RDC : Menace du fondamentalisme religieux

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image Groupe djihadistes Etat Islamique

Deux éminents professeurs d’université ont lancé une alerte sur la menace du fondamentalisme religieux en RDC. Les deux scientifiques sont d’avis que l’islam n’a pas d’essence violente. Tirant les leçons de l’expansion du terrorisme des islamistes fondamentalistes en Afrique, les professeurs Elikia Mbokolo et Georges Nzongola appellent les dirigeants congolais à anticiper par une bonne gouvernance de la Res publica, une redistribution juste des revenus nationaux et une surveillance accrue de l’épanouissement actuel de l’islam en RDC.

Les studios du Groupe de presse Le Potentiel et Radio Télé 7 ont servi de cadre mercredi 14 septembre 2015 au « mercredi de l’ICREDES ». Il s’agit d’un espace d’échange entre intellectuels sur un sujet d’actualité ou de société.

Ces échanges sont organisés régulièrement par l’Institut congolais de recherche en développement et études stratégiques (ICREDES) pour éclairer l’opinion nationale. L’objectif visé étant le développement intellectuel et scientifique de l’Afrique en général et de la RDC en particulier.

Les professeurs Elikia Mbokolo et Georges Nzongola-Ntalaja ont été les deux principaux invités à ces débats modérés par le professeur Kankwenda Mbaya, directeur général de l’ICREDES, sous le thème « le fondamentalisme terroriste en Afrique ».  Le vice-président, Freddy Mulumba, et plusieurs journalistes du groupe de presse Le Potentiel et Radio Télé 7 ont aussi pris part à cette matinée intellectuelle.

Circonscrivant le thème, le modérateur a souligné qu’il s’agissait principalement de cogiter sur les stratégies que l’Afrique peut arrêter face au terrorisme islamiste qui affecte peu à peu le Maghreb, l’Ouest et même l’Est du continent ; et envisager les perspectives pour la RDC.

Si Boko haram garde son foyer au Nigéria, il frappe aussi bien au Nord du Cameroun, au Tchad qu’au Niger. Il y a peu, le Mali a été touché par le fondamentalisme religieux. Il en est de même de la République centrafricaine qui depuis deux ans enregistrent des conflits religieux entre musulmans et chrétiens. Bien avant ces pays de l’Afrique de l’ouest, des pays de l’Est comme la Somalie, l’Ethiopie, le Kenya, voire même l’Ouganda ont été la cible des terroristes islamistes.

Rompre avec les inégalités sociales

« Ces événements ne sont pas loin de chez nous (ndlr : la RDC). L’islam est aussi chez nous avec des écoles gratuites. N’y a-t-il pas risque que ces lieux de prière puisse servir un jour d’incubation de l’idéologie islamiste aux fins des revendications ? », s’est interrogé le professeur Kankwenda Mbaya pour lancer le débat.

Le professeur Georges Nzongola a tenu à lever tout équivoque d’abord. « L’islam n’est pas une religion violente », a-t-il lancé, avant de donner plusieurs exemples de son expérience personnelle.  A l’en croire, dans les années 1970, il pouvait facilement partager un verre de bière en public avec ses amis maliens.

Mais quand il est revenu dans le même pays en 2002, ce n’était plus possible. «Il fallait se cacher pour prendre la bière ». Le professeur Nzongola explique ce changement par « l’intolérance devenue fortement prononcée entre temps». Ainsi, il a appelé vivement les politiques congolais à œuvrer pour une société où il y a le respect de la diversité. « Que les musulmans soient respectés comme tous les autres citoyens », a-t-il plaidé.

Le professeur Elikia Mbokolo situe l’islamisme fondamentaliste dans la conjonction de plusieurs facteurs socio-économiques. Donnant l’exemple de l’Egypte et de l’Algérie, il soutient que, dans ces pays, l’absence d’une redistribution juste des revenus nationaux, l’accroissement des inégalités sociales ont été à la base du radicalisme des fondamentalistes islamistes. Comment ?

Quand il y a la crise, la pauvreté, les inégalités sociales, les jeunes se refugient dans les lieux de culte. Ici, s’ils sont encadrés par des fondamentalistes islamistes, ils se radicalisent et deviennent des terroristes pour se venger contre les dirigeants. 

« Tout musulman n’est pas islamiste », dit aussi Elykia Mbokolo. Cependant, bien que convaincu que l’islam n’est pas violent, il soutient tout de même qu’il existe une tendance qui prône cette religion comme la seule qui soit meilleure. D’où, le risque de chercher à convertir les autres même par la violence gratuite et en cas de résistance par le terrorisme.

Il dit ne pas comprendre ces percepts fondamentalistes de l’islam qu’il qualifie de « mythe des origines ».  « Le prophète (ndlr : Mahomet) avait sa foi mais il composait avec les autres », rappelle-t-il.

Par rapport au financement de l’intégrisme islamiste, Elykia Mbokolo fait savoir qu’en plus des pays arabes du moyen orient bien identifiés, il y a aussi des pays non musulmans qui l’appuient. « Le financement et l’exploitation politique ou stratégique de l’intégrisme guerrier, c’est pas seulement les pays musulmans qui l’assurent mais aussi les nations non musulmanes, des pays occidentaux ».

La RDC face au terrorisme fondamentaliste

Le malheur de la RDC est que le pays renferme toutes les faiblesses qui pourraient favoriser le terrorisme des fondamentalistes religieux. Comme la plus part des pays africains, la RDC connait des inégalités sociales qui ont tendance à croitre.

La RDC n’a pas une armée outillée pour faire la guerre au terrorisme quel qu’il soit. La résistance des politiques à pérenniser un modèle démocratique peut aussi prêter le flanc aux terroristes. Naturellement, l’absence d’une administration capable de gérer la société à la base est un grand défaut.

Ce qui fait le plus craindre le professeur Elikia,  c’est la violence des nouveaux riches face aux pauvres. L’insolence de la richesse que certains dignitaires étalent fait craindre qu’un jour le pauvre fasse violence contre les riches, les nantis.

« Nous sommes coincés par la mondialisation. La quête de l’argent devient une frénésie. Quand on a le pouvoir on accapare le maximum», dit-il.

Ainsi, pour les deux conférenciers, la solution reste la mise en place d’une gouvernance démocratique susceptible de lutter contre les inégalités sociales et d’assoir une organisation administrative solide. Il faut également une politique d’ouverture à la laïcité qui soit tolérante.

Tout aussi, ils ont appelé les décideurs à mener des études sur le développement de l’islam en RDC afin d’en connaitre les sources de financement mais aussi d’anticiper et de neutraliser les foyers de radicalisation.

Les objectifs de l’ICREDES

L’ICREDES est une Asbl fondée le 13 mars 2003 par le Professeur Justin Kankwenda Mbaya, un haut fonctionnaire du PNUD. Il a entre autres objectifs :

- Mener des recherches en développement sur toute thématique sociale, naturelle ou physique concernant la République Démocratique du Congo et l’Afrique ;

- Mener des recherches stratégiques sur les thèmes et secteurs névralgiques du développement du pays ; 

- Monter une base documentaire et de données dans le cadre de ses programmes de recherche, et au service du public congolais en général ; 

- Créer et lancer un carrefour scientifique interdisciplinaire permettant l’échange d’information et d’analyses, ainsi que la confrontation constructive des méthodes scientifiques, des théories et des résultats de recherche ;

- Mettre les résultats de ses recherches à la disposition de ses membres et des organismes publics et privés, nationaux ou internationaux qui le demandent.

[Mwarabu Kiboko]


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