RDC : Le cas de MOBUTU servira de leçon à « KABILA » ?

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image Etienne TSHISEKEDI et Mobutu

Au Congo comme ailleurs à travers le monde, l’obséquiosité de l’homme vis-à-vis du roi du jour ne date pas d’aujourd’hui. Qu’on se souvienne ici de la chanson propagande de Lwambo Makiadi en faveur du candidat unique Mobutu Sese Seko : “Tozala sincère, tozala franc. Hypocrisie toboyi. Ingratitude toboyi. Démagogie toboyi. Nani akoki kotonga ekolo ? Soki Mobutu te nani mosusu ? Mobutu Sese Seko”. On connait la suite. Le 17 mai 1997, une rébellion composée essentiellement d’enfants soldats entre à Kinshasa, entraînant la chute et la fuite du dictateur à la belle toque de léopard. Mieux, le 7 septembre de la même année, ce dernier meurt d’un cancer à Rabat au Maroc où il sera enterré en catimini, loin de tous les amis qu’il se sera fait en un peu plus de trois décennies de pouvoir sans partage. Mobutu est mort. Il ne sera jamais ressuscité d’entre les morts. Alors que Lwambo Makiadi s’imaginait que personne d’autre à part lui ne pouvait diriger le Congo alors nommé Zaïre, l’Etat congolais, lui, n’a pas sombré avec Mobutu. Pas une seule minute depuis sa fuite puis sa mort le pouvoir d’Etat congolais n’a été vacant.

On peut se montrer indulgent quand un homme qui n’a pas suffisamment usé ses culottes sur le banc de l’école tel que Lwambo Makiadi s’imagine que “Soki Mobutu te nani mosusu”. Mais d’un homme qui s’est arrêté même au niveau de l’école secondaire, on ne peut attendre ou tolérer une telle affirmation. “Soki Mobutu te nani mosusu” ! Les puissances obscures de ce bas monde nous ont démontré combien nous étions bêtes en présentant l’équation politique de cette manière. Car, à la chute de Mobutu, nous n’avons pas eu droit à un des ténors de son régime comme président de la république. C’est plutôt un véritable revenant qui nous a été imposé. Un adepte du marxisme cocotier reconverti en marchand d’or et jeté depuis longtemps dans les oubliettes de l’histoire. Laurent Désiré Kabila !

Il y a pire ou mieux. Quand Laurent-Désiré Kabila décède à son tour le 16 janvier 2001, qui, en effet, à part les puissances obscures qui étaient à la manœuvre, aurait parié un kopeck sur les chances du taiseux que fut alors Joseph Kabila de lui succéder ? Le taiseux. En route vers le Liberia pour prendre nos fonctions de Bula Matadi sans frontières en novembre 2004, le hasard de l’allocation des sièges à bord de l’avion nous plaça à côté d’un diplomate norvégien. La première pensée qui lui traversa l’esprit quand il apprit que nous étions de nationalité congolaise fut celle-ci: “Votre président ne parle pas”. Le diplomate avait été reçu en audience par Joseph Kabila. Tel était le souvenir qu’il en avait gardé. Devenu président de la république, le taiseux aujourd’hui arrogant devait tout apprendre. Comment s’habiller. Comment se tenir. Comment croiser les bras et les jambes. Comment s’exprimer. Etc., etc.

L’ascension de Joseph Kabila a démontré de manière éloquente que les puissances obscures peuvent hisser n’importe qui au sommet de notre Etat. Chance eloko pamba ! Il ne reste aux puissances obscures que de nous imposer intelligemment un chien comme président de la république. Une chose est certaine. Un tel chien aurait à coup sûr ses Lambert Mende et autres Kin Kiey Mulumba pour le glorifier et justifier son inamovibilité à la tête de notre Etat. Pourtant, aujourd’hui plus qu’hier sous Mobutu, il n’y a pire bêtise que de chanter : “Nani akoki kotonga ekolo ? Soki Joseph Kabila te nani mosusu ? Joseph Kabila Kabange Raïs”.

Comble de la bêtise, parmi ceux qui aujourd’hui fredonnent ainsi la chanson propagande de Lwambo Makiadi, des hommes tels que Lambert Mende, Kin Kiey Mulumba et Evariste Boshab, pour ne citer que ceux-là, se seraient comportés de loin mieux que Joseph Kabila en accédant au pouvoir le 17 janvier 2001. Ils n’auraient pas eu à apprendre comment s’habiller, comment se tenir, comment croiser les bras et les jambes, comment s’exprimer, etc., etc. Que faire alors de pareils individus demain à la chute de Joseph Kabila, en souhaitant que celle-ci soit digne d’un despote ?

La société civile congolaise doit se préparer à marquer les esprits pour une fois dans l’histoire du pays. La création d’un tribunal spécial s’avère indispensable si l’on veut atteindre un tel objectif. On devrait confronter tous les ténors de la majorité présidentielle actuelle à leurs déclarations allant dans le sens de la chanson de Lwambo Makiadi : “Nani akoki kotonga ekolo ? Soki Joseph Kabila te nani mosusu ? Joseph Kabila Kabange Raïs”.

Comme pour eux personne d’autre que Joseph Kabila ne peut diriger le Congo, à sa chute, le tribunal spécial devrait leur interdire toute participation dans la course présidentielle. Ce tribunal devrait également les priver de tout accès à une fonction publique pendant un minimum de 100 ans. A ceux qui sont professeurs d’université à l’instar d’Evariste Boshab, leur légèreté et obséquiosité en politique devrait même pousser le tribunal spécial à leur barrer la route de la formation de notre jeunesse pendant autant d’années.

Joseph Kabila a raison quand il se lance à la recherche d’un système politique authentiquement congolais. L’homme congolais a besoin d’une grande révolution. Mais celle-ci ne se limite pas à marquer les esprits comme nous l’avons indiqué plus haut. Le comportement affiché aujourd’hui par les ténors de la majorité présidentielle vis-à-vis de la limitation à deux des mandats présidentiels n’est pas une fatalité. Il s’agit du résultat obligé d’un système politique dit démocratique alors même qu’il place automatiquement le président de la république au-dessus de la loi. Il s’agit également du résultat obligé d’un système démocratique basé sur les partis politiques alors même que ceux-ci ne connaissent aucune culture démocratique et sont considérés comme des propriétés privées par leurs présidents fondateurs. Joseph Kabila et sa clientèle interne sont par ailleurs le résultat obligé de notre aveuglement quand nous ne pouvons voir la main des puissances obscures pousser des individus médiocres parmi nous au-devant de la scène politique nationale. Une myopie qui n’a d’égal que notre incapacité de mettre en place un système politique transparent que nous pouvons piloter en minimisant les interférences ou immixtions inévitables des puissances obscures.

[Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo]


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