Les fléaux qui gangrènent la RDC

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image Etienne TSHISEKEDI et Mobutu

Le Maréchal-président fondateur Mobutu Sese Seko avait réuni, du 28 au 30 décembre 1974, le Bureau politique du Mouvement populaire de la révolution (MPR-Parti Etat) ayant identifié «10 fléaux» qui gangrenaient la société zaïroise. Avaient été ciblés, la «liberté ou licence» (liberté trompeuse qui a conduit au dérèglement moral et à la licence), la «crise agricole» qui a sacrifié la paysannerie à l'industrie), le «chômage», l'«inflation », la «société de consommation» (priorité à l'enrichissement de quelques individus au détriment du bien-être du peuple), la «jeunesse et l'éducation» (crise dans un système d'enseignement qui ne tire pas ses racines dans l'humanisme», l'«injustice sociale», les «problèmes sociaux» (manque de solutions) ainsi que «l'individualisme et l'égoïsme» (érigés en mode de vie). Dans son message à la Nation à l’occasion du 49è anniversaire de l’indépendance nationale, en survolant les différents secteurs de la vie nationale, le président de la République ne s’est pas empêché de tirer la sonnette d’alarme. Raison de son inquiétude : la justice elle-même est au banc des accusés. « Abusant de l’indépendance liée pourtant à la délicatesse et à la noblesse de sa charge, le magistrat se rend lui aussi coupable de vol, de concussion, de corruption et voire même des infractions de droit commun, avec une facilité déconcertante », a dit le chef de l’Etat d’un ton ferme et amer. Sévère réquisitoire.

La République démocratique du Congo (RDC) n’est pas encore sortie de l’auberge des « fléaux » qui la ravagent dangereusement. Emmanuel Ruzuzi, professeur d’histoire et assistant des universités propose de « lutter contre 10 fléaux pour sortir la RDC des crises de l’après-indépendance », le président Joseph Kabila en a énuméré « 5 » en 2009 alors que, 24 ans plus tôt, le Maréchal-président Mobutu Sese Seko en avait dénoncé « 10 ».

Radio Kivu 1, émettant à partir de Goma, rapporte que Ruzuzi a appelé, dans une émission spéciale de l’indépendance du 30 juin 1960 à laquelle il était invité, à « lutter contre l’aliénation mentale, le clientélisme politique, la formation militaire non contrôlée, la transformation des antivaleurs en valeurs ».

« Ce secrétaire exécutif de l’Association des Historiens du Nord-Kivu stigmatise également le goût exagéré du pouvoir, le non respect et la méconnaissance des symboles de l’Etat, le non respect des droits de l’homme, le non effort des chrétiens, le multipartisme avec des partis politiques sans plan d’action », précise-t-elle.

En conclusion, Emmanuel Ruzuzi a appelé à « redynamiser la RDC » pour qu’elle ne soit « pas la poubelle de l’Occident ».

Mobutu avait ciblé «10 fléaux», Kabila en dénonce « 5 »

Le 16 mai 2012, j’avais écrit un article intitulé « Probité morale : Mobutu avait ciblé 10 fléaux, Kabila en dénonce 5 » qui conserve encore toute son actualité et repris ci-dessous.

La probité morale ne semble pas être la qualité cardinale des gouvernants en République démocratique du Congo (RDC), à l'analyse de 47 dernières années, caractérisées essentiellement par les «10 fléaux» stigmatisés par Mobutu Sese dans son discours du 4 janvier 1975 et les «5 fléaux» dénoncés par le président Joseph Kabila Kabange en 2010.

Le Maréchal-président fondateur Mobutu Sese Seko avait réuni, du 28 au 30 décembre 1974, le Bureau politique du Mouvement populaire de la révolution (MPR-Parti Etat) ayant identifié «10 fléaux» qui gangrenaient la société zaïroise.

Avaient été ciblés, la «liberté ou licence» (liberté trompeuse qui a conduit au dérèglement moral et à la licence), la «crise agricole» qui a sacrifié la paysannerie à l'industrie), le «chômage», l'«inflation », la «société de consommation» (priorité à l'enrichissement de quelques individus au détriment du bien-être du peuple), la «jeunesse et l'éducation» (crise dans un système d'enseignement qui ne tire pas ses racines dans l'humanisme», l'«injustice sociale», les «problèmes sociaux» (manque de solutions) ainsi que «l'individualisme et l'égoïsme» (érigés en mode de vie).

Il s'en suivit de retentissants procès publics à la suite des interpellations au Conseil législatif (parlement) des mandataires de l'Etat dans les entreprises publiques et des membres du Conseil exécutif (gouvernement).

Malheureusement, les interpellations avaient été suspendues «sur instruction du président-fondateur» la veille de l'audition au Palais du peuple du gouverneur de la Banque du Zaïre (Banque centrale). Toutefois, elles avaient eu l'avantage de réduire sensiblement la dilapidation des fonds et biens publics.

Par ailleurs, le retrait du président Mobutu dans son village de Gbadolite (Equateur) après son discours du 24 avril 1990 ouvrant le pays au multipartisme ainsi que les deux pillages de septembre 1993 et de janvier 2012 fragilisèrent l'Etat et détruisirent mortellement l'ensemble du tissu économique du pays.

Les « Cinq fléaux » à combattre... selon Kabila !

Trois années auparavant, le journal Le Potentiel avait rapporté le message à la nation du président Joseph Kabala sous le titre « Les Cinq fléaux à combattre … selon Kabila » et repris ci-après.

A chaque président « ses fléaux », se hasarderait-on à dire. Mobutu dénonçait déjà les « Dix fléaux » qui rongeaient la société zaïroise. Le président Joseph Kabila Kabange vient de découvrir « Cinq fléaux » qui mettent en péril le vaste programme de la reconstruction nationale et de la refondation de l’Etat congolais. Il vient de tirer la sonnette d’alarme dans son message à la Nation à l’occasion du 49è anniversaire de l’indépendance nationale.

Le président de la République, Joseph Kabila Kabange a procédé le mardi 30 juin 2009, à Goma, à une autocritique sévère sur l’« état de la Nation ». C’était dans un message adressé à la Nation à l’occasion du 49ème anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo.

Certes, le président de la République a placé cette manifestation sous le signe de l’espérance pour vrai que hier, Goma était synonyme de désespoir. Mais face à de nombreux sacrifices, Goma retrouve progressivement sa quiétude et qu’il est possible d’espérer.

En survolant les différents secteurs de la vie nationale, le président de la République ne s’est pas empêché de tirer la sonnette d’alarme. Raison de son inquiétude : la justice elle-même est au banc des accusés.

« Abusant de l’indépendance liée pourtant à la délicatesse et à la noblesse de sa charge, le magistrat se rend lui aussi coupable de vol, de concussion, de corruption et voire même des infractions de droit commun, avec une facilité déconcertante », a dit le chef de l’Etat d’un ton ferme et amer. Sévère réquisitoire.

Et pourtant, déjà dans son discours d’investiture du 6 décembre 2006, le président de la République soulignait la nécessité de garantir le fonctionnement normal des institutions pour préserver l’équilibre des pouvoirs, et surtout l’indépendance de la justice dans la lutte contre la puissance d’argent et d’amitié.

D’autre part, en décidant d’ouvrir les portes des prisons « devant tous ceux qui se mettront en travers de la loi », le chef de l’Etat, grâce au bon fonctionnement de la justice, réaffirmait sa volonté de gouverner autrement dans cet élan de refondation d’un Etat classique.

Si aujourd’hui, il a annoncé qu’il va tirer toutes les conséquences découlant des conclusions des travaux de la 2è session du Conseil supérieur de la magistrature, c’est que le constat est amer : le magistrat n’a pas été « redevable » pour permettre à la population d’accéder à une justice juste.

Les cinq feaux

Dans son réquisitoire sévère, en sa qualité de « Magistrat suprême », le président de la République est allé au fond des choses. Il a dénoncé les maux qui rongent la société congolaise. Il s’agit de « Cinq fléaux » qui risquent de mettre en péril non pas seulement ce « projet ambitieux de 5 chantiers », mais tout le processus de reconstruction nationale et de refondation de l’Etat congolais. Comme autrefois, Mobutu dénonçait les « Dix fléaux » qui minaient la société zaïroise. Soit.

Le chef de l’Etat n’a pas mâché ses mots en énumérant ces antivaleurs qui s’enracinent au sein de la société congolaise à savoir l’indiscipline, l’intolérance, la concussion, la gabegie financière et la corruption.

Voilà les Cinq fléaux à combattre si l’on tient à relever les grands défis d’un Etat classique.

Indiscipline. C’est que l’autorité de l’Etat n’est pas opposable à tout le monde. Qu’il existe encore des personnes qui se croient au-dessus de la loi et posent des actes inciviques en défiant l’autorité et les institutions constitutionnelles.

Intolérance. Le processus de démocratisation accuse des ratés et provoque le dysfonctionnement des institutions. Il va sans dire que les droits fondamentaux de l’homme sont violés.

Concussion. Le chef de l’Etat vient de dénoncer l’existence des contrats léonins passés par certaines autorités politiques avec des firmes étrangères. Ou encore des personnalités qui sont mouillées dans les affaires maffieuses, en plus de la spoliation des biens de l’Etat. Une situation qui conduit à l’impunité.

Gabegie financière. La mauvaise gouvernance caractérisée par le déficit toujours grandissant des finances publiques, la dépréciation continue de la monnaie nationale, le détournement des deniers publics. Ce cas de figure entretient la médiocrité et ne favorise nullement l’excellence.

Corruption. Elle est sous-tendue par l’immoralité politique qui conditionne l’octroi de certains droits au moyen des pots-de-vin. La sous-évaluation des recettes publiques par les régies financières, l’acquisition des contrats des grands travaux en violation des principes directeurs de la passation des marchés publics, le clientélisme, le tribalisme, le régionalisme, la délation, la trahison… autant d’actes de corruption qui aliènent et entretiennent l’enrichissement sans mesure. Ils accouchent d’une bourgeoisie compradore qui finit souvent par avoir un ascendant sur la gestion politique.

Une fois de plus, le réquisitoire est sévère. Ces fléaux sont à l’image de la gangrène, et peuvent facilement venir à bout d’une société. Que ce réquisitoire émane du président de la République, il est temps d’agir, de changer, et les hommes et le mode de gouvernance.

Fait intéressant, le président de la République vient de rejoindre les evêques catholiques qui, dans leurs lettres épiscopales ont dénoncé les mêmes fléaux. Pas plus tard que dans celle du 12 février 2009, ils appelaient le peuple congolais à la « vigilance ».

Parlant de la paix, de la sécurité menacées, ils ont critiqué la gabegie financière et l’incurie administrative émaillées par l’impaiement des fonctionnaires, la misère des familles, l’inaccessibilité croissante à d’autres services de base tels que les soins de santé, l’eau potable, l’électricité, les transports publics, l’assainissent des villes.

De la corruption, ils soulignaient qu’elle est devenue le « cadre général de vie et d’action socio-politique en RDC ». Et de conclure « qu’il y a péril en la demeure. Il est urgent d’envisager et d’appliquer des sanctions exemplaires ».

Oui. Il faut agir, changer. Car, comme l’ont dit les évêques catholiques, « le peuple jugera ses gouvernants sur leur capacité à donner une réponse pertinente et définitive à ces grands défis ». C’est tout dire.


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