RDC, blocage !

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image Chaise présidentielle

L’univers politique congolais est en véritable agitation depuis environ un mois. Et cela est plutôt bon signe de la vitalité de ce secteur. S’il y a des gens qui se grattent la tête, se demandant si la RDC ne s’achemine pas vers un blocage, les analystes et autres observateurs politiques s’y attendaient au contraire, étant donné le futur immédiat du pays, qui sera sanctionné par la fin du dernier mandat constitutionnel de l’actuel Chef de l’Etat et l’organisation des élections générales.

La secousse de la famille politique à laquelle appartient le Chef de l’Etat (pour copier une formule très célèbre en RDC lors des années, également troubles de sa mutation d’un Etat dictatorial à celui démocratique) ne devrait pas, normalement, provoquer autant de réactions épidermiques, à la limite de l’injure et des menaces de tous genres.

Une plate-forme est différente d’un parti politique. Si un parti politique peut être défini comme une association regroupant des gens partageant un même idéal politique et luttant pour l’acquisition du pouvoir, puis une fois celui-ci acquis, sa gestion et sa conservation, une plate-forme est une association momentanée, obéissant à certains intérêts dans un temps donné.

Les majorités présidentielles, on en trouve dans tous les pays du monde. Il ne s’agit donc pas des structures appelées à se perpétuer. L’actuelle majorité présidentielle en RDC est l’ensemble des partis qui avaient répondu affirmativement à l’appel du candidat Joseph Kabila à le soutenir.

Autour du PPRD, tous ces partis gèrent le pays avec le Président de la République. Le bilan que présentera Joseph Kabila à son peuple sera le leur. Ses réussites seront les leurs. Mais ils ne devront pas se dérober face à ses échecs qui seront aussi les leurs.

A la fin de son dernier mandat, Joseph Kabila, qui s’est présenté les deux fois à la magistrature suprême comme candidat indépendant, rentrera dans son parti, qui est le PPRD.

Si cette majorité est réellement bâtie sur une idéologie assez élaborée, elle pourra continuer à garder son statut de plate-forme, dont le nom  » majorité présidentielle  » sera suspendu (même si on ne devra pas forcément le dire, l’illusion faisant partie des rêves de l’humain) le temps que dureront les élections.

En cas de la victoire de la majorité de ses membres aux législatives et, au niveau présidentiel, du candidat qu’elle soutiendra, elle pourra reprendre son appellation. Sinon, elle devra se contenter de devenir la minorité, c’est-à-dire l’opposition, l’actuelle opposition devant devenir, dans cette éventualité, la nouvelle majorité présidentielle. Il s’agit donc d’une structure vraiment momentanée.

Mais il ne s’agit-là que de la forme. Car l’on doit logiquement s’attendre à d’incroyables bouleversements, ponctués par la confection d’alliances et la scission de bien d’autres.

Et comme l’idéologie n’est pas le fort des politiques congolais, personne ne s’étonnera des alliances que pourront former certains partis de l’actuelle majorité et ceux de l’actuelle opposition.

L’équation G7

La détonation de l’actuelle tribulation de l’univers politique congolais a bien pour nom ce que tout le monde a qualifié hier de partis frondeurs, et qui forme aujourd’hui le Groupe de 7 partis ayant quitté le navire  » majorité présidentielle « , G7.

Ces leaders ont peut-être été surpris par la brutalité de la réaction à leur lettre au Président de la République, leur autorité morale en tant que membre de la majorité présidentielle, mais on peut dire qu’ils s’étaient suffisamment préparés à cette éventualité.

On n’a en effet senti aucune panique dans le chef de tous ces leaders après leur exclusion du camp présidentiel, eux qui avaient affirmé dans leur lettre continuer à soutenir Joseph Kabila.

Au contraire, loin de se laisser impressionner, le G7 s’est affirmé comme une nouvelle plate-forme avec laquelle il faudra compter, surtout lors des prochaines échéances. Elle a, cette plate-forme, rédigé et signé son acte constitutif en peu de temps, et annoncé ses ambitions, parmi les plus nobles, comme celle de soutenir un seul candidat à la prochaine présidentielle.

Qui sera ce candidat ? Sortira-t-il de ce groupe, ou est-ce que celui-ci observera d’abord tous les potentiels candidats, entendra et passera au peigne fin le programme de chacun, avant de se prononcer pour l’un ou l’autre d’entre eux après avoir, bien entendu, négocié et signé un pacte avec lui ?

Une chose est sûre, on n’a jamais entendu, le long de leurs carrières, un seul des sept leaders déclarer son incompétence comme le font certains politiques congolais.

De toute façon, il est encore trop tôt de parler d’éventuelles ambitions présidentielles, même si certains audacieux, réalistes, se sont déjà clairement prononcés.

Et Malumalu s’en alla

C’était prévisible et attendu. Personne ne voyait l’Abbé Apollinaire Malumalu aller jusqu’au bout du premier objectif que lui assignait sa mission, à savoir l’organisation des prochaines élections générales. Quelques temps seulement après son retour à la tête de la centrale électorale, en effet, l’état de santé de l’Abbé laissait déjà à désirer. La situation s’est compliquée au fil des semaines. Sa démission, déposée le week-end dernier sur la table du Chef de l’Etat n’a donc étonné personne.

Tout en lui souhaitant un prompt rétablissement, il faut quand même regretter le vide créé par cet homme qui, il faut le reconnaître, avait acquis une solide expérience en matière électorale. Son expertise aurait sans nul doute été pour beaucoup dans la réussite du processus électoral.

N’importe comment, il faut dès à présent penser à sa succession. On observe de l’agitation dans le chef de la société civile. Certains affirment que le nouvel oiseau rare ne pourra sortir que de la sous-composante  » confessions religieuses « . Mais d’autres ne l’entendent pas de cette oreille, affirmant que cette succession est ouverte à toute la société civile. Or, il est un secret de polichinelle que la société civile congolaise est fortement politisée.

Dans les confessions religieuses, déjà, il y a, parmi les noms qui sont avancés, des gens qui n’ont jamais fait mystère de leur totale allégeance à l’une des familles politiques en présence.

Ce qui est important, ici, c’est la crédibilité dont peut jouir la personne devant présider la CENI qui est une structure éminemment sensible.

N’importe comment, la démission de l’Abbé-président est venue donner du baume au cœur des partisans du glissement. Car quel qu’il soit, et quelle que soit la célérité avec laquelle sa succession sera effectuée, il faudra au nouveau président un temps d’adaptation et de maîtrise des dossiers et de la température de la maison. Beaucoup de ceux qui jacassent de l’extérieur seraient déboussolés par la complexité de la tâche qui attend le nouveau locataire de la présidence de la CENI.

De toute façon, le glissement, on y est déjà, avec le grand retard pris par le calendrier de la CENI, sauf si la décision est finalement prise de repousser à après 2016 les élections locales et provinciales, comme certains le souhaitent.

 [Jean-Claude Ntuala]


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