Mal réélu : «KABILA» tente de reprendre la main en RDC

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image Joseph KABILA - Président sortant de la RDC, le 20 Déc. 2011 à Kinshasa, durant sa prestation de serment devant des juges de la cours suprême de la justice de la RDC.

Mal réélu en novembre, déstabilisé par la mort de son plus proche conseiller, Katumba Mwanke, le 12 février, Joseph Kabila tente de reprendre la main en RDC. Et va devoir faire des compromis. La majorité est éclatée et le partage des postes donne lieu à un immense marchandage.

Comme à son habitude, Joseph Kabila prend son temps. Après le désastre du scrutin présidentiel du 28 novembre, sans vainqueur incontesté et incontestable, le chef de l'État congolais a préféré jouer la montre. Il lui a tout d'abord fallu attendre l'issue de la très hasardeuse compilation des élections législatives, qui se sont déroulées le même jour, pour avoir une idée des contours de sa majorité. La réponse est venue au compte-gouttes à partir du 2 février. Si on ajoute les députés estampillés Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), ceux des autres formations de l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP) et la ribambelle d'élus issus de partis créés à la va-vite pour ce rendez-vous électoral, le camp présidentiel peut revendiquer près de 350 sièges sur 500. C'est confortable. Mais, comme souvent en RDC, les combinaisons politiques sont plus complexes que la simple arithmétique.

« Pour anticiper sur une perte de vitesse du PPRD, qui n'a obtenu que 62 sièges contre 111 lors de la législature précédente, et profiter à plein du scrutin proportionnel, la présidence a sponsorisé une multitude de petits partis locaux pour inonder le marché électoral, explique un analyste politique onusien. L'opération a réussi, mais à présent cette majorité éclatée est presque indomptable, car elle donne lieu à un grand marchandage. »

Afin de savoir qui est qui et qui veut quoi, Joseph Kabila a donc envoyé en mission un « informateur », Charles Mwando Nsimba, pour sonder les intentions des uns et des autres. À Kinshasa, ce dernier multiplie les audiences, et la presse spécule à l'envi sur le nom du futur Premier ministre... Début avril, les Congolais attendaient toujours leur nouveau gouvernement, censé tourner la page de cette sombre séquence électorale durant laquelle l'impéritie de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et la terrible répression des forces de sécurité sur les militants de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d'Étienne Tshisekedi ont bien failli emporter le pays dans un nouveau cycle d'extrême violence. « Avec ses différents labels, le panier présidentiel est plein », assure Louis Koyagialo, le Premier ministre par intérim, chargé d'expédier les affaires courantes. Avant de reconnaître toutefois qu'« il faut aller vers l'opposition pour ramener un peu de sérénité ». Cet originaire de l'Équateur, qui fut gouverneur au Katanga sous Mobutu et a rejoint le PPRD en 2011 après une longue carrière comme député indépendant, se refuse à prononcer le mot. Mais tout le monde ne pense qu'à cela. Acteurs politiques, diplomates, journalistes, commentateurs, tous misent sur une « ouverture » du régime Kabila.

Disgrâces

De ce point de vue, la disparition d'Augustin Katumba Mwanke dans un accident d'avion le 12 février à Bukavu peut être considérée comme une opportunité. Celui qui accompagnait le chef de l'État depuis 2001 concentrait tous les pouvoirs. Il décidait de tout, isolait le président, prononçait les disgrâces et dessinait les contours étroits d'un clan ayant fait allégeance. « À présent, Kabila va pouvoir assumer ses responsabilités et être plus équitable. Il se réorganise », veut croire un visiteur du soir blacklisté par Katumba pendant près de trois ans au Palais de la nation et qui a de nouveau l'oreille du chef de l'État. « Personne n'est en mesure de dire avec certitude qui est le vainqueur de la présidentielle, Kabila a intégré cette réalité et son déficit de légitimité qui en découle », se persuade un fonctionnaire international. « Dans ces conditions, il doit faire équipe avec d'autres et éviter de constituer un gouvernement d'aboyeurs et de triomphateurs. »

Faire profil bas pour mieux rebondir, envoyer des signaux à une population qui n'a quasiment rien vu des « cinq chantiers » (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement, emploi) promis en 2006, apaiser l'extrême tension qui règne à Kinshasa, une capitale politiquement hostile et rongée par la désespérance sociale... Telle semble être la feuille de route d'un président mal élu et acculé. « L'élargissement de sa base politique, il y pense », conclut un diplomate européen qui rappelle au passage que c'est de toute façon un passage obligé pour engager un début de normalisation avec la communauté internationale, emmenée par les Américains et les Français, passablement irrités par la tournure des événements en novembre dernier. Mais « a-t-il vraiment le choix s'il veut réussir son Sommet de la francophonie, prévu en octobre prochain ? » ajoute-t-il.

« Nous proposons l'ouverture, mais ses contours restent à définir. Il n'y aura pas d'union nationale, mais nous ferons appel à des individualités capables de remédier au déficit organisationnel de l'État », anticipe Léonard She Okitundu, l'ancien directeur de cabinet de Joseph Kabila durant la transition, lui aussi victime d'une « fatwa » lancée par Katumba, lui aussi de retour sur le devant de la scène depuis quelques semaines. Pragmatique et ouvert, ce Kasaïen plaide pour une « décrispation politique et pour une prise en compte de l'urgence sociale et des droits humains ». Si cette résolution affichée est à première vue séduisante, la volonté réelle du boss d'aller à grande vitesse dans cette direction reste à prouver. Autour de lui, les « faucons » comme Évariste Boshab, l'ancien président de l'Assemblée nationale, ou bien Adolphe Lumanu, le ministre de l'Intérieur, sont orphelins de Katumba et donc en perte de vitesse. Mais ils continuent de peser à l'Assemblée et dans les couloirs du Palais. Les sécurocrates, incarnés notamment par le général Banze Lubunji, commandant de la garde républicaine, mise en cause dans le rapport des Nations unies sur les violences durant l'élection présidentielle, sont tout à la fois des protecteurs zélés et de potentielles menaces. Et puis il y a le clan familial, dirigé par l'autoritaire « Maman Sifa », la mère de Kabila, avec l'omnipotente soeur jumelle, Jaynet, ainsi que le turbulent benjamin, Zoé, aux ambitions politiques avérées et aux appétits patrimoniaux perceptibles. Pas simple dans ce dédale d'intérêts croisés et d'agendas contradictoires de tirer une ligne droite. 

Philipee Perdrix, envoyé spécial


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