patron » du parti socialiste français, François Hollande, devenu président de la République, a cessé officiellement d’en être le chef et on ne le présente pas comme tel. Il y a un premier secrétaire de son parti, mais c’est le premier ministre qui est – dans la culture politique française – le « leader » de la majorité présidentielle. Ni le chef de l’Etat ni le président de l’Assemblée nationale ne peuvent officiellement, par la neutralité qu’exige l’exercice de leurs charges, avoir des étiquettes partisanes.

3. Connaître le pays, ses habitants, ses réalités, ses problèmes, ses us et coutumes, ses contingences socio-politiques. Philippe Valode, dans son livre « Les 24 présidents de la République française », note que Sadi Carnot, qui a été président de 1887 à 1894, a eu l’avantage de bien connaître le pays parce qu’« il fut un infatigable voyageur, se déplaçant dans 73 villes, appréciant de prendre le pouls de la nation et de considérer l’évolution des esprits ». Ancien ministre des finances et ancien président de la République, Valérie Giscard d’Estaing écrit également dans son imposant ouvrage « Le pouvoir et la vie » : « Le rôle et les problèmes d’un président de la République sont totalement différents de ceux d’un ministre des finances. Au niveau présidentiel, l’aspect politique des problèmes dépassent leurs seules données techniques, et que la communication avec l’opinion publique suppose une connaissance et une expérience de la sociologie et de la psychologie qui ne s’acquièrent guère dans les ministères ».

4. Faire preuve d’une bonne culture intellectuelle. « La culture générale est l’école du commandement », a dit le général de Gaule. Appelé à penser, à orienter l’avenir du pays, à arbitrer et à décider sur diverses questions relevant de différents domaines de la vie de la nation, le président de la République doit posséder une connaissance approfondie dans quelques domaines clés (économie, politique, droit,…). Ce qui lui donne une grande capacité de jugement et lui évite d’être sous une totale influence (intellectuelle) de ses ministres et collaborateurs. Philippe Valode relève également : « Devenir président est le but ultime des grands pachydermes du monde politique (…). Dès l’origine, la fonction de président de la République est recherchée par les hommes politiques les plus doués (…). Tous ont eu un cursus politique exceptionnel avant d’arriver au pouvoir et se présentent donc comme des hommes d’intelligence et d’expérience ».

Et c’est sans doute à cause de sa formation intellectuelle sommaire et déficiente que le colonel Mouammar Kadhafi a eu difficile à exprimer ses « bonnes » idées et est mort incompris par beaucoup de ses contemporains. « Il donnait le sentiment d’avoir des difficultés à expliquer son projet de manière rationnelle, et sa démarche laissait souvent l’impression qu’il était confus et obscur dans la stratégie et brouillon dans la méthode », écrit Jean Ping, ancien président de la Commission de l’Union Africaine.

Avoir une bonne maîtrise de la langue française – langue officielle du pays et de l’unité nationale - et de ses subtilités ainsi que de l’art de la communication sont, pour le président de la République, des atouts pour ses contacts tant à l’intérieur du pays comme dans les forums internationaux et, aussi, à l’occasion de ses prestations médiatiques où il est appelé à émettre ses idées et à les défendre…lui-même. Au 21ème siècle, le prestige international de tout président de la République est (notamment) fonction de sa (grande) culture politique et intellectuelle et non de sa popularité interne – qui n’est pas un gage de compétence - et encore moins de sa fortune personnelle.

5. Etre un démocrate affirmé, appelé à en faire prévaloir et défendre quotidiennement les valeurs. Il doit être une personne convaincue des vertus du pluralisme, de la nécessité de la primauté de la loi et de l’égalité de tous les citoyens devant elle, de la liberté et du libre débat, mentalement préparée et disposée à accepter le discours contraire et à ne pas vouer comme sort à ses opposants – comme c’est souvent le cas en Afrique - l’ostracisme, la prison ou la mort.

6. Avoir une vision claire du présent et de l’avenir du pays, longuement pensée, bien articulée dans le temps, déclinée en termes de programme, chiffrée. Le président de la République doit proposer des « rêves » au peuple, mais des rêves…réalistes. Il devra enrichir sa vision en y associant ses concitoyens, en créant des synergies de compétences, en utilisant à bon escient les meilleurs fils du pays, en refusant la médiocrité. L’excellence étant, devra-t-il se convaincre et le ressasser, la cause du progrès des sociétés modernes.

7. Faire preuve d’humilité en se rappelant, au-delà de ses qualités particulières, qu’il est d’abord un être humain, fait de chair et de sang, donc faillible. Ce qui exige de lui l’écoute de ses collaborateurs et, surtout, de ses concitoyens lorsqu’ils expriment leurs préoccupations. L’orgueil et la gestion du pays par « défi » ne doivent pas relever de sa philosophie. La légèreté et la vulgarité dans les propos comme dans le comportement ne lui sont pas non plus permises. Incarnation institutionnelle de la nation, le président de la République doit être un modèle, l’incarnation de grandes vertus morales.

8. Etre une personne de son temps, ouverte aux idées modernes, sachant harmoniser les particularités de son pays avec les exigences des apports utiles à prendre des autres nations. Les réseaux sociaux, ces autoroutes de l’information, ayant vaincu la géographie - le monde est devenu un petit village -, envoyant sons et images entre deux extrémités de la Terre à la vitesse de la lumière, toute attitude et tout discours de repli national deviennent dès lors anachroniques et sont aujourd’hui « suicidaires » pour tout pays. Celui-ci doit donner (ce qu’il est et ce qu’il a) et doit aussi recevoir. Il incombe ainsi au président de la République de faire la pédagogie de cette incontournable réalité et exigence du monde moderne.

[Wina Lokondo]


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