Longévité au pouvoir : « KABILA » veut battre le record de MOBUTU, même au prix de sa mort

Font size: Decrease font Enlarge font
image Chaise présidentielle

Y a-t-il une volonté d’aller de l’avant de la part des actuels dirigeants du pays ? Visiblement non. Les thuriféraires du régime Mobutu promettaient quotidiennement à ce dernier, en danse et en chant, 100 ans de longévité au pouvoir. En présentant également aujourd’hui Joseph Kabila comme une personne d’exception qui, pour le salut de la Nation, doit encore longtemps rester à la tête du pays, ses zélés adulateurs ont-ils vraiment conscience qu’ils s’investissent à faire marcher le Congo à reculons ? Le chef de l’Etat réalise-t-il, lui-même, qu’il est également en train de faire faire marche arrière au pays en décidant par exemple – et avec le risque très probable d’embraser celui-ci - de « nommer », comme durant la Deuxième République, les gouverneurs de province, et ce, en violation flagrante de la Constitution qui institue, en son article 198, « l’élection » comme unique moyen d’accès à cette charge ? Est-on encore dans un Etat de droit quand la Loi fondamentale est systématiquement violée par les autorités politiques et aussi – le comble ! – par les juges constitutionnels ? Quand ces derniers, dont la mission est de veiller à la conformité des actes des gestionnaires de l’Etat à la Constitution, se mettent à cautionner les graves outrages à celle-ci, la démocratie entre inexorablement dans le coma. Est-ce le retour de l’arbitraire et de l’absolutisme de la Deuxième République ?

Beaucoup de Congolais se souviennent encore de la Deuxième République. Ils s’appelaient Zaïrois. Ils se rappellent particulièrement de « l’encadrement politique » dont ils avaient été l’objet durant toute la période du mobutisme triomphant. Encadrement par bourrage de crânes avec répétition des mêmes discours et bombardement d’images, à l’overdose. En pur style des régimes totalitaires. Nul ne pouvait y échapper, le monopole médiatique du pouvoir (unique chaîne de télévision et unique radio nationales) n’en donnait pas la possibilité. On n’avait pas d’autre choix que de subir. Et tout le monde a subi, pendant plus de deux décennies, la liturgie du Mpr-Parti-Etat. Tous les jours, du lever jusqu’au coucher du soleil.

Tout avait été – et devait être - louange. Louange de la personne du chef de l’Etat qu’il fallait mythifier, à l’excès. Les scénarios étaient quotidiennement bien pensés par des…universitaires qui s’étaient distingués dans l’art d’embobiner leurs compatriotes. Leur carrière politique ou administrative en dépendait. On se souviendra de quelques brillants intellectuels (Sakombi, Kangafu, Gabembo, Mavungu et tant d’autres) dont les verves oratoires ont, pendant longtemps, emballé toute une génération des jeunes. Le militantisme, appellation politique de la flagornerie, tenait lieu de premier critère de promotion professionnelle et sociale. Le discours de tout cadre du parti - tout Zaïrois en était membre dès la naissance - devait commencer et se terminer par les nom et « post-noms » du « guide ». Il fallait lui affubler de jolis adjectifs qualificatifs et des superlatifs absolus, montrer et démontrer que tout était pensé par lui, que tout venait de son extraordinaire et lumineuse intelligence, de sa bonté, de sa singulière générosité. Il devait être pris, par le peuple, pour un être exceptionnel, ce genre d’humain que Dieu n’envoie que rarement sur la terre.

Fils et don du ciel, le « grand timonier » devait en venir chaque jour. Souvenons-nous de Mobutu Sese Seko sortant de nuages et surgissant sur nos petits écrans avant chaque début de journal télévisé avec « djalelo » en fond musical. Des groupes d’animation politique et culturelle se constituaient dans tout le pays pour dire, en chants et en danses, les qualités uniques du « président-fondateur » ainsi que ses multiples réalisations. L’on devait ainsi se distinguer en compositions musicales et en hanchements. Tout son dissonant était interdit : toute critique sur sa personne constituait un crime de lèse-majesté et était sévèrement puni de lourde peine d’emprisonnement ou de mort. Relever objectivement les disfonctionnements des institutions était du déviationnisme, un comportement jugé anti-parti. Etienne Tshisekedi et ses 12 autres collègues parlementaires, qui s’y étaient courageusement permis, en 1980, en adressant une lettre ouverte au président de la République, connurent bastonnades, emprisonnements ou relégations au village.

La présidence de la République était le seul centre qui impulsait tout. Tous les autres organes et structures du Parti-Etat n’étaient dès lors que ses simples caisses de résonance : le Comité central, le Bureau politique, le Conseil Exécutif, le Conseil législatif, le Conseil judiciaire fonctionnaient en parfaite consonance suivant les directives venant de cette même et unique source du pouvoir. République de nombreux « intouchables », les juges et les magistrats par exemple devaient également s’y référer pour savoir la nature de la peine à donner à telle ou telle autre personne déférée devant eux, situation de flagrance ou pas. Et surtout lorsque le délit était d’ordre politique. Tout excès de zèle de prétoire était donc à éviter de leur part.

L’affection du peuple au « sauveur », à l’homme du 24 novembre, devait se manifester en permanence. Tout responsable politique et administratif, chacun dans son ressort territorial, avait obligation d’organiser systématiquement des marches de soutien (de jour ou de nuit…en flambeaux) chaque fois que le régime était secoué ou lorsque le président-fondateur faisait personnellement l’objet des critiques venant des « ennemis » de la nation. Les reproches sur le non-respect des droits de l’homme et sur l’absence de démocratie venant de l’étranger étaient taxés de néocolonialisme auquel on opposait un discours nationaliste que quelques sophistes tenaient avec force conviction…militante. La presse belge qui poussa trop loin ses critiques sur la personne du « P.-F. », eut droit, en 1988 et à Bruxelles, à la réplique apportée, lors du mémorable « débat de clarification », par Kamanda wa Kamanda, Nymi Mayidika Ngimbi et Mpinga Kasenda, trois grosses légumes du régime et éminents rhéteurs. Incroyable, mais cela eut bel et bien lieu : la propagande mobutiste, en direct, à la télévision publique belge !

La Deuxième République fut naturellement celle de la terreur politique que faisaient régner une multitude de services de sécurité, civils et militaires. En plus de la récolte des informations, et contrairement aux services de renseignement des pays démocratiques, ils avaient le pouvoir d’arrêter quiconque et pour toute quelconque raison, de l’interroger, de le torturer et de le détenir, pendant des jours voire des mois, en leurs locaux. Les chefs de ces différents « services » relevaient du seul président-fondateur qui, en bon machiavélien, s’évertuait à les opposer : tout le monde accusait tout le monde auprès de lui, ce qui lui permettait d’avoir ainsi le contrôle de…tout le monde. Du diviser pour régner.

Tous les hauts cadres de l’administration territoriale étaient « nommés » discrétionnairement par le président de la République, y compris les gouverneurs de province appelés, à l’époque, commissaires de Région. Des Assemblées régionales furent installées dès 1982 mais ne disposèrent pas du pouvoir de démettre ces derniers, prérogative qui revenait naturellement à celui qui les nommait.

La Deuxième République aura également été celle où l’économie du pays était détenue, en grande partie, par l’Etat et, pour une autre partie, par un petit nombre de familles - des expatriés et de quelques nationaux qui, pour la plupart, étaient exonéré de taxes et d’impôts. Une République des privilèges. Les citoyens Zaïrois n’étaient pas tous égaux devant la loi…fiscale.

Le Parti-Etat, au-delà de toutes ses tares, avait néanmoins installé une relative paix – entendez absence de guerre – pendant une bonne période et presque sur tout le territoire national. Les hauts cadres politiques et administratifs devaient exercer leurs fonctions hors de leurs provinces d’origine. Règle qui a sans doute permis une osmose nationale et qui a ainsi forgé, chez les Zaïrois, le sentiment d’appartenance à une même nation. Tout Zaïrois a pu vivre et travailler tranquillement dans n’importe quel coin du pays, s’y sentant réellement chez lui. L’élection du « mukongo » Konde Vila Kikanda comme député national à Goma en 2011 en est le plus emblématique témoignage. Le sentiment, chez les Congolais, d’appartenir à une même communauté nationale et de partager un destin commun ne s’est pas délité malgré la décentralisation territoriale actuelle et quelques (rares) discours divisionnistes que la majorité des Congolais réprouve. Le « comique » député national Ne Muanda Nsemi a bien pris la mesure du rejet par ses compatriotes de sa logorrhée ethniciste et en a tiré les conséquences en décidant de mettre fin à sa carrière politique. L’unité nationale congolaise est une réalité et un legs historique du mobutisme. Il y a lieu de le reconnaître.

Telle aura été, brièvement résumé, la Deuxième République. « Il est difficile à qui ignore tout du passé de comprendre le présent et de bien envisager l’avenir », aime répéter l’historien René Remond. Ainsi, après une longue et objective lecture de l’histoire politique de leur pays, avec ses ombres et ses lumières, les Congolais qui s’étaient réunis à Pretoria en Afrique du Sud en 2002 avaient exprimé, telle que stipulée dans le préambule de l’actuelle Constitution, leur « volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un Etat de droit et une Nation puissante et prospère, fondé sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle ». Ils s’étaient également engagés à combattre « l’injustice avec ses corollaires, l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme qui sont, par leurs multiples vicissitudes, à l’origine de l’inversion générale des valeurs et de la ruine du pays ».

Qu’en est-il aujourd’hui de toutes ces aspirations solennellement gravées dans notre Charte nationale ? La Troisième République s’est-elle débarrassée des anti-valeurs de la Deuxième République ? Les jalons d’une « véritable » démocratie ont-ils été clairement posés ? Avance-t-on ? Fait-on du surplace ?

Y a-t-il une volonté d’aller de l’avant de la part des actuels dirigeants du pays ? Visiblement non. Les thuriféraires du régime Mobutu promettaient quotidiennement à ce dernier, en danse et en chant, 100 ans de longévité au pouvoir. En présentant également aujourd’hui Joseph Kabila comme une personne d’exception qui, pour le salut de la Nation, doit encore longtemps rester à la tête du pays, ses zélés adulateurs ont-ils vraiment conscience qu’ils s’investissent à faire marcher le Congo à reculons ? Le chef de l’Etat réalise-t-il, lui-même, qu’il est également en train de faire faire marche arrière au pays en décidant par exemple – et avec le risque très probable d’embraser celui-ci - de « nommer », comme durant la Deuxième République, les gouverneurs de province, et ce, en violation flagrante de la Constitution qui institue, en son article 198, « l’élection » comme unique moyen d’accès à cette charge ? Est-on encore dans un Etat de droit quand la Loi fondamentale est systématiquement violée par les autorités politiques et aussi – le comble ! – par les juges constitutionnels ? Quand ces derniers, dont la mission est de veiller à la conformité des actes des gestionnaires de l’Etat à la Constitution, se mettent à cautionner les graves outrages à celle-ci, la démocratie entre inexorablement dans le coma. Est-ce le retour de l’arbitraire et de l’absolutisme de la Deuxième République ?

[Wina Lokondo]


Cet article a été lu 4697 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0