Opposition congolaise : Si le ridicule pouvait tuer

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image Opposition - Les opposants de "Joseph Kabila", devant le statue Patrice Lumumba, Kinshasa

Une nouvelle sous plate-forme vient de voir le jour au sein de la famille qui se proclame opposition. Son nom est : Front de l’opposition pro-dialogue national. Avant cette nouvelle structure, nous avons notamment l’opposition nationaliste et citoyenne, la Dynamique de l’opposition, l’opposition républicaine, sans compter celle qui se dit  » la vraie  » et que savons-nous encore ? A force de s’écarteler de cette manière, l’opposition congolaise devient la risée du public et d’aucuns se demandent ce que signifie finalement le terme opposition. C’est seulement en RDC que l’on voit des politiciens qui exercent le pouvoir exécutif se réclamer de l’opposition au pouvoir. Si le ridicule pouvait tuer, des gens qui jouent ce sale jeu n’auraient pas le courage de s’exprimer sur la place publique.

Pendant l’ex-Zaïre, nous avons connu des spectacles insipides avec l’Union sacrée de l’opposition qui était une sorte de blanchisserie pour les mobutistes qui voulaient se racheter auprès de la population qu’ils ont chosifiée aux côtés de leur leader. Naïfs, les ex- Zaïrois leur ont fait confiance lorsqu’ils se présentaient dans des endroits publics ou lors de leurs prestations dans les média.

Mais, à chaque fois que l’  » Aigle de Kawele « , en véritable manœuvrier, procédait à un remaniement gouvernemental pour le besoin de la cause, le peuple était abasourdi de constater que ceux qui pourfendaient quelques jours auparavant le Maréchal, étaient nommés ministres. Sans la moindre gêne, ils prêtaient serment en jurant fidélité au président de la république. C’était ensuite la lune de miel entre les  » opposants  » d’hier et le chef.

Après la chute du régime sanguino-dictatorial le 17 mai 1997, il y en a qui ont voulu rejouer le même jeu. L’on se souviendra qu’un ministre du tout dernier gouvernement du maréchal s’était donné le culot d’organiser,  avec quelques uns de ses fanatiques, une marche de soutien à l’AFDL. Connaissant la roublardise des acteurs politiques congolais bien que n’ayant pas été sur le terrain en RDC, le  » lion de Lemera  » avait renvoyé à ses études cet opportuniste.

Ayant compris que Laurent-Désiré Kabila n’est pas tombé dans son piège, ce situationniste a vite fait de quitter le pays pour de nouveau aller humer l’air chaud de l’exil comme il l’avait connu avant la Conférence nationale souveraine (CNS). Puis, par l’habileté dont lui seul connait le secret, il s’est retrouvé dans la rébellion qui avait mis à feu et à sang l’est de la RDC.

Savoir s’assumer

Plus près de nous, lorsqu’il a été organisé les concertations nationales, nous avons vu comment les gens se sont bousculés au portillon du Palais du peuple, même ceux qui traitaient le président de la république de tous les noms.  Dans l’espoir de faire partie du gouvernement de cohésion nationale qui allait en sortir, ils se sont subitement transposés dans la kabilie. Joie et allégresse pour les chanceux. Mais ceux qui n’ont pas eu de place au bord du navire sont redevenus aigris. Ils n’ont pas eu de peine à se réclamer (encore) de l’opposition.

Puisqu’on ne chasse jamais définitivement le naturel sans qu’il revienne vite au galop, des acteurs politiques habitués aux magouilles veulent de nouveau saisir l’opportunité que leur offre le dialogue pour tenter de  faire parler de nouveau d’eux. Lorsqu’aujourd’hui ils soutiennent sans réserve l’idée du dialogue national, ce n’est pas pour baliser les voies à un processus électoral crédible et  transparent qui aboutisse à l’organisation apaisée des élections. Pour eux, c’est le projet de formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par quelqu’un de l’  » opposition  » qui les attire. C’est cette fois ou jamais, jurent-ils.

Qu’est-ce que les Congolais peuvent attendre d’un tel gouvernement lorsqu’on sait que les gouvernements de ce type se caractérisent toujours par leur instabilité, et en définitive par leur incompétence ?

Au lieu de continuer à nous rabattre les oreilles au nom d’une certaine opposition, pourquoi, par honnêteté intellectuelle, ces acteurs ne doivent-ils pas reconnaitre que les idées du camp auquel ils étaient opposés hier les ont convaincus pour qu’ils y adhèrent tout simplement ? Ce serait une manière de renforcer ce camp. Ainsi, comme partout ailleurs dans les pays de vieille démocratie, nous aurons deux grandes familles politiques, l’une de gauche et l’autre de droite. Le jeu démocratique se consoliderait, et il en sera fini avec la panoplie des partis alimentaires qui ne servent qu’à brouiller inutilement des cartes.

En tout état de cause, puisque la constitution garantit la liberté d’opinion à tous les citoyens, chacun est libre de s’exprimer. Mais nous croyons que Joseph Kabila n’est pas né de la dernière pluie et qu’il connait bien le zoo politique congolais. Lors du dernier remaniement ministériel, il a su montrer qu’il connait qui est qui. Inutile donc de crier sur tous les toits qu’on est de telle opposition ou de telle autre pour vouloir à tout prix être nommé dans une institution étatique. L’intelligence, la sagesse, la fidélité aux idéaux qu’on défend, l’intégrité morale et le patriotisme sont des valeurs qui doivent fonder l’action d’un homme politique.

[Combat Ot]


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