RDC : Chapeau bas au Gouvernement MATATA ?

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image Augustin MATATA PONYO MAPON - PM de la RDC

Jamais, le Franc congolais n’a jamais battu le record de stabilité telle qu’observée au 364ème jour du Gouvernement Matata. Jamais, le taux de change sur le marché des devises n’est resté intact pendant une année en RD Congo. Jamais, les Congolais n’ont observé une situation de déflation, après la mise en circulation de nouveaux billets à valeur faciale élevée. Augustin Matata a pu gagner ce pari. En dépit de la mise en circulation des billets de 1000, 5000, 10.000 et 20.000 Fc, les prix n’ont pas galopé sur le marché des biens et services. De ce point de vue, chapeau bas au Gouvernement Matata. Mais, tout le problème, c’est que le panier de la ménagère ne suit pas toujours cette stabilité visible de la monnaie. Bien au contraire. Il reste encore vide. A la base, le maigre salaire alloué aux agents des services publics. C’est encore ici qu’intervient le débat houleux entre les partisans de la théorie selon laquelle « de gros salaires soutiennent l’économie ». A l’inverse, d’autres estiment que c’est l’économie du pays qui crée de gros salaires. Mais, le souci du Congolais d’en -bas n’est pas dans ce débat. Pour le petit peuple, l’important est l’accès facile aux soins de santé de qualité, à l’énergie, aux infrastructures de base, en ce compris les écoles pour les enfants, les routes de desserte agricole…

9 mai 2012 - 9 mai 2013. Le Gouvernement Matata Ponyo totalise trois cent soixante-cinq jours ce jeudi. Ce qui donne lieu à un bilan un an après. Occasion pour le quotidien «Forum des As» de faire son diagnostic pour déterminer le décalage entre les réalisations du cabinet Matata et les attentes des Congolais. Autrement dit, entre les chiffres sans nul doute convaincants présentés par le Gouvernement et le vécu quotidien de la population congolaise. Car, au-delà des chiffres, les Congolais attendent surtout du concret.

Le Gouvernement totalise un an. Mais, une année, c’est à la fois beaucoup et peu pour juger un quinquennat compte tenu des défis à relever. On ne peut pas non plus attendre  cinq ans pour tout réaliser. Car, dans certains secteurs clés, il y a bien de choses que le Gouvernement Central aurait dû réaliser. Le Gouvernement Matata Ponyo a continué le travail d’assainissement du cadre macro-économique amorcé par le Gouvernement précédent, ce qui a permis de consolider ce cadre macro-économique et de confirmer la stabilité du taux de change sur le marché, d’atteindre un taux de croissance enviable ... bref, les chiffres sont au vert et le succès, sur ce terrain, n’est plus du tout à démontrer.  

MAIS, LES CONGOLAIS ATTENDENT DU CONCRET

Une chose est d’atteindre la stabilité sur papier, mais une autre est de voir ces chiffres se traduire dans la réalité de tous les jours, c’est-à-dire dans le vécu des Congolais. L’on est apparemment encore loin du compte parce que l’ordinaire des Congolais n’a pas changé.  S’il est vrai que, s’agissant du taux de change, le Franc congolais ne fait plus de yoyo par rapport au dollar américain, il est aussi vrai que les Congolais attendent leurs comptes, attendent surtout du concret, au-delà des chiffres qui ne renseignent pas encore sur leurs conditions de vie. C’est là que les efforts fournis par le Gouvernement central risquent de ne ressembler qu’à un chapelet de bonnes intentions sans lendemain. Ce n’est donc pas par hasard que, lors de sa dernière adresse au Congrès, le chef de l’Etat avait souhaité que les chiffres se traduisent dans la réalité de tous les jours. Car, le combat pour la maîtrise du cadre macro-économique ne date pas du tout d’aujourd’hui. Mais, la difficulté comme hier, c’est de traduire les résultats positifs annoncés dans la vie quotidienne, pour qu’en fin de compte, les Congolais palpent du doigt les retombées, alors positives, découlant de nombre d’efforts consentis en un an par le Gouvernement Matata Ponyo. Mais, cet objectif demeure loin du compte. Surtout lorsque le taux de croissance passe à 7% et donc que la RDC passe la vitesse de croisière au point d’étonner les spécialistes.

UN AN : QUEL BILAN POUR LE GOUVERNEMENT ?

Pas de doute possible, il revient au Gouvernement de présenter le bilan de ses trois cent soixante-cinq jours. Sans nul doute aussi que le Premier ministre Augustin Matata Ponyo Mapon ne manquera pas d’aligner des chiffres pour étaler les réalisations de son équipe. La maîtrise et la stabilité même du cadre macro-économique, du taux de change ainsi que du taux de croissance  occuperont une bonne place dans le bilan du Gouvernement. Mais, est-ce vraiment pour autant que les Congolais applaudiront à pleines mains ce qui demeure encore loin d’améliorer leur vécu quotidien? Et le social dans tout cela, en dehors de petits gestes enregistrés par çi par là envers quelques hôpitaux en descendre? Tout comme dans le secteur des transports, par exemple, un lot des bus commandés par le Gouvernement est à Kinshasa depuis un bon bout de temps, mais les Kinois ne savent pas ce qu’on attend pour que ces bus rivalisent d’ardeur avec les taxi-bus Mercedes 207 qui continuent à faire des morts dans leur ville. Là on l’on pensait que les engins allaient être mis en service rapidement , voilà que la réalité est toute autre sur le terrain. Ce côté social aussi, malgré tout le procès fait aux taxi-bus communément appelés «esprit de mort» à Kinshasa, demeure toujours loin du compte parce qu’il y a apparemment encore plus de formalités à remplir que des réponses attendues par les Congolais. Il était à première vue très facile de s’attaquer aux «207» que d’apporter des solutions aux problèmes qui accablent la population.

NECESSITE DE PASSER DE L’ABSTRAIT AU CONCRET

Comme on le voit donc, il y a nécessité, pour le cabinet Matata Ponyo, de passer, dans plusieurs secteurs, de l’abstrait au concret afin de permettre aux Congolais  de tirer réellement profit de ses actions. C’est vrai aujourd’hui que quelques secteurs clés permettent déjà de croire aux efforts qui sont fournis par le Gouvernement, mais en tout cas beaucoup reste à faire et quelques secteurs ont connu une regression par rapport aux efforts fournis par le Gouvernement Muzito. Il appartient désormais au Premier ministre de s’en rendre compte et d’y apporter des aménagements attendus pour améliorer l’action de son Gouvernement en termes de retombées positives pour la population congolaise.  

[M.M.]

La monnaie stabilisée, le panier de la ménagère toujours vide 

Dans ce programme quinquennal 2012-2016, le Gouvernement Matata Ponyo présentait les six objectifs à atteindre : « Consolider le cadre macro-économique », « Décliner le statut de puissance agricole », « Produire 1,5 millions de tonnes de cuivre en 2015 », « Le taux de pauvreté à réduire de moitié en 2016 », « Assurer l’accès aux soins de santé primaire de qualité » et « Une diplomatie réformée, réhabilitée, modernisée, axée sur le développement » . Bref, un programme quinquennal aux fortes orientations économiques et sociales.

C’est donc, devant le peuple congolais, via ses élus à la représentation nationale, qu’Augustin Matata Ponyo prenait l’engagement de mettre fin au désordre dans le pays, de restaurer la paix et de relancer l’économie. Concrètement, le Chef de l’Exécutif national s’était proposé de faire revenir la paix dans l’Est, de préserver l’intégrité territoriale, d’assainir les milieux d’affaires et la gestion des finances publiques, de promouvoir la justice et les droits humains.

Sur le plan social, le successeur d’Adolphe Muzito avait sa vision de ce qu’il appelait amélioration du vécu quotidien des Congolais. Selon lui, la recette était trouvée : la redynamisation des principaux secteurs productifs, en l’occurrence l’agriculture et l’industrie. « Le Gouvernement s’appuiera sur les opportunités du développement du secteur agricole. En ce qui concerne le secteur industriel, le Gouvernement s’engage à observer une des missions essentielles dans ce domaine, celle des cahiers, des conditions favorables à l’éclosion du secteur industriel…», avait-il déclaré.

LA MONNAIE STABILISEE, LE PANIER DE LA MENAGERE TOUJOURS VIDE

Jamais, le Franc congolais n’a jamais battu le record de stabilité telle qu’observée au 364ème jour du Gouvernement Matata. Jamais, le taux de change sur le marché des devises n’est resté intact pendant une année en RD Congo. Jamais, les Congolais n’ont observé une situation de déflation, après la mise en circulation de nouveaux billets à valeur faciale élevée. Augustin Matata a pu gagner ce pari. En dépit de la mise en circulation des billets de 1000, 5000, 10.000 et 20.000 Fc, les prix n’ont pas galopé sur le marché des biens et services. De ce point de vue, chapeau bas au Gouvernement Matata.

Mais, tout le problème, c’est que le panier de la ménagère ne suit pas toujours cette stabilité visible de la monnaie. Bien au contraire. Il reste encore vide. A la base, le maigre salaire alloué aux agents des services publics. C’est encore ici qu’intervient le débat houleux entre les partisans de la théorie selon laquelle « de gros salaires soutiennent l’économie ». A l’inverse, d’autres estiment que c’est l’économie du pays qui crée de gros salaires. Mais, le souci du Congolais d’en -bas n’est pas dans ce débat. Pour le petit peuple, l’important est l’accès facile aux soins de santé de qualité, à l’énergie, aux infrastructures de base, en ce compris les écoles pour les enfants, les routes de desserte agricole…

S’il est vrai que Matata aura marqué son passage à la primature, par un sceau de Salomon, en bancarisant la paie, le système est loin d’être un prestige. N’empêche que l’opération a jusqu’ici le mérité de couper l’herbe sous le pied des comptables de l’administration publique qui, pendant plusieurs décennies, se sont enrichis sans cause, sur le dos de l’Etat.   

[Laurel KANKOLE]

« Le cadre macroéconomique était stable bien avant Matata » 

Chaque fois que le Premier ministre Matata fait une quelconque évaluation de son passage à l’Hôtel du gouvernement, il n’a de cesse d’aligner des chiffres flatteurs pour vanter la bonne santé économique du pays par la stabilité du cadre macroéconomique. Un spécialiste en cette matière, de surcroit sénateur de la République, le Professeur Florentin Mokonda Bonza, élu des élus du Bas-Uélé, président national de la « Convention des démocrates chrétiens » (CDC) juge le bilan de 12 mois d’exercice du Gouvernement.

Pour lui, le cadre macroéconomique dont se targue Matata Ponyo est effectivement stable. Ce qui est une bonne chose en termes de maitrise des taux d’inflation et de change tout comme le taux de croissance. Mais Florentin Mokonda Bonza ne met pas du tout cette stabilité à l’actif du Gouvernement actuel. Loin s’en faut. Car, cette situation, indique-t-il, avait commencé bien avant l’avènement de l’actuel Gouvernement.

Par contre, il ne voit aucune amélioration dans d’autres secteurs comme l’économie où la politique industrielle du Gouvernement n’est pas connue. Il faut construire des industries manufacturières, propose Mokonda. Quant à l’industrie minière, elle ne profite nullement aux Congolais. En 2009, rappelle-t-il, le Sénat avait fait des recommandations  au Gouvernement qui ne les a jamais appliquées.

«LES RECETTE  MINIERES  PROFITENT PLUS AUX PRIVES  QU'A  L'ETAT CONGOLAIS»

Or, ces recommandations prévoyaient d’inverser la tendance actuelle qui fait que «les recettes minières profitent plus aux privés qu’au gouvernement par manque de transparence». Pour preuve, la Rdc est suspendue de l’ITIE. Sur la partie occupée, l’exploitation des produits miniers comme le coltan qui sert à la fabrication des portables fait l’affaire des forces négatives  avec leurs parrains au détriment de l’Etat congolais à cause de sa faiblesse et quelque fois avec la complicité de certains Congolais à certains niveaux.

Un autre secteur qui a retenu l’attention du Prof Mokonda, c’est l’agriculture. Il ne voit pas ce que le Gouvernement a réalisé concrètement en dehors du slogan de « agriculture priorité des priorités » qu’on avait déjà entendu à une autre époque.

L’agriculture, explique-t-il,  ce sont les routes de desserte agricole, la recherche agronomique, les semences, la vulgarisation des techniques agricoles auprès des paysans. Florentin Mokonda Bonza n’a rien vu de semblable. Un autre point sur lequel il estime que le Gouvernement n’a pas un bilan à présenter, ce sont les transports. 

On a parlé de l’achat de 500 bus pour Kinshasa, mais ils ne sont toujours pas opérationnels jusqu’à ce jour. Ce qui a comme conséquence de laisser les  « 207 » ou « Esprit de mort » continuer à distribuer la mort dans les rues de Kinshasa comme le vendredi dernier où l’un d’eux a fini sa course dans la rivière Kalamu. Il aimerait savoir à ce propos quelle compagnie mettra ces bus en circulation, si le Gouvernement créera une autre société ou les cédera-il à CITY-TRAIN ?

Il rappelle même que le gouvernement avait déjà vendu le patrimoine des sociétés de transport comme SOTRAZ et OTCZ. Il y a également le transport ferroviaire où Pr Mokonda a relevé d’énormes blocages. Comme sur la voie Matadi-Kinshasa qui a besoin de la réhabilitation. Quid de cette réhabilitation quand on sait que c’est cette voie ferrée qui doit désengorger la route Matadi-Kinshasa délabrée, car très sollicitée par des véhicules à grand tonnage.

Au plan sécuritaire, le sénateur Mokonda Bonza déplore, non seulement le fait qu’une partie du territoire national est toujours occupée par des forces négatives, mais aussi qu’il y a toujours des forces étrangères à l’Est du pays notamment au Nord-Kivu et en Province Orientale. Ce qui pose un problème de souveraineté, assure-t-il en renchérissant qu’on ne peut pas dire que «notre Etat est souverain alors qu’il ne contrôle pas la totalité du territoire national».

Et d’ajouter «Tous ces groupes armés qui pullulent à l’Est où ils pillent, tuent, violent c’est parce que nous n’avons pas d’armée et que celle-ci est gérée dans une certaine opacité et le Parlement est toujours tenu à l’écart».

KAMPALA. Sur cette question, le constat du Pr Mokonda est amer. Depuis le 15 décembre 2012 que les négociations ont démarré à Kampala, elles n’ont connu aucune avancée. La crainte qu’il exprime, c’est de voir une fois de plus ces criminels qui ont fait souffrir la population intégrer l’armée nationale ou, au pire, de voir le Parlement leur octroyer une amnistie.

Et la Brigade d’intervention qui est en train d’être mise en œuvre pour venir éradiquer le M23 afin d’éviter une énième intégration qui serait préjudiciable au peuple congolais ? Florentin Mokonda Bonza est prudent. Très prudent : « Qu’on la mette en place. Qu’on la voie à l’œuvre et on appréciera. On verra alors si elle va permettre à la Rdc de recouvrer l’intégrité du territoire national ». 

[Kandolo M./forumDesAs]


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