RDC, l’occupation d’un peuple

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image Kabila Degage !

Tout a déjà été tenté en République Démocratique du Congo. De la colonisation en passant par l’esclavagisme. Et aujourd’hui, il s’agit tout simplement de l’occupation d’un peuple, ce par le biais des quelques intermédiaires, recrutés et payés. Mais cette mise sous tutelle semble être bien invisible. Peu s’en aperçoivent. La RD-Congo ressemble plus à laboratoire où toute forme d’hybridité de vie et sordidité y voient le jour et se déploient, mais sans quelqu’un n’assumât des responsabilités un jour. Et si seulement si ces dernières pouvaient être dégagées.

Dans ce lot, il y a à citer notamment les accords de Lusaka du 10 juillet 1999, ceux de Gaborone du 24 août 2000, les travaux d’Addis-Abeba du 15 août 2001, les négociations et accords de Pretoria du 31 juillet 2002, ceux de Luanda du 6 septembre 2002, et également l’accord global et inclusif de Sun City du 17 décembre 2002. Pour ne pas donc allonger inutilement cette liste y figurent aussi les accords de Nairobi pour le rapatriement des rebelles de FDLR au Rwanda de novembre 2007 et l’acte d’engagement pour le cessez feu immédiat avec Nkunda. Ainsi de suite, des accords aux accords…

Et au-delà, toute forme d’associations et d’alliances ont été nouées, testées et dénouées en République Démocratique du Congo. C’est le cas de la Monuc. Et qui dit Monuc pense tout de suite au CIAT, son fameux Comité International d’Accompagnement de la Transition dont les membres furent, outre l’Onu, la France, les États-Unis, la Chine, le Canada, la Russie, la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Angola, la Zambie. Les pays susmentionnés furent triplement représentés. D’abord comme membres à part entière de l’ONU et ensuite pour le compte de chacun de ces pays.

Après la Monuc vint la Monusco au Congo. C’est sa copie conforme presque, sauf qu’elle, est dotée d’une radio, la radio Okapi. La Monusco contrôle une armée de plus de 17 000 hommes sur le territoire congolais. Son budget dépasse largement celui du pays qui est placé sous sa tutelle. Sur le plan intérieur, la même formule d’association ou de regroupement fut aussi expérimentée, notamment avec le « gouvernement 1+4 ». Ce qui a donné un drôle de mélange. L’aventure se solda par une « guerre » et mort d’hommes. D’abord à Kisangani ou deux armées mercenaires, le Rwanda et l’Ouganda s’affrontent mais en tuant des congolais. Ensuite, la guerre faite par procuration de Kinshasa. L’Occident anglo-saxon essaye de faire gouverner la RD-Congo par le Rwanda. Et à travers ce dernier, des créatures monstrueuses, telles que le CNDP, le RCD, le PPRD et le MLC de l’Ouganda, se comptent sur la liste des toutes ces tentatives et autres échecs qui jalonnent l’histoire de l’Occident anglo-saxon en RD-Congo.

Et de nos jours, on peut se demander tranquillement, c’est quoi qui reste encore, ce de leur part, à imposer à un peuple qui dorénavant n’en peut plus, ne supporte plus cette indignité, sa propre soumission, sa subordination et son humiliation. 

Une guerre de basse besogne 

J’entends dire souvent qu’il y a plus de 8 000 000 des morts en RD-Congo. Mais comment ils sont morts ? Au front ? En train de se battre et armes à la main ? Mais où l’armée nationale congolaise est placée pour mener une guerre et signifier au monde que la RD-Congo se trouve en situation de guerre. Mais contre quel adversaire ? Dans sa culture, et ce à l’opposé d’une « guerre de basse intensité » comme ailleurs elle est appelée, l’Occident anglo-saxon, c’est-à-dire le dominant, impose une guerre de basse besogne aux peuples qu’il domine. C’est le cas en RD-Congo et aux congolais. Mais pourquoi cette guerre de basse besogne ? C’est parce que, dans l’entendement de l’occident anglo-saxon, la guerre proprement dite demeure un privilège qui serait uniquement réservé aux véritables hommes. Et ne se livrerait de ce fait qu’entre humains de même nature. Des congolais, qui sont à peine hommes, ne méritent pas que cet honneur lui soit accordé et ce de la part d’une puissance qui se surestime. Les anglo-saxons n’ont pas à perdre ni leur temps, ni leur minutions dans une guerre, à armes égales, avec des peuples jugés subalternes qu’il suffit de manipuler afin de les mettre au pas. Pourquoi alors les combattre militairement. Et au-delà de cette manipulation, il est question aussi de pouvoir éviter le genre des surprises pouvant arriver lorsque, en luttant contre des soldats anglo-saxons, des congolais s’aperçoivent finalement que ces super-hommes, qui sont à même de tomber sous les balles congolaises, ne seraient en réalité que des simples humains, qui sont faits de chair et d’os, c’est-à-dire à même d’être tués sur le champ de bataille de mourir. 

Aujourd’hui cette crainte se justifie quand, par un passé recent, des tirailleurs sénégalais, après s’être battu côte à côte avec des belges, des français contre les allemands, découvrirent que des colons qui les gouvernaient et maltraitaient chez eux fuyaient la guerre, quittaient leur tenue militaire, les abandonnaient, et tremblaient à l’approche de l’ennemi. Beaucoup furent tués et tombaient même les balles allemandes et ce comme des vulgaires hommes. Cette expérience historique a sonné comme un déclic mental. Elle a laissé des traces qui, le moment venu quand le mythe de super homme tomba, fut à l’origine de mouvement de contestation et de soulèvement de masse contre les colons et la colonisation. Avertis, les anglo-saxons évitent d’affronter des congolais dans une guerre d’hommes à hommes où une victoire possible de ces derniers sonnerait la fin d’une domination qui a longtemps duré. Autant alors s’en épargner quand ils savent corrompre et se fabriquer de faux adversaires pendant qu’ils sont adulés sans effort de leur part. 

La guerre de basse besogne exprime aussi une autre peur, celle de ne pas se faire prendre comme agresseur, comme voleur, violeur, assassin, meurtrier. Parce que nombreux sont des congolais qui n’en croient pas de leur oreille quand ils en apprennent la nouvelle. Ainsi, ils tombent dans le piège du chasseur. Et à travers son pouvoir de domestication et de séduction, ce dernier se fera applaudir comme un allié alors qu’il ne l’est ou ne le sera jamais. 

L’indépendance nationale avant qu’il ne soit trop tard

30 juin 2015, la patrie, la « RD-Congo », et son peuple, les « Congolais », revendiquent et attendent toujours une véritable indépendance nationale. Malgré le discours de Lumumba, celui du 30 juin 1960, son désormais «Nous avons connu…», et nonobstant également son assassinat en 1961 au Katanga, pour cause de son pays et terre de nos ancêtres, la « RD-Congo », ce vaste territoire que le roi des belges, Baudoin 1er, a dans son discours du 30 juin 1960 qualifié d’« œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui [...] et continuée […] par la Belgique », court toujours après une « indépendance » qui semble lointaine. 

Certes que l’élite congolaise a des raisons de se réjouir de la tenue du discours de Lumumba. Comme, elle peut encore se féliciter d’avoir instauré une date, même si c’est symbolique, mais commémorative quand même du meurtre de Lumumba. Et souvent je me demande, mais pour quel effet quand plus 50 ans plus tard la Rd-Congo existe à peine comme une entité nationale et autonome. Alors, qui peut dire à ce peuple ce qui finalement qui a été fait, et par quelle instance nationale, pour que l’historicité de la lutte de Lumumba et le sens même de sa mort servent de mythe, et assumé, et lequel vise, de manière permanente, la transformation mentale de l’homme congolais, la sortie d’un imaginaire violé. Sa naissance nouvelle, celle de l’homme congolais reconnu et identifié comme tel, est plus le résultat d’un travail délibérément entretenu. 

Le leadership congolais que j’accuse a laissé les responsables de l’assassinat de Lumumba récupérer sa mort, se réapproprier sa lutte, dans l’intention d’en faire un héros mou, c’est-à-dire à leur goût. N’est-ce pas que c’est la Belgique qui rend le jugement de son assassinat. Et sans jamais trouver des coupables et voire les condamner. Condamnation et culpabilité, deux notions ambiguës. Car le jugement ainsi rendu fait partager et repose les responsabilités du crime sur le dos des sujets congolais, que tout le monde sait instrumentalisés et victimes. L’extérieur, lui, et sa main qui paraît invisible s’en sortent moins inquiétés. Mais face à cette volonté de confiscation de vérité, des congolais se montrent peu entreprenants. Rien de précis et définitif n’est engagé au Congo, à Kinshasa et par des congolais eux-mêmes. Ndaywell, l’historien et auteur de l’ »Histoire Générale du Congo » ose lui affirmer que la popularité de Lumumba reposait sur le fait que des Tetela, de son ethnie, furent éparpillés dans l’ensemble du pays. Voilà que son leadership est même contesté parce que ramené à sa dimension ethnique. Ce qui fait le bonheur de ceux qui n’aiment la RD-Congo. Et si des congolais avaient opté pour l’écriture de leur propre histoire, ils auraient peu, en réfléchissant, se fabriquer un mythe autour du personnage Lumumba et lui consigner une signification réellement héroïque, ce au sens propre du terme. Prince Dika Akwa nya Bonambela écrit dans son livre « Les Descendants des Pharaons à travers l’Afrique », je cite : « Le mal vient du fait que l’histoire de l’Afrique est trop souvent l’œuvre des Non-Africains » (Bonambela, 1985 :11)

En écrivant son histoire, le peuple aurait pu éviter le type de scenario qui revient régulièrement lors des festivités commémoratives de la date du 16 janvier 1961. La main qui paye et organise lesdites manifestations fait défiler, sur les plateaux des chaines de télévision belge, quelques historiens congolais, en particulier de l’ « ethnie » Tetela, mais qui croyant bien faire, tombent dans le piège de représentation de Lumumba comme un sujet uniquement Tetela. Non, messieurs, Lumumba est le fondateur, je dirais le fondement de l’esprit congolais et de l’identité de l’identité de l’homme congolais. 

Alors caressé dans le sens du poil, une partie du peuple applaudit la propagande occidentale dont l’ultime objectif reste l’endormissement d’un peuple qui se montre quelque fois docile et obéissant. Il y a lieu, et il est temps, de faire de sorte que plus personne ne privât Lumumba à son peuple, à la terre de ses ancêtres. Chaque peuple se nourrit de ses propres mythes. Et des mythes qu’il se construit lui-même par la magie de son intelligentsia et lui en donne un sens qui épouse son temps. Je suis de ceux qui croient le mythe s’entretient du moment qu’il sert à la construction de la mémoire collective. Son utilité n’est pas à être aimé ou pas, car il aide à la mutation de la jeunesse de ce qu’elle fut pour ce qu’elle devient après sa rencontre avec sa mythologie. 

C’est pourquoi je dis que l’on ne peut parler d’indépendance la rencontre du 30 juin 1960. Depuis quand un pays qui se libère invite ou associe son ancienne colonie, ses bourreaux, les convie à prendre part le jour où il proclame son indépendance. L’ancienne colonie britannique, en train de devenir les États-Unis d’Amérique, n’invita pas l’Angleterre aux festivités commémoratives du 4 juillet 1776 alors que le 30 juin 1960, la Belgique et son roi Baudoin 1er, rehaussèrent de leur présence les cérémonies de commémoration d’une indépendance qui se voulait nationale. La Rd-Congo n’est pas un État indépendant. L’absence d’un acte de naissance qui soit autonome, d’un geste authentique, pur et revêtu d’un symbolisme original, continue à faire de la RD-Congo une « œuvre conçue par le génie du Roi des belges ». C’est l’impression de naviguer à vue de la part d’une élite congolaise toujours en quête d’un « Nous » congolais qui agirait, ce de manière coordonnée et consciente, en vue de marquer de ses empreintes la marche de son histoire. 

Le peuple congolais, que Léopold II a trouvé sur place, ne se reconnait pas comme une œuvre de fabrication belge. Il descend plutôt d’une lignée de ses ancêtres qui ont toujours vécu sur cet immense territoire, rassemblé ou pas par une main qui ironiquement se proclamait « civilisatrice ». 

La « RD-Congo », la terre de nos ancêtres, le pays d’où les Congolais sont originaires, se refuse d’être celui des conciliabules de Berlin. Il engage sa jeunesse et son souffle dans un processus de lutte dont la sanction finale est son émancipation, sa souveraineté historique. 

Mais auprès de qui les congolais introduisent leur demande d’indépendance ? Ce peuple en a assez de tous ces intermédiaires. Rien de définitif ne serait construit avec des gens qui eux-aussi attendent recevoir des instructions de la part de leurs maîtres. Nous avons fait hier ce combat contre Mobutu et je me demande si nous devrions le reproduire et poursuivre et ce de la même manière. Nos enfants et notre jeunesse ne se retrouvent pas quand on leur parle de maisons, de voiture, de constitution, etc… À l’instar de Sékou Touré à Conakry, en 1958, la jeunesse de la RD-Congo affirme à son tour préférer « la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ». Ces jeunes ont plus besoin de terre. Et de sa possession, ils jugeront et se décideront de ce qu’ils en feront, de quel genre d’institutions qu’ils y établiront, de quel type de maisons et de voitures à construire. Une terre sans âme demeure un poison, un leurre, une illusion, un mensonge. 

Conclusion

Déjà, Il y a déjà eu une table ronde avec les belges en 1960. Et cela n’a rien donné sauf maintenir la RD-Congo dans son impasse actuelle. La Belgique elle-même faisait de la sous-traitance au Congo. Aujourd’hui assumée par Paul Kagamé et sa bande. Lui et les siens sont embauchés comme agents sous-traitants par et pour le compte de l’Occident anglo-saxon. Faut-il reprendre cette expérience de la table ronde ? Je préfère et prône le face à face avec l’occident anglo-saxon, autour d’une table pour parler de la RD-Congo. Et ce face à face, et cet avent qu’il ne soit trop tard, pour les uns comme pour les autres, devrait être arraché. Et qui dit arracher ne dit forcement pas ramper, quémander. Par contre, concevoir, initier et en gardant l’initiative politique, un acte de libération à même d’être jugé de baptême et de naissance d’un monde à venir. 

Le temps s’y prête. Likambo ya mabele

[Mufoncol Tshiyoyo]


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