Démocratie : Depuis la IIème République jusqu'à ce jour, la RDC a tendance à renouer avec la pensée unique

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image Mobutu et Tshisekedi

Le 24 avril 1990 reste une date inoubliable dans l'histoire politique de l'ex-Zaïre. Suite aux nombreuses pressions exercées aussi bien de l'extérieur que de l'intérieur du pays, le président Mobutu Sese Seko, qui dirigeait le pays d'une main de fer depuis près de 25 ans, s'est vu obligé de libéraliser les activités politiques en annonçant le multipartisme, consacrant ainsi la fin du régime monolithique et du Mouvement populaire de la révolution (MPR) en tant que parti unique au Congo-Kinshasa.

Si Mobutu a été contraint par la pression de la rue et par l'Occident de s'adapter à l'évolution du monde et  démocratiser le pays, la souffrance et la misère de la population avaient déjà atteint un niveau tel qu'on n'était pas loin d'une révolution à l'égyptienne ou à la tunisienne.

Inflation galopante, injustice dans les parquets, les cours et les tribunaux, intolérance politique, arrestations arbitraires, enlèvements, exécutions sommaires,  non respect de droits de l'homme, taux de chômage élevé, salaires misérables, insécurité physique (hiboux) et sociale… tout était réuni pour que les Zaïrois de l'époque vomissent leurs dirigeants.

Mobutu qui, de son vivant, n'avait imaginé un seul instant qu'il y aurait d'autres partis politiques concurrents au MPR sous son règne (parti bo moko), a vu les choses se précipiter contre sa volonté. " Comprenez mon émotion ! ", a-t-il avoué devant les cadres et militants de son parti à la N'Sele le 24 avril 1990.

Le premier parti à s'annoncer fut l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Etienne Tshisekedi, une formation politique qui a longtemps travaillé dans la clandestinité. Ce parti a aussitôt attiré la sympathie d'une frange très importante de la population congolaise meurtrie, clochardisée et réduite au néant, pour chasser le régime dictatorial mis en place depuis le 24 novembre 1965.

Grâce à ce parti, le Zaïre a organisé la conférence nationale souveraine, malgré ses péripéties. Plusieurs exilés politiques ont regagné le pays pour mener la lutte ensemble.

Beaucoup d'autres formations politiques ont vu le jour, avec un seul objectif de se libérer du carcan de Mobutu.

Le vent de la démocratie a obligé le maréchal Mobutu de se retirer de la ville de Kinshasa pour se réfugier dans sa province natale de l'Equateur, loin de toutes les pressions psycho-politiques.

Terrassé par la maladie, Mobutu a été surpris par la guerre de l'AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) menée par la coalition rwando-ougando-angolaise, baptisée AFDL, avec à sa tête le Congolais Laurent-Désiré Kabila.

Le 17 mai 1997, fatigué par la maladie, Mobutu a quitté le pouvoir en prenant fuite pour ne plus revenir sur la terre de ses ancêtres, alors que la démocratie décrétée n'était encore pas effective.

L'AFDL enfonce le clou

Soutenue aussi bien par les voisins de la RDC que par l'ensemble de la population congolaise, l'AFDL a bouté dehors, haut la main, Mobutu et son armée. Autoproclamé président de la République, Laurent-Désiré Kabila a aussitôt suspendu toutes les activités politiques sur l'ensemble du territoire national. Un coup dur à cette démocratie en gestation.

Des personnalités politiques ont été arrêtées et jetées dans les prisons, aucun parti politique ne pouvait fonctionner, à l'exception de l'AFDL. Etienne Tshisekedi, celui-là même qui a affaibli la dictature de Mobutu de l'intérieur, a été relégué à Kabeya Kamwanga, son territoire d'origine, dans la province du Kasaï Oriental.

La situation est devenue pire qu'à l'époque de la deuxième République. Après une année d'exercice de pouvoir, LD Kabila a dû faire face à une guerre déclenchée contre lui par les Armées du Rwanda et de l'Ouganda sous couvert de la pseudo rébellion du RCD. Ces deux pays l'avaient pourtant aidé à accéder au pouvoir à Kinshasa. Il sera assassiné trois ans et 8 mois seulement après son accession au pouvoir.

Le chaos

Après la mort de LD Kabila, l'architecture gouvernementale 1+4 a vu le jour. Tous les belligérants se sont mis d'accord lors du dialogue intercongolais en Afrique du Sud pour former, en 2003, un gouvernement d'union nationale et conduire le pays vers les élections démocratiques en 2006, après trois ans de transition.

Pendant cette période, la situation de la démocratie était quelque peu encourageante, malgré quelques dérapages constatés ça et là, comme l'interdiction faite aux  militants de l'UDPS de manifester contre la prolongation de la transition après les accords de Sun City.

Depuis les élections de 2006 jusqu'à ce jour, la démocratie est foulée au pied par le régime au pouvoir, malgré des libertés apparentes observées dans certains secteurs.

Aujourd'hui, l'Opposition ne peut pas organiser des manifestations, pacifiques soient-elles, alors que la constitution lui garantit cette prérogative. Dans chacune de ces expressions populaires, on déplore des cas d'enlèvements, tortures, arrestations et autres traitements dégradants.

La justice, supposée être indépendante, est au service du régime. L'Assemblée nationale est une véritable caisse de résonnance du gouvernement. La police, l'armée et les services de sécurité sont dans la même situation. L'administration publique est politisée. Bref, on tend vers une pensée unique.

Museler l'Opposition

Personne n'aurait cru qu'après 23 ans de pluralisme en République démocratique du Congo, les Congolais seraient à ce stade embryonnaire de la démocratie. Comme à l'époque de la dictature de Mobutu, l'Opposition tend vers son musèlement, si pas son anéantissement.

Les opposants les plus faibles sont " achetés " par le pouvoir. Les plus résistants sont jetés en prison ou muselés. Les cas d'Etienne Tshisekedi qui est assigné à résidence depuis plus d'une année, de Gabriel Mokia, de Jacques Chalupa ou encore de Kutino Fernando,  en disent long. Ils sont victimes de leurs prises de position politique.

Aujourd'hui encore, Eugène Diomi Ndongala, porte-parole de la Majorité présidentielle populaire (MPP) et président national de la Démocratie chrétienne (DC), est victime d'un acharnement politique qui ne dit pas son nom. Enlevé en juin 2012 et relaxé en octobre de la même année, il vient à nouveau d'être coffré au à la prison de Makala à Kinshasa pour un grossier montage d'une présumée affaire de viol sur deux mineures.

Faute de preuves, la Cour suprême de justice décide de le placer en résidence surveillée, mais le procureur général de la République s'y oppose. Un manquement grave contre l'ordonnance de la haute cour.

En outre, des innocents inondent des prisons entières à travers la République démocratique du Congo sans cause, alors que les coupables circulent librement en toute quiétude, dans l'impunité la plus totale. Néanmoins, on observe une légère avancée dans le secteur des médias où plusieurs émissions sont diffusées avec des points de vue opposés des invités, sur différentes questions d'actualité.

[Lefils Matady]

24 avril 1990 : Voici l’intégralité du discours du défunt président Mobutu

Très chers compatriotes,

Nous voici pour la troisième fois au rendez-vous de l’histoire.

La première fois, ce fut en ce beau jour du 30 juin 1960. Dans l’allégresse générale, notre pays accédait à la souveraineté nationale et internationale. Mais ce fut également le début de la difficile naissance d’une nation et l’apprentissage laborieux de l’exercice du pouvoir.

La seconde fois, le 24 novembre 1965. L’anarchie s’installait partout dans le pays. Lentement mais sûrement. Les luttes fratricides accablaient notre peuple. Devant le chaos et la division qui menaçaient d’éclatement les fondements même de l’Etat, une poignée de vaillants fils du Zaïre - dans un élan de sursaut patriotique - décidèrent d’infléchir le cours de l’histoire de notre pays.

Aujourd’hui 24 avril 1990, enfin. A la veille du trentième anniversaire de l’accession du Zaïre à la souveraineté nationale, après une présence de près de 25 ans à la tête du pays, et face aux grandes mutations qui tourmentent le monde en ce vingtième siècle finissant, j’ai pensé qu’il était temps de recueillir les avis du peuple zaïrois, afin de dégager les lignes directrices susceptibles d’orienter nos choix politiques.

Ainsi, le 14 janvier 1990, à l’occasion de l’échange des vœux de nouvel an, j’avais annoncé à mon peuple ma volonté d’organiser un large débat national sur le fonctionnement des institutions politiques de la deuxième République.

A ce sujet, j’ai sillonné toutes les régions du pays, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud, empruntant tous les moyens de transport disponibles, à savoir : Jeep, voiture, bateau, hélicoptère, petit porteur et jet. Il ne manquait plus à cette liste que le train, le vélo et, bien sûr, la pirogue. Je me suis mis à l’écoute de la majorité silencieuse. Ses interrogations, ses inquiétudes et ses aspirations ont retenu toute mon attention.

J’ai recueilli des mémorandums aussi bien individuels que collectifs. J’ai reçu en audience différents groupes socio-professionnels tels que professeurs, missionnaires, opérateurs économiques, médecins, avocats, fonctionnaires, chefs coutumiers, femmes commerçantes, étudiants. Tout a été pris en compte et a fait l’objet de ma profonde réflexion, même le mémorandum des évêques.

Je voudrais saisir l’occasion que m’offre cette adresse à la nation pour remercier du fond du cœur le peuple zaïrois de l’accueil chaleureux et patriotique qui a été réservé à moi-même et à la maman présidente. Bravant pluie, soleil et fatigue, partout les filles et les fils du grand Zaïre se sont surpassés et nous ont témoigné, avec joie et enthousiasme, leur indéfectible attachement. J’en suis profondément touché et je leur resterai beaucoup reconnaissant.

Je me dois également de féliciter le peuple zaïrois pour son sens élevé du nationalisme et sa maturité politique. En effet, durant toute la période de consultation populaire, en dépit un battage médiatique d’intoxication et de démobilisation que, de mémoire de chef, je n’ai jamais connu au Zaïre, le peuple zaïrois a démontré, une fois de plus, qu’il n’était pas près de régler son mode de vie sur la base de la manipulation et de la désinformation.

Très chers compatriotes,

Trente ans après l’accession de notre pays à l’indépendance, nous sommes aujourd’hui à la croisée de A l’analyse de tous les mémorendums qui m’ont été adressés, j’ai été surpris de constater que le peuple, à qui j’avais demandé de se prononcer seulement sur le fonctionnement des institutions politiques, a plutôt axé l’essentiel de ses doléances sur les difficultés qu’il éprouve dans sa vie quotidienne.

Ainsi, au plan social, on pourrait retenir notamment la dégradation des infrastructures sociales : Hôpitaux, écoles, universités, édifices publics. A cela, il faut ajouter : la vétusté des formations médicales, la carence en équipements et en médicaments, l’insuffisance du personnel médical, la surpopulation dans les salles des cours ainsi que dans les résidences universitaires et les internats, la modicité des rémunérations des agents de l’Administration publique, le sous-emploi des cadres universitaires, certains abus qui se commettent par-ci par-là.

Au plan économique, il m’a été signalé entre autres : la dégradation des voies de communication : routes, voiries, télécommunication, le poids de la fiscalité et de la parafiscalité, les tracasseries administratives, les invendus dans les collectivités rurales, la détérioration des termes de l’échange du paysan, l’insuffisance de l’énergie électrique dans certaines régions du pays.

De l’examen de ces mémorandums, j’ai été heureux de constater que le peuple n’a pas remis en cause un certain nombre d’acquis. En effet, de Bukavu à Matadi, de Lubumbashi à Kisangani, partout c’est l’affirmation de l’identité nationale, le souci de l’intégrité territoriale et la préservation de la paix retrouvée. Au-delà de ces acquis incontestés, le peuple exige des changements importants au niveau des cadres, des institutions ainsi que du fonctionnement de celles-ci.

Très chers compatriotes,

Pour en revenir à la question fondamentale que j’exposais le 14 janvier 1990 sur le fonctionnement de nos institutions politiques, en dehors de toute considération économique ou sociale, la réaction de mon peuple ne s’est pas fait attendre.

Dans l’ensemble, le bilan politique de la consultation populaire, selon le rapport qui m’a été présenté par le Bureau national de coordination, indique qu’au total 6.128 mémorandums ont été enregistrés et analysés jusqu’au 21 avril 1990. En vous signalant que, d’une part, plus d’un million de zaïroises et de zaïrois ont pris part à ce débat national et, d’autre part, les compatriotes résidant à l’étranger ont également apporté leur contribution à travers 116 mémorandums.

Sur les 6.128 mémorandums reçus, 5.310, soit 87 %, ont proposé des réformes en profondeur au sein du Mouvement Populaire de la Révolution. Cependant, deux tendances se sont dessinées clairement. La première estime que le MPR doit demeurer le parti unique mais certains de ses organes doivent disparaître. Il s’agit principalement du Comité Central, du Bureau Politique et du Conseil Consultatif Permanent pour le développement. La même tendance estime également que le Secrétariat Général et les branches spécialisées du MPR doivent être dissous.

La deuxième se prononce pour la réduction sensible des organes et des effectifs des hommes qui les composent. Cette tendance a également suggéré que le Mouvement Populaire de la Révolution, à tous les niveaux, fasse appel à des hommes nouveaux.

En revanche, 818 mémorandums, soit 13 %, se sont clairement exprimés en recommandant vivement l’instauration du multipartisme. outre le choix porté sur le maintien du monopartisme ou sur l’instauration du multipartisme, l’analyse des mémorandums a également permis de déceler d’autres préoccupations du peuple que voici : la réhabilitation des trois pouvoirs traditionnels, à savoir : le Législatif, l’Exécutif et le Judiciaire ; le renforcement des pouvoirs de contrôle du Conseil Législatif et de tous les organes délibérants ; la responsabilisation de l’Exécutif tant au niveau central que régional devant les organes délibérants ; la dépolitisation de la Fonction publique, de la territoriale, des forces armées, de la Gendarmerie, de la Garde civile et des services de sécurité, exigeant pour ces derniers une profonde restructuration en vue de garantir en toutes circonstances les droits fondamentaux des citoyens et les libertés individuelles.

Très chers compatriotes,

Après avoir mûrement réfléchi et contrairement à mon engagement de suivre l’opinion de la majorité, j’ai estimé, seul devant ma conscience, devoir aller au-delà des vœux exprimés par la majorité du grand peuple du Zaïre. Aussi, j’ai décidé de tenter de nouveau l’expérience du pluralisme politique dans notre pays en optant pour un système de trois partis politiques, en ce compris le Mouvement Populaire de la Révolution, avec à la base le principe de la liberté pour chaque citoyen d’adhérer à la formation politique de son choix.

Je voudrais que, sur ce point précis, les fils et les filles de notre grand pays qui m’ont toujours assuré de leur totale confiance et de leur entière adhésion comprennent que le grand Zaïre, situé au cœur du continent africain, sans être à la remorque de qui que ce soit, ne doit pas non plus se contenter des positions figées ni se complaire dans l’immobilisme. Il doit être en mesure de s’adapter à toutes circonstances et de démontrer que sa volonté de bâtir une société véritablement démocratique ne saurait d’aucune manière être mise en doute.

Mais, fort de l’expérience du multipartisme de la première République, j’estime que le changement qu’ensemble nous allons conduire dans ce domaine devra éviter les erreurs du passé. Raison pour laquelle, dans mon esprit, le multipartisme ne doit entraîner ni prolifération ni bipolarisation des formations politiques. Nous devons surtout éviter que le multipartisme ne devienne au Zaïre synonyme de multitribalisme. Le multipartisme doit être considéré comme la manifestation d’une volonté réelle de dépassement des tendances tribales, régionalistes et séparatistes.

Voilà pourquoi les trois partis devront justifier d’une représentativité nationale suffisante. Si j’ai pris la résolution d’aller au-delà de la volonté exprimée par la majorité, j’ai voulu, ce faisant, favoriser l’avènement d’une nouvelle ère de confrontation des idées et des débats politiques dans un cadre pluraliste.

Très chers compatriotes,

L’ouverture dans laquelle aujourd’hui j’engage le peuple zaïrois doit être également l’occasion de conquérir davantage le coeur de la jeunesse de notre pays. Cette jeunesse, si généreuse et si vivante, doit en effet se sentir au centre de nos préoccupations. Elle ne doit pas être victime de surenchère. Et, pour qu’elle soit une véritable force de changement, elle doit être mieux formée, moins inquiète de son avenir. J’instruirai donc le gouvernement à formuler une nouvelle politique de la jeunesse, ardue et axée sur les deux pôles de la formation et de l’emploi.

Très chers compatriotes

J’ai parlé de bien des choses et de tout le monde. Je n’ai pas parlé de moi. Que devient le Chef dans tout cela ?

A cet égard, permettez-moi de relever en premier lieu une constatation : le peuple zaïrois s’est clairement prononcé sur ma personne et a demandé que je continue à présider aux destinées de notre pays. Je voudrais remercier mon peuple pour cette expression incontestable de confiance renouvelée. Dans le nouveau paysage politique zaïrois, quel sera le nouveau rôle du chef ?

Le Chef de l’Etat est au-dessus des partis politiques. Il sera l’arbitre, mieux : l’ultime recours. Avec la révision constitutionnelle, le Chef cesse d’être le Chef de l’exécutif. De ce fait, il ne pourrait être soumis ni à la critique, ni au contrôle du conseil législatif. Il demeure le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité territoriale et constitue le dernier rempart de la nation. Tous les fils et toutes les filles de notre pays, membres ou non d’un parti doivent se reconnaître en lui. Et quoi qu’il arrive, en sa qualité de chef, se situant au-dessus de la mêlée, il s’engage à demeurer le dénominateur commun, c’est-à-dire le rassembleur, le pacificateur et l’unificateur.

Mon rôle d’arbitre au-dessus des partis ayant été ainsi défini, je vous annonce que je prends ce jour congé du Mouvement Populaire de la Révolution pour lui permettre de se choisir un nouveau chef devant conduire le changement des structures matérielles et humaines de ce parti.

Très chers compatriotes,

J’ai un dernier mot pour certains aspects qui pourraient paraître secondaires et qui concernent la démarche et les usages politiques que nous avons créés et vécus ensemble. Dans notre élan révolutionnaire tout à fait légitime et à un moment précis de cette révolution, nous avons été amenés à adopter dans notre langage politique et institutionnel certaines dénominations qui, aujourd’hui, risquent de nous mettre en porte-à-faux avec les nouvelles options que nous venons de prendre fondées sur notre souci de plus de liberté et d’adaptation à l’universalité.

C’est ainsi que vous aurez remarqué que tout au long de mon propos, je n’ai pas utilisé les termes «citoyennes, citoyens, militantes, militants» mais disons que, peut-être, certaines filles, certains fils, voire certains collaborateurs voudraient bien revenir aux vocables plus universels que vous connaissez tous : Excellences, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs. A dater de ce jour, les choses étant ce qu’elles sont, c’est-à-dire telles que je les ai clairement définies, je dois vous dire que je ne me sentirai en rien gêné d’appeler le Premier commissaire d’Etat et les commissaires d’Etat, Premier ministre et ministres, le conseil législatif et les commissaires du peuple, l’Assemblée nationale et les honorables députés.

Dans le même contexte politique précédemment décrit, nous nous sommes imposé une tenue nationale comme il en existe dans beaucoup d’autres pays. Chez nous, elle s’appelle l’abacost. Cependant, tout en le maintenant comme tenue nationale, j’estime que dans ce domaine également, chaque zaïrois aura à faire usage de sa liberté. Usant de la mienne, je me dois de préciser que vous ne me verrez pas en cravate. Mon choix ayant été fait en février 1972, je me sens très bien dans ma peau de nationaliste zaïrois.

Très chers compatriotes,

Toutes ces réformes, vue leur ampleur, requièrent une période de transition nécessaire et suffisante. Surtout pour permettre aux nouvelles formations politiques de se structurer et de s’installer sur l’ensemble de notre territoire ainsi qu’au Mouvement Populaire de la Révolution de se restructurer au regard du nouveau paysage politique.

Etant donné que tous les organes délibérants ont reçu avec une belle unanimité le satisfecit du peuple, qui du reste a demandé que leurs pouvoirs de contrôle soient renforcés; j’ai estimé, suivant en cela la volonté librement exprimée par le peuple zaïrois, que ces organes délibérants, c’est-à-dire le conseil législatif, les assemblées régionales, les comités populaires de zone et les conseils de collectivité restent en place jusqu’aux élections prochaines.

En ce qui concerne l’actuelle équipe de l’exécutif, après l’énoncé de toutes ces mesures, elle est réputée démissionnaire et chargée d’expédier les affaires courantes. Dans les tous prochains jours, sera connu le nom du Premier commissaire d’Etat ou du Premier ministre si vous voulez. Avec le nouveau chef du gouvernement, des consultations seront engagées pour la constitution de l’équipe de transition qui aura principalement pour mission l’exécution d’un programme d’urgence visant à répondre aux attentes de la population dans les domaines économiques et social.

Quant aux partis politiques, un projet de loi fixant les conditions de leur existence, leur agrément et leur financement sera déposé incessamment sur le bureau du conseil législatif.

Pour toutes ces raisons, la période de transition ira du 24 avril 1990 au 30 avril 1991. Cette période de 12 mois sera mise à profit par les formations politiques pour faire l’apprentissage de la démocratie pluraliste et affronter l’électorat. Suivant en cela un calendrier précis qui sera rendu public.

La période de transition sera également mise à profit pour procéder à la révision de la Constitution qui se fera en deux étapes. Comme je l’ai déclaré plus haut le pays sera régi pendant la transition par la Constitution actuelle qui doit subir des modifications au niveau du conseil législatif. Pendant ce temps, une commission sera mise sur pied pour l’élaboration d’une Constitution définitive appelée à régir la Troisième République. Après la mise en place du gouvernement de transition, j’entreprendrai une tournée d’explication des nouvelles réformes à travers le pays. Car, la majorité silencieuse qui a exprimé clairement sa volonté pourrait ne pas comprendre pourquoi et dans quel intérêt j’ai opté pour le point de vue de la minorité.

Très chers compatriotes,

Avant de terminer mon propos, je voudrais me résumer pour une bonne compréhension de tous. A dater de ce jour, mardi 24 avril 90, tirant les enseignements de la consultation populaire à laquelle avaient pris part plus d’un million de zaïroises et de zaïrois, et d’où sont sortis 6.128 mémorandums, j’annonce solennellement au peuple zaïrois l’introduction du multipartisme à trois au Zaïre, l’abolition de l’institutionnalisation du Mouvement Populaire de la Révolution avec comme conséquences : la suppression de son rôle dirigeant, la séparation nette entre le parti et l’Etat, la réhabilitation des trois pouvoirs traditionnels à savoir le législatif, l’exécutif et le judiciaire comme les seuls organes constitutionnels, la dépolitisation de la fonction publique, de la territoriale, des forces armées, de la gendarmerie, de la Garde civile et des services de sécurité, l’instauration d’un pluralisme syndical, la désignation d’un Premier commissaire d’Etat ou Premier ministre, si vous voulez, suivie de la formation d’un gouvernement de transition, la révision de l’actuelle Constitution en vue de l’adapter à la période de transition qui s’instaure, la mise sur pied d’une commission chargée d’élaborer la Constitution de la Troisième République, Constitution qui sera sanctionnée par un référendum populaire ; l’élaboration enfin d’un projet de loi devant régir les partis politiques dans notre pays et organiser leurs financements.

Très chers compatriotes,

Ce mardi 24 avril 1990, une page nouvelle de notre pays vient de s’ouvrir et je me permets de nourrir de grandes espérances sur l’avenir de nos institutions, prémices de tout progrès. Quelles que soient les lacunes inhérentes à toute œuvre humaine, nous devons reconnaître que grâce à l’idéal qui nous a toujours animés dés l’aube du 24 novembre 196(, nous avons la paix, l’unité nationale, l’intégrité du territoire et la fierté de nous sentir zaïrois.

Voilà le nouveau visage du Zaïre, voilà le Zaïre de la Troisième République qui prend naissance aujourd’hui, et que nous voulons grand et prospère.

Ce Zaïre, nous devons le bâtir ensemble pour relever un défi digne du troisième millénaire vers lequel va nous conduire la troisième République. Si deux désirs sont une volonté, comme le disait un grand penseur britannique, Georges Meredith, pour ne pas le citer, je me demande quant à moi, ce que peuvent faire deux volontés unies, la vôtre et la mienne, deux volontés qui s’inscrivent dans le cadre d’un nouveau pacte que nous signons aujourd’hui vous et moi pour la construction d’un nouveau Zaïre; un nouveau Zaïre, dis-je, sûr de lui, fort du grand génie créateur de son peuple, conscient de sa place au cœur de l’Afrique, capable désormais d’affronter avec foi et sérénité, assurance et dignité les défis de l’an 2000 ; un nouveau Zaïre enfin qui fera dire aux générations futures, pensant à la journée d’aujourd’hui : vraiment, ce fut un des moments les plus beaux de l’histoire de la République.

Vive le Zaïre,

Vive la Troisième République,

Vive le renouveau,

Je vous remercie.


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