RDC : L’implosion de la Majorité présidentielle

Font size: Decrease font Enlarge font
image Moise KATUMBI CHAPWE [droite] et "Joseph KABILA" [gauche]

Le départ du G7 et la démission de Moïse Katumbi du PPRD ont fait bouger les lignes. La Majorité reconnaît le danger. La MP a ressenti le coup. Les sorties qui minimisent les effets ne changent pas la réalité. D’ailleurs, la nervosité est le signe le plus évident qu’au sein de la MP, le coup est durement ressenti. Répliquant à Moïse Katumbi sur RFI, Richard Muyej, cadre du PPRD et originaire du Katanga, mesure la gravité de la situation qui ronge la MP. « Ce ne serait pas honnête à mon avis, à mon niveau de ne pas reconnaître ce danger (Ndlr : l’implosion de la Majorité). Il est tout à fait important que nous puissions nous battre pour préserver cette Majorité », a déclaré Muyej. Voilà une déclaration qui sonne le glas. La Majorité ne s’est pas remise de la fronde du G7. La démission de Katumbi est venue quasiment l’assommer. Aujourd’hui, la MP cherche à se relever tant bien que mal de ces blessures. Une tentative qui pourrait se buter aux frustrations internes qui ont toujours miné la Majorité.

La création de G7, suivie de la démission de Moïse Katumbi du parti présidentiel (PPRD) ne resteront pas sans effets dans la recomposition de la classe politique. Les équilibres devront inévitablement changer, aussi bien dans l’Opposition que dans la Majorité. Sur la scène politique, l’heure de la redistribution des cartes a sonné… Avant l’assaut électoral de 2016, les lignes bougent.

L’onde de choc de la fronde de sept partis de la Majorité a dépassé les seules frontières de la famille politique du chef de l’Etat. Les secousses se sont ressenties jusqu’à l’Opposition où des leaders craignent pour leur popularité. En effet, dans l’opinion, le G7 a réussi à s’attirer une énorme sympathie parmi les Congolais. Depuis un temps, le cercle de ses sympathisants ne fait que s’agrandir. Et, dans l’Opposition, l’on voit d’un mauvais œil l’arrivée du G7 sur un terrain jadis réservé aux seuls leaders de l’Opposition. Des lignes bougent. De part et d’autre. La fronde du G7 va sûrement remodeler l’espace politique congolais. 

A l’Assemblée nationale, où le bureau a été amputé de deux membres, notamment l’Unadef Charles Mwando Nsimba et le MSR Ezadri Eguma qui ont démissionné de leurs postes respectivement de 1er vice-président et de rapporteur, une Commission ad hoc vient d’être mise sur pied pour reformuler les nouvelles forces politiques au sein de la Chambre basse du Parlement. Au bout du processus, l’on s’attend à un profond renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale, prenant en compte la dynamique née de l’émergence du G7. 

Au-delà de la fronde du G7, la démission du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de Moïse Katumbi a eu un effet dévastateur. Dans certains milieux politiques, on a vite fait le lien avec le G7. 

Mais, interviewé sur RFI, Moïse Katumbi a exclu tout rapprochement, préférant prendre du « repos », avant de se lancer dans l’arène politique. 

Dans la scène politique, des signes de surchauffe sont perceptibles. Ils se raffermissent davantage. C’est dans la Majorité que les secousses ont été les plus intenses. A Kingakati, le chef de l’Etat, autorité morale de la Majorité présidentielle, a battu le rappel des troupes pour sauver le navire en dérive. Ce n’est pas pour autant que la tempête se serait calmée.

La MP mesure le danger

Dans les rangs de la Majorité, on n’ignore pas le danger. Le départ du G7 et la démission de Moïse Katumbi du PPRD ont fait bouger les lignes. La Majorité reconnaît le danger. La MP a ressenti le coup. Les sorties qui minimisent les effets ne changent pas la réalité. D’ailleurs, la nervosité est le signe le plus évident qu’au sein de la MP, le coup est durement ressenti.

Répliquant à Moïse Katumbi sur RFI, Richard Muyej, cadre du PPRD et originaire du Katanga, mesure la gravité de la situation qui ronge la MP. « Ce ne serait pas honnête à mon avis, à mon niveau de ne pas reconnaître ce danger (Ndlr : l’implosion de la Majorité). Il est tout à fait important que nous puissions nous battre pour préserver cette Majorité », a déclaré Muyej. Voilà une déclaration qui sonne le glas. La Majorité ne s’est pas remise de la fronde du G7. La démission de Katumbi est venue quasiment l’assommer. 

Aujourd’hui, la MP cherche à se relever tant bien que mal de ces blessures. Une tentative qui pourrait se buter aux frustrations internes qui ont toujours miné la Majorité.

Pour colmater les brèches et passer l’éponge sur la crise qui vient de la secouer, la MP devra faire preuve de tact et de minutie. Ce qui n’est pas le cas. La MP, qui se targue encore d’un nombre important de députés nationaux à l’Assemblée nationale, minimise l’impact du G7 et du départ de Katumbi du PPRD. Dans ses rangs, on l’assimile encore à un non-événement. Erreur !

Pendant ce temps, l’Opposition, qui peine à s’unir autour d’une même cause, assiste impuissante à la conquête de l’espace par le G7 et, éventuellement, Moise Katumbi. En effet, le G7, tout en étant encore dans la MP, a posé des actes qui devaient en principe émaner de l’Opposition, commente-t-on dans les milieux proches de l’Opposition. La population se retrouve dans le combat mené par les frondeurs de la Majorité. Le G7 dame les pions à gauche et à droite. L’Opposition et la Majorité devront donc faire de l’espace à ce groupe qui a attendu le bon moment pour bondir. Et la Majorité l’a aidé dans sa démarche. Une suspension n’aurait-elle pas suffi pour neutraliser « ces frondeurs » de la MP ? A la Fédération internationale de football (Fifa), par exemple, ceux qui ont terni l’image de l’instance mondiale du football, voire trempé dans le tripatouillage de la caisse comme Sepp Blatter, n’ont écopé que d’une suspension de 90 jours. Au pire, l’un d’eux s’est vu sanctionner pour six ans. La MP a préféré couper des têtes pour l’éternité. 

Quant à l’Opposition, embourbée dans ses contradictions, l’Opposition paraît déphasée et totalement déconnectée des réalités du terrain. Une brèche que le G7 s’en sert pour accroître son aura.

Dans cet environnement politique en ébullition, une redistribution des cartes est inévitable. Si l’épicentre de la crise se trouve dans la Majorité, rien n’indique que les secousses n’atteindront pas l’Opposition. En se positionnant de plus en plus au centre, après avoir totalement rompu les liens avec la Majorité, le G7 se pointe désormais en concurrent sérieux pour l’Opposition. Dans la Majorité, par contre, les affres de la crise ne se sont totalement dissipées. Longtemps minée par des guerres de positionnement et la forte mainmise du PPRD dans le système de prise de décision, la Majorité joue sa survie. C’est dans la peine que se construira son avenir, prédit-on dans les milieux spécialisés. 

Aucune frange de la classe politique ne sera épargnée par la grande vague de transhumance qui s’annonce. La fronde du  G7 et la démission de Katumbi vont sérieusement remodeler l’espace politique congolais. En attendant 2016, l’on doit s’attendre à bien d’autres surprises.

Délicat positionnement du MSR dans l’Opposition

Pendant ce temps, le Mouvement social pour le renouveau (MSR) a traversé effectivement la rue pour rejoindre l’Opposition. Avec hommes, armes et bagages ! En se conformant au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, à travers la correspondance signée par Yves Mobando Yogo, le MSR fait désormais parti de l’Opposition. Cette position comporte des avantages, certes mais des inconvénients aussi. D’ailleurs, plus d’inconvénients d’autant plus qu’il serait difficile pour le MSR de se mouvoir avec son indépendance et sa rigueur dans ce marigot où la rationalité est plutôt peu connue. Est-ce qu’un positionnement au centre, n’aurait-il pas été préférable en cette période de recherche de l’harmonie dans tous les compartiments de la nation ? 

Le MSR ne serait-il pas allé vite en besogne en s’alignant dans l’Opposition ? Pour des observateurs, la position comme opposition est légale, mais s’en prévaloir publiquement à ce stade équivaut à de la précipitation. Une attitude qui ne cadre pas avec les habitudes traditionnelles du MSR. Le parti de Pierre Lumbi doit rapidement se ressaisir et considérer que le crédit que la population lui a accordé dans le cadre du G7 doit-être géré avec énormément de responsabilité. La posture actuelle est plus délicate, et les prises de positions doivent être le résultat d’une réflexion mûrement menée suivant les us et pratiques au sein du MSR. C’est le prix de l’idéal et de la cohésion au sein du parti et du G7.

[lePtentiel]


Cet article a été lu 3897 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0