La RDC tourne en rond

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image Cardinal MONSENGWO et "Joseph KABILA"

Le Congo tourne en rond parce qu’il ne sait pas encore où il convient de situer les changements dont il a besoin pour se construire comme une nation sérieuse et responsable. Par habitude et selon des mécanismes d’accoutumance aux postures qui visent à impressionner et à mystifier ceux à qui on s’adresse, les Congolais aiment les grands slogans, les manifestations spectaculaires, les affirmations tonitruantes sur ce qu’ils veulent faire et  les images gonflées d’eux-mêmes où ils célèbrent une certaine idée de leur pays et de son avenir sous les feux de la rampe. Ils parlent, ils parlent, ils parlent sans fin, mais souvent sans résultat.

Où en est la RD Congo aujourd’hui dans le désir du changement qui la porte depuis son indépendance ? Peut-on considérer que le pays est dans une bonne direction qui lui permettra d’ouvrir de nouveaux horizons de réussite, de prospérité, de développement et de rayonnement mondial à son peuple.

Ou qu’il ne sait toujours pas encore très bien où il va malgré les multiples concertations, consultations, dialogues et conférences provinciales ou nationales qui jalonnent son histoire ?

Le Congo tourne en rond

Si l’on formule la question sous cette forme en cette période où se déroulent, une fois de plus, des séances d’échanges entre le président de la République et les forces vives de la société congolaise, la réponse qui vient à l’esprit et s’impose à la pensée est celle-ci : le Congo tourne en rond.

Oui, le Congo tourne en rond parce qu’il ne sait pas encore où il convient de situer les changements dont il a besoin pour se construire comme une nation sérieuse et responsable.

Par habitude et selon des mécanismes d’accoutumance aux postures qui visent à impressionner et à mystifier ceux à qui on s’adresse, les Congolais aiment les grands slogans, les manifestations spectaculaires, les affirmations tonitruantes sur ce qu’ils veulent faire et  les images gonflées d’eux-mêmes où ils célèbrent une certaine idée de leur pays et de son avenir sous les feux de la rampe. Ils parlent, ils parlent, ils parlent sans fin, mais souvent sans résultat.

C’est depuis Lumumba et Mobutu que notre nation a pris cette direction. Notre histoire est jalonnée de repères sertis de grandeur et d’ambitions grandiloquentes comme le discours de Lumumba le jour de notre indépendance en 1960 ou celui de Mobutu aux Nations unies en 1973.

Nous avons aussi illuminé notre trajectoire historique de ces dernières décennies avec des événements et des manifestations comme les Congrès des partis politiques, les rencontres glorieuses en des lieux sacralisés et mythifiés où le pouvoir s’irise et se célèbre, les messes politiques solennelles et une pléthore de cérémonies qui chantent plus qu’elles ne parlent, qui dansent plus qu’elles n’agissent, dont le but était de construire une certaine glorieuse vision de nous-mêmes.

On faisait souvent illusion avec des formules rhétoriques comme « tailler notre chemin dans le roc », « être le plus grand pays du monde », savoir que nous sommes « la gâchette du revolver qu’est l’Afrique ».

Les plus vieux parmi les citoyens congolais connaissent  toute la rhétorique de l’ère mobutiste : des formules dont nous avons usé et abusé sans les incarner dans des actes de changement susceptibles d’imposer notre nation comme une grande nation sérieuse et responsable dans le monde.

Des grands slogans

La deuxième République, dans ses multiples volontés de « révolution » et ses envolées mégalomaniaques, demeure de ce point de vue le modèle du genre : elle eut son objectif 80 pour faire du Zaïre le nombril du monde en matière de puissance économique et politique ; elle eut son ambition d’une révolution du social afin de faire de notre nation le pays de la richesse et du bonheur ; elle eut sa « démocratisation » pour ouvrir la voie à une modernité politique de première splendeur. Tout cela n’a pourtant accouché d’aucune force de grandeur réelle pour le Congo.

Comme dans un cycle infernal au-dessus d’un nid de malédictions, la troisième République s’est engouffrée dans le même esprit,  avec des grands slogans du type les cinq chantiers de la République ou la Révolution de la modernité ; avec les mêmes envolées rhétoriques dans des concertations, des consultations et des dialogues qui n’accouchent aux yeux des populations que de  chimères politiques et de déroutantes illusions sociales.

On croirait être dans une roue du destin, un Fatum qui se moque de nos esprits et qui nous précipite vers le gouffre d’un désespoir sans fin, celui d’une vision politique de nous-mêmes qui masque par ses mégalomanies l’insignifiance de nos courtes vues.

S’il ne s’agissait que d’une maladie politique, on aurait pu prendre les choses avec distance en considérant que la politique est ainsi faite sous les tropiques. Elle se joue souvent à elle-même son propre cinéma dans des violences tragiques, non pas seulement sous les tropiques, mais partout dans le monde.

Mais, il y a plus au Congo : la maladie dont nous parlons n’est pas seulement politique ; elle est globalement sociale. Chez nous c’est la société dans son ensemble qui est prise dans les filets de l’esprit qui se donne des allures de fausse grandeur et tourne en rond sans s’ouvrir un horizon de vrai développement.

Elle considère qu’elle a un pays infiniment riche alors que la pauvreté et la misère la gangrènent de partout ; ses économistes se glorifient de leurs politiques économiques et financières dont seules les hautes classes ont la maîtrise sans que les populations se mobilisent pour en consolider les effets pratiques.

Elle s’enchante de ses structures religieuses et spirituelles comme d’une puissance pour dompter ses faiblesses et ses démons alors qu’elles ne sont, en fait, que des cymbales retentissantes, des tissus d’ignorances et des  baudruches inefficaces ; elle s’enorgueillit de sa vitalité musicale et de ses grandes dynamiques festives alors que les flots d’alcool qui y coulent ne sont que des signes  de débilité mentale de plus en plus visibles dans d’irritantes obscénités et de macabres vertiges.

Dans une pareille société, les fausses grandeurs ont pris le pas sur les vraies révolutions à faire. Elles font perdre de vue les lieux essentiels des transformations à engager quand on veut devenir un pays sérieux et responsable.

Donner à chaque citoyen un sens de sérieux et de responsabilité

Aujourd’hui, il est impératif que les hautes sphères de la direction de la nation prennent conscience de nos orientations d’esprit qui brassent beaucoup de verbes et de salives sans que les résultats soient à la hauteur des ambitions.

L’impératif est de rompre avec cette habitude congolaise et de donner à tous nos dialogues, à toutes nos concertations et à toutes nos conférences politiques  sur notre nation une dimension pratique et concrète, bien visible, dans des décisions que l’on pourrait évaluer clairement au jour le jour par des mécanismes d’intelligence hors de toutes les grandiloquences stériles à la congolaise.

De même, il est temps que l’éducation de l’imaginaire populaire congolais puisse être orientée dans la même perspective où les paroles et les actes s’épousent, s’inter-fécondent de manière à donner à chaque citoyen un sens de sérieux et de responsabilité dans son engagement autour des grandes causes de notre pays.

Toutes ces causes qui sont devenues des slogans souvent creux, il est utile que dans sa conscience, chaque citoyen, chaque citoyenne en fasse un défi personnel et une exigence collective.

C’est seulement ainsi que les mots comme élection, démocratie, conscience nationale, paix, justice, solidarité, cohésion, décentralisation ou nation auront un sens réel. On cessera de tourner en rond et on ira de l’avant, comme une nation responsable et sérieuse.C’est de ce changement que nous avons besoin : l’esprit des nouveaux hommes congolais, des nouvelles femmes congolaises, des citoyens et des citoyennes pour un nouveau Congo, ici et maintenant.

[Tshiunza Mbiye et Kä Mana]


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