RDC : La dernière ligne droite

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image Etienne TSHISEKEDI et «Joseph KABILA» - Les deux Présidents élus en République démocratique du Congo

L’Opposition politique congolaise continue toujours à évoluer en ordre dispersé, bloquée par certains mythes ou légendes alors que la politique est dynamique. Cette Opposition risque de terminer cette deuxième législature sans «chef de file» autour de qui les efforts devraient être cristallisés au sein des institutions. La «rue» reste un mode d’expression démocratique mais n’a jamais gouverné. L’on ne peut éternellement se complaire à prendre des mesures «radicales», à diaboliser les «uns et les autres» sans proposer en échange des alternatives politiques valables.

La roue de l’histoire continue à tourner. Bon an, mal an. Après l’installation de la nouvelle Assemblée nationale, la poursuite de la dernière ligne droite en ce qui concerne les législatives 2011 avec l’examen des contentieux électoraux à la Cour suprême de justice, revoilà une autre étape importante qui s’ouvre dès la semaine prochaine : celle du choix de principaux animateurs des institutions nationales, l’évaluation des résultats des élections 2011 par la communauté internationale avant les premiers pas effectifs de la présente législature. Mais ni la Majorité ni l’Opposition n’émettent de nouveaux signes encourageants. Comme si elles étaient renfermées dans les erreurs du passé.

La semaine prochaine s’annonce tout aussi fertile et enrichissante que la précédente. Celle-ci, on le sait, a été marquée par l’installation de la nouvelle Assemblée nationale. Cette institution s’apprête à élire son bureau définitif tout en validant les mandats des députés pendant que la Cour suprême de justice examine les contentieux électoraux. C’est la dernière ligne droite des législatives 2011 avant la publication des résultats définitifs.

Mais déjà, les manœuvres politiques portent sur la désignation du futur Premier ministre, ce qui débouchera sur la formation du nouveau gouvernement. Etape qui suscite une effervescence d’autant plus que de nombreuses personnalités lisent, relisent et retournent en tous sens l’article 110 de la Constitution portant sur les incompatibilités relevant du mandat de député et de sénateur. Il est vrai que la dernière révision constitutionnelle intervenue autour de cet article précisément a engendré un débat qui porte, de manière voilée, sur le cumul des fonctions. Les plus subtiles s’emploient à faire remarquer que cet article est opposable maintenant, avec effet rétroactif de la loi - ce qui est déjà une entorse - pour les membres du gouvernement sortant et les gouverneurs de provinces. D’autres répliquent par un non catégorique, et de relever qu’il n’y a pas lieu de s’imposer une interprétation sélective pour des raisons faciles à deviner. Le débat se poursuit.

D’autre part, au sein de cette même Assemblée nationale se pose déjà le problème épineux de la désignation du «chef de file de l’Opposition». Lors de la législature passée, l’absence du sénateur Jean-Pierre Bemba a fait trainer les choses jusqu’à la fin des mandats parlementaires. Cette fois, c’est l’absence de députés de l’UDPS qui risque de poser problème. Avec 41 députés, l’UDPS est à même de faire basculer les choses à tout moment. Matière à réflexion. Question politique à examiner et à lever une option claire dès maintenant.

Puisque l’on parle de cette distribution des cartes dans les institutions, elle pourrait créer un «événement politique». Le choix de l’une ou de l’autre personnalité politique aura des effets d’entraînement dans chaque famille politique, tant dans le camp présidentiel que celui de l’Opposition. Mais au-delà, un impact sur la coopération régionale et internationale au regard de la dimension géopolitique et géostratégique de la RDC. Egalement du point de vue «gemmocratique» compte tenu d’immenses ressources naturelles de la RDC.

En attendant, les cartes se sont brouillées entre le gouvernement de la RDC et ses différents partenaires. Ces dernières heures ont été caractérisées par des propos incisifs, voire choquants jusqu’à susciter une polémique. Un climat de mauvaises affaires politiques qu’il faudra à tout prix assainir.

CERCLE VICIEUX

Ce rappel a toute son importance tant il permettra aux dirigeants de la Majorité et de l’Opposition de se déterminer pour bien effectuer les premiers pas de cette nouvelle aventure. Tout se passe comme si l’on était dans un cercle vicieux et qu’on refuse de fournir un effort supplémentaire pour tirer les leçons utiles des erreurs du passé.

En effet, au regard des résultats encore provisoires des législatives, l’on s’obstine à faire admettre qu’un seul parti politique saura diriger ce pays. Ou encore avec le concours de 2 ou 3 partis politiques de la même obédience. Ce genre de rapports a chaque fois conduit à la mise en place d’un gouvernement, certes, de la Majorité, mais inefficace, inefficient, victime des «accords secrets».

Quant à l’Opposition, elle continue toujours à évoluer en ordre dispersé, bloquée par certains mythes ou légendes alors que la politique est dynamique. A l’analyse de premiers éléments, cette Opposition risque de terminer cette deuxième législature sans «chef de file» autour de qui les efforts devraient être cristallisés au sein des institutions. La «rue» reste un mode d’expression démocratique mais n’a jamais gouverné. L’on ne peut éternellement se complaire à prendre des mesures «radicales», à diaboliser les «uns et les autres» sans proposer en échange des alternatives politiques valables.

Tout se passe comme si la Majorité et l’Opposition sont bel et bien otages des erreurs du passé, au risque d’amener ainsi le pays dans une impasse, l’immobilisme. Il y a là cette absence d’une analyse profonde des mutations observées à travers le monde comme si l’on était à court d’idées. L’on continue à se contenter de la politique des résultats immédiats pendant que l’on vise un développement durable. Véritable paradoxe.

Il est vrai que tout part des résultats de dernières élections. Il y a eu des vainqueurs et des vaincus. Or, la victoire ou la défaite influe sur le comportement des personnes. Autant l’on est vainqueur qu’on adoptera un comportement de gagnant, autant l’on est perdant qu’on sera inflexible ou révolté, surtout devant toutes ces observations des missions électorales sur les irrégularités dénoncées autour du processus électoral.

Pas étonnant que l’on assiste à un triomphalisme doublé d’une certaine arrogance ; à des prises de position rigides pour imposer des points de vue ; à une gestion sans partage pour confirmer le monolithisme. Et comme on est en politique, glisser vers l’intolérance, sur fond d’un certain caporalisme. Et de l’autre, ce serait le «calvaire du supplicié» soutenu certainement par de nombreuses contestations.

Serait-ce la meilleure façon de diriger, de gouverner un pays ? Non. Bien au contraire, il sera même difficile de relever les grands défis de faire de la RDC un Etat et une Nation forts, compétitifs dans tous les domaines.

D’où, la nécessité de s’engager dans une nouvelle voie afin d’éviter les erreurs du passé, de ne plus être otage des répétitions de l’histoire. Mais d’être à la recherche du nouveau pour gouverner autrement dans un même élan, car tous fiers d’appartenir à un même Etat, à une même Nation et à un même peuple.

C’est cette obligation politique qui s’impose à la Majorité et à l’Opposition à partir de la semaine prochaine. Il importe donc d’exorciser ce passé et se débarrasser de certains fléaux qui les ont caractérisés. Mais que l’avenir devrait s’ouvrir sur le chapitre du social et celui de grandes réformes. Notamment dans l’Armée, la Police, les services de renseignements, la Justice, l’Administration. Ce sont là les piliers d’un Etat de droit, d’une Nation forte, unie et prospère, d’une population active et digne.

Ce sont là des piliers sur lesquels s’appuie tout Etat républicain, émergent et compétitif. C’est la règle de jeu qui renforce la coopération internationale, sous-tend les échanges commerciaux, rapprochent les peuples qui appartiennent à des nations crédibles, fréquentables. C’est s’inscrire dans la modernité en ayant une idée exacte de véritables enjeux nationaux, régionaux et internationaux. De bannir le modèle de la pensée unique pour un véritable brassage des idées porteuses du beau et du vrai ; du juste et du bon ; de l’intelligence et de la sagesse ; de l’élégance et de la tolérance. Tout cela, au bénéfice de tous les Congolais.

[Le Potentiel]


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Gaston Médard on 25/02/2012 04:55:21
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Que de la politicaillerie pour le ventre. L'alternative politique valable commencera par l'entrée en fonction de l'élu du peuple (Monsieur Etienne Tshisekedi); loin de l'imposture de ce gang embusqué derrière des chars.
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nsimba melani on 25/02/2012 03:28:35
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MR ETIENNE TSHISEKEDI A EU UN ECHANGE LONG ET FRUCTUEUX, CE VENDREDI 24 FEVRIER 2012, AVEC L AMBASSADEUR DE L ALLEMAGNE EN LA RESIDENCE DE CE DERNIER A KINSHASA. DE LEUR ENTREVUE, IL SE DEGAGE QUE LE REPRESENTANT DE
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VERITE on 25/02/2012 02:15:22
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