RDC : Concertations nationales, l’Opposition a jeté de l’huile au feu

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image Léon KENGO WA DONDO et Paul KAGAME

Les contradictions parues dans la classe politique dès l’annonce de Concertations nationales présagent d’un mauvais départ de ce forum national voulu par son initiateur, le président de la République, comme une occasion de consolider les bases pour une véritable cohésion nationale. Comme avec le Dialogue intercongolais, qui a trouvé son dénouement après sa délocalisation à Sun City (Afrique du Sud), les Concertations nationales risquent de connaître le même sort. Ce qui jettera davantage l’opprobre sur la classe politique congolaise. La Majorité et l’Opposition ont intérêt à se ressaisir.

La déclaration de l’Opposition, faite jeudi dernier à l’issue de son conclave de Limete (Kinshasa), a ravivé le doute sur la tenue de Concertations nationales, annoncées par le chef de l’Etat, Joseph Kabila. En multipliant les préalables pour sa participation à ce forum national, l’Opposition a jeté de l’huile au feu. Ce qui n’a pas laissé indifférente la Majorité présidentielle qui a, par la voix de son secrétaire général et président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, tenté de calmer le jeu.

De retour de l’Europe, Aubin Minaku, qui siège avec son collègue du Sénat, Léon Kengo, au présidium des Concertations nationales telles que fixées dans la dernière ordonnance présidentielle, s’est voulu plutôt conciliant.  « …Une ordonnance de si grande portée politique, il est tout à fait normal que l’Opposition puisse émettre son point de vue, de même que la Majorité et la Société civile. L’Opposition a émis des observations et même des appréhensions. Ça va de soi dans une démocratie.

Il n’y a pas à agir dans la passion, à s’énerver. Mais l’essentiel pour tout homme d’Etat maintenant, c’est de voir ce que nous devons faire pour que les concertations nationales se tiennent rapidement, parce qu’elles doivent se tenir. C’est une nécessité impérieuse pour le peuple… », a déclaré Aubin Minaku, le dimanche 14 juillet dans la soirée à sa descente d’avion à l’aéroport international de N’Djili.

Dans la Majorité, les positions tranchantes prises par l’Opposition à l’issue de son conclave ont été prises au sérieux. Tout le monde travaillerait, à en croire le secrétaire général de la MP, pour éviter un naufrage aux Concertations nationales. Mais, loin de toutes ces guerres de tranchées, le plus important est de sauvegarder non seulement l’unité de la RDC mais surtout l’honneur de tout un pays qui risque d’être une fois de plus terni par le fait de la maladresse de sa classe politique.

Les craintes

Nombre d’analystes craignent que les Concertations annoncées par le chef de l’Etat ne terminent leur course dans un pays étranger. Comme ce fut le cas du Dialogue intercongolais qui, bloqué par le fait de diverses contradictions qui minaient la classe politique, n’a pu trouver un dénouement qu’après sa délocalisation à Sun City, en Afrique du Sud. Les concertations nationales vont-elles suivre le même schéma ? Dans certains cercles politiques, ce scénario n’est pas exclu.

L’Opposition en a juste rajouté au suspense, allant jusqu’à remettre en cause le contenu de ces Concertations tel que fixé dans l’ordonnance présidentielle n°13/078 du 26 juin 2013 portant création, organisation et fonctionnement des concertations nationales. En effet, l’Opposition est parue unanime sur un point. Elle estime que, contrairement à l’ordonnance précitée, les Concertations nationales ne devaient pas se limiter à « la réunion de toutes les couches sociopolitiques de la Nation afin de réfléchir, d’échanger et de débattre, en toute liberté et sans contrainte, de tous les voies et moyens susceptibles de consolider la cohésion nationale, de renforcer et étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national en vue de mettre fin aux cycles de violence à l’Est du pays, de conjurer toute tentative de déstabilisation des institutions et d’accélérer le développement du pays dans la paix et la concorde ».

Comme dans d’autres fora similaires où la classe politique s’est retrouvée pour débattre de toutes les questions d’intérêt national, dans l’Opposition, on pense qu’il devait aussi en être le cas avec les Concertations nationales. Une version qui, malheureusement, ne trouve pas preneur au niveau de la Majorité. Car, pour la Majorité, seule la voie tracée par le chef de l’Etat prime sur toutes les autres considérations. L’impasse est bien là. Et, de part et d’autre, le fossé de contradictions ne fait que s’agrandir. Ce qui n’augure pas des lendemains meilleurs quant à la portée réelle de ce forum, dit national.

Si ces contradictions persistent, c’est fort possible que l’on explore d’autres voies pour contourner la difficulté. Ce qui s’apparente déjà au schéma tracé avec le Dialogue intercongolais.

L’on se rappelle qu’incapable de trouver un consensus autour d’un schéma unique de ce dialogue, les Congolais ont dû finalement subir le diktat de l’extérieur en se déplaçant en Afrique du Sud, loin des frontières nationales, pour entamer finalement des négociations dans le format fixé par le facilitateur international, dûment mandaté par les Nations unies. En sera-t-il encore le cas avec ces Concertations nationales ? C’est fort probable.

Blocage et mise sous tutelle

La démarche actuelle de la Majorité et de l’Opposition est une porte ouverte à la mise sous tutelle de la RD Congo suivant la volonté contenue dans l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Ce blocage qui se profile à l’horizon est tel que la communauté internationale tiendrait à ne point subir d’échec sur le dossier RDC. La communauté internationale est déterminée à rétablir la paix dans la région. Tous les Etats concernés sont soumis à des cahiers de charge précis élaborés par les Nations unies.

La RDC qui est appelée à opérer des réajustements politiques et institutionnels dans l’accord-cadre, s’efforce à remplir sa part de contrat. Ce qui justifie d’ailleurs l’ordonnance présidentielle créant et organisant les Concertations nationales. Le caractère unilatéral attribué à cette ordonnance présidentielle par l’Opposition, avec à la clé la menace de boycott desdits travaux, sera l’occasion qui fera la démonstration algébrique de l’incapacité des dirigeants congolais et de la classe politique de se prendre en charge. Tous les débats engagés sur le sujet doivent éviter à la nation une mise sous tutelle sur des matières aussi simples que les échanges entre acteurs majeurs d’un pays aux dimensions continentales comme la RD Congo.

Ceux qui en appellent à la médiation de Mary Robinson dans les rangs de l’Opposition se rendent-ils compte du recul que fait la nation ? De même, ceux qui ont estimé tout régenter, voire tout boucler dans l’ordonnance présidentielle savent-ils qu’ils créeraient par la même occasion la voie pour une ingérence étrangère sous couvert des Nations unies ? Ce blocage est inutile sur toute la ligne. Il est porteur des germes d’une mise sous tutelle en règle du pays, avec l’accord de toutes les parties.

Se ressaisir

Malheureusement, si tel devait être le cas, c’est la RDC et sa classe politique qui en sortiront grandement affaiblies. Une main étrangère pour faire avancer ces Concertations donnera une fois de plus la preuve de l’incapacité de la classe politique à se prendre en charge lorsqu’il s’agit de se décider sur les grands enjeux du pays. Comme à Sun City, la RDC n’en tirera nullement gain de cause. Bien au contraire. 

Quel est aujourd’hui l’héritage de Sun City ? Certes, le dénouement du Dialogue intercongolais par l’endossement de l’accord global et inclusif a permis de réunifier le pays. Mais, il n’a pas ramené la paix sur l’ensemble du territoire. En résolvant un problème, l’accord de Sun City en a créé bien d’autres, plongeant la RDC dans un cercle dont elle a du mal à s’en sortir jusqu’à ce jour. Il faut donc craindre que les Concertations empruntent ce chemin compromettant.

Il faut éviter que l’initiative lancée par le chef de l’Etat échappe par le fait de la persistance de contradictions internes au contrôle de Congolais. Il est temps de réapproprier cette initiative pour qu’elle soit véritablement congolaise où des Congolais de tous bords – Majorité et Opposition – devaient se retrouver pour parler sans tabou des problèmes de survie de l’Etat. D’où, la nécessité de tirer les leçons de Sun City pour éviter que les Concertations ne retombent dans les mêmes travers.

[Le Potentiel]


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