Les pourparlers de Kampala s’éternisent : «Joseph KABILA» doit anticiper

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image Joseph KABILA - President sortant de la RDC

Joseph Kabila devrait planter le décor d’une large cohésion nationale, question d’éviter d’accorder trop d’importance à ceux qui avaient cru qu’il suffisait d’endeuiller le Congo pour avoir droit aux dividendes politiques comme si on avait simplement essayé de tirer la sonnette d’alarme. A cette allure, s’il faut attendre les pourparlers de Kampala pour accorder des privilèges au M23 à l’instar de l’ex-CNDP à l’époque, il y a risque qu’une fâcheuse jurisprudence ne contribue à légaliser ce qui, en temps normal, apparaîtrait comme une piste dangereuse pour la bonne marche des institutions de la République. Surtout lorsqu’on sait que plusieurs revendications du M23 ne constituent en fait que le chapelet déjà égrené par l’Opposition politique. Dès lors, au lieu de recevoir des leçons d’un groupe étiqueté aujourd’hui comme composé des criminels, le Raïs aurait plus à gagner en renvoyant la balle aux opposants politiques qui ne demandent pas mieux que d’être entendus. Avec un peu d’anticipation, le Raïs peut même vider le cahier des charges des rebelles de toute leur substance politique. Il suffit, pour cela, d’anticiper sur les événements pour éviter d’avoir affaire au redoutable retour de la manivelle. Or, en politique, cela arrive généralement à une vitesse vertigineuse au point qu’on est parfois contraint de subir le retour d’une manivelle incontrôlable.

Face à une «rébellion» honnie par la Communauté internationale, Joseph Kabila gagnerait en matérialisant l’initiative politique dont il avait annoncé les contours à l’occasion de son discours devant les deux chambres réunies en Congrès.

Prévus pour une période de deux semaines, les pourparlers de Kampala entre le Gouvernement et le M23 tendent désormais à s’éterniser au rythme du Dialogue intercongolais tenu à Sun City en Afrique du Sud. Pour preuve, les négociateurs ont même décrété une trêve de deux semaines à l’occasion des fêtes de fin d’année. C’est en principe, à partir du mois de janvier 2013 que les discussions vont reprendre à Kampala, capitale de l’Ouganda. Or, jusque-là, on en est encore à l’ordre du jour et donc encore loin des questions de fond, c’est-à-dire l’évaluation des accords du 23 mars 2009 pour le Gouvernement et des négociations à grande échelle pour le mouvement M23.

Conformément à la grande tradition politique congolaise, les négociations de Kampala ont tendance à s’éterniser. Car, au lieu de deux semaines imparties pour vider les points évoqués par le M23, c’est seulement à partir du mois de janvier que les pourparlers opposant le Gouvernement de la RDC au M23 pourront reprendre. Apparemment donc, l’appétit venant en mangeant, le M23 ne semble plus pressé d’en finir avec les négociations.

Tout se passe comme si la RD Congo n’avait pour seule préoccupation politique que de se pencher sur les accords conclus avec le CNDP en mars 2009 et que donc la vie devrait s’arrêter au pays en attendant le dénouement de ce round des négociations qui, aux yeux de nombreux observateurs, apparaît comme une suite logique de l’action amorcée en son temps par l’ex-CNDP de Laurent Nkunda. Voilà qui révolte les observateurs aux yeux qui parlent plutôt d’un énième épisode de l’agression rwando-ougandaise. En fait, indique-t-on alors, il s’agit simplement d’un prétexte utilisé par les agresseurs de la RD Congo pour tenter de mettre à contribution certains ex-éléments du CNDP.

C’est là que bon nombre d’observateurs invitent le Raïs, le président Joseph Kabila, à éviter de subir ainsi les événements de Kampala en abattant plutôt une carte intérieure. Car, le chef de l’Etat a opté pour la politique de la porte ouverte et la mobilisation générale qu’il a tout de même réussi à traduire dans les faits avec les diverses rencontres enregistrées dernièrement. Ainsi, de l’avis de bon nombre d’observateurs avertis, Joseph Kabila devrait anticiper en tirant les leçons nécessaires. Au lieu d’attendre la suite des pourparlers de Kampala, le Raïs devrait, indique-t-on, jouer de préférence en faveur d’une cohésion nationale.

Plus concrètement, au lieu d’attendre les négociations de Kampala pour le remaniement ministériel, Joseph Kabila doit, bien au contraire, profiter de la situation politique actuelle en prenant prétexte sur l’élasticité des pourparlers afin de renforcer la cohésion sur le plan interne. Surtout qu’aux yeux de l’ensemble de la communauté internationale, les responsables du M23 apparaissent comme des criminels, c’est-à-dire des gens sur lesquels pèsent énormément d’exactions au Nord-Kivu et qui seraient de potentiels candidats aux crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

DONNER UN CONTENU POLITIQUE A LA MOBILISATION GENERALE

Dès lors, conseille-t-on, au lieu de subir les événements, Joseph Kabila devrait planter le décor d’une large cohésion nationale, question d’éviter d’accorder trop d’importance à ceux qui avaient cru qu’il suffisait d’endeuiller le Congo pour avoir droit aux dividendes politiques comme si on avait simplement essayé de tirer la sonnette d’alarme. A cette allure, s’il faut attendre les pourparlers de Kampala pour accorder des privilèges au M23 à l’instar de l’ex-CNDP à l’époque, il y a risque qu’une fâcheuse jurisprudence ne contribue à légaliser ce qui, en temps normal, apparaîtrait comme une piste dangereuse pour la bonne marche des institutions de la République. Surtout lorsqu’on sait que plusieurs revendications du M23 ne constituent en fait que le chapelet déjà égrené par l’Opposition politique. Dès lors, au lieu de recevoir des leçons d’un groupe étiqueté aujourd’hui comme composé des criminels, le Raïs aurait plus à gagner en renvoyant la balle aux opposants politiques qui ne demandent pas mieux que d’être entendus. Avec un peu d’anticipation, le Raïs peut même vider le cahier des charges des rebelles de toute leur substance politique. Il suffit, pour cela, d’anticiper sur les événements pour éviter d’avoir affaire au redoutable retour de la manivelle. Or, en politique, cela arrive généralement à une vitesse vertigineuse au point qu’on est parfois contraint de subir le retour d’une manivelle incontrôlable.

C’est là que la plupart des observateurs conseillent au Raïs de planter déjà le décor d’une cohésion qui s’élève au-delà des revendications des rebelles du M23 qui voulaient d’ailleurs élargir le cadre des négociations pour se donner plus de chances à Kampala. Ce piège étant déjoué, il est question de couper l’herbe sous les pieds du M23 pour s’attaquer aux vrais problèmes qui minent la cohésion interne en RD Congo et qui vont bien au-delà du simple cahier des charges des ex-membres du CNDP de Laurent Nkunda. Le Raïs doit donner un contenu à la mobilisation générale de tous les Congolais décrétée à l’occasion de la guerre initiée par le mouvement M23.  

[M.M./ForumDesAs]


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