RDC : Deux conceptions s’affrontent dans le programme gouvernemental

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image Parlement - Des députés lors de l’élection du bureau définitif de l'Assemblée nationale le 12 Avril 2012.

Deux conceptions s’affrontent dans le programme gouvernemental de Matata Ponyo. D’un côté, la vision du président réélu Joseph Kabila de moderniser la RDC. De l’autre, les exigences de bonne gouvernance et de rigueur qu’imposent les institutions financières internationales. Est-ce que le Premier ministre saura, face aux élus du peuple, concilier les deux visions et obtenir l’investiture de son gouvernement ? Rendez-vous est pris pour le lundi 7 mai 2012 au palais du peuple.

Le Premier ministre vient de déposer le programme de son gouvernement au bureau de l’Assemblée nationale. Les députés en ont pris connaissance depuis vendredi 04 mai 2012. Ce document de 57 pages passe en revue les avancées accumulées depuis 2001 sur le plan des réformes tant politique qu’économique. Matata Ponyo et son gouvernement se proposent de «poursuivre et finaliser les réformes institutionnelles en vue de renforcer l’efficacité de l’Etat ; consolider la stabilité macro-économique et accélérer la croissance et la création des emplois ; poursuivre la construction et la modernisation des infrastructures de base ; renforcer le capital humain et faire de la société congolaise un vivier de la nouvelle citoyenneté ; renforcer la diplomatie de développement».

Déjà, la première difficulté apparaît dans la mesure où le programme ne donne pas la hauteur du financement, se limitant à énoncer les sources susceptibles de soutenir sa matérialisation. Le gouvernement se propose d’apporter des améliorations nécessaires, principalement dans le budget de la République. «Les ressources internes dont il va falloir impérativement accroître la capacité de mobilisation et améliorer la qualité et la composition de la dépense, les ressources additionnelles : PPTE, AIDM, Pas de porte, … », sont autant d’atouts dont la mise en œuvre est décidée par le gouvernement.

DEJA DES PESANTEURS

Mais, les pesanteurs s’égrènent sans en finir. Et le gouvernement le reconnaît : «la gouvernance politique et économique pas suffisamment maîtrisée, reflétée par une faible capacité de l’Etat ; la mauvaise insertion de l’économie congolaise dans le commerce international, caractérisée par la non diversification des exportations et la forte dépendance de l’industrie locale des intrants importés ; les difficultés de développement du secteur privé, particulièrement les PME/PMI, principaux vecteurs de croissance et de création d’emplois dans les économies modernes ; la faible capacité de mobilisation des recettes publiques qui empêche l’Etat de fournir des biens publics en qualité et quantité suffisante ; le flux encore insuffisant des investissements directs étrangers, lié aux incertitudes et à la frilosité des investisseurs qui estiment que le climat des affaires reste, en dépit des efforts réalisés, peu attrayant ; le déficit encore important d’infrastructures, qui inhibe le développement des échanges entre les différentes régions économiques du pays et la possibilité de création d’un vaste marché intérieur».

Ce diagnostic opéré en toute objectivité démontre l’immensité de la tâche qui attend le gouvernement. Le chemin à parcourir est parsemé d’obstacles quasi insurmontables en un mandat. Encore faut-il un minimum de bonne volonté pour arriver à engranger des avancées significatives.

Ces contraintes identifiées sont encore et toujours d’actualité. La trilogie adoptée par le gouvernement «Croissance, emploi, accroissement de revenu et du bien-être de la population» répond au besoin d’affronter le social de la population à travers la vision du chef de l’Etat : la Révolution de la modernité. Aussi, l’objectif de porter le taux de croissance à deux chiffres au cours des exercices 2012-2016 est une ambition légitime pour un gouvernement appelé à canaliser les énergies de tout un peuple. L’accès à l’électricité et à l’eau potable, l’autonomisation des femmes, l’accès au crédit, aux soins de santé, à l’éducation et au logement, … sont des objectifs à impact visible, à plus ou moins, court terme.

Pour y arriver, il faut accroître des moyens financiers. Mais aussi humains en terme de compétence et de spécialisations. A ce propos, le gouvernement semble trouver des pistes appropriées. Des réformes amorcées sont appelées à se pérenniser afin d’arriver jusqu’à leur terme et en palper les effets positifs. C’est notamment le soutien de l’Etat aux secteurs économiques clés dont l’agriculture, les mines, l’énergie, les hydrocarbures, la télécommunication, la forêt et l’environnement. Des axes, basés principalement sur les ressources naturelles d’extraction, à côté de l’agriculture dont la modernisation n’est pas garantie d’avance.

Des interrogations demeurent

Contraintes et intentions d’aller de l’avant se bousculent à travers le programme gouvernemental que propose le Premier ministre. Les arbitrages tendent ainsi, à contenter les uns et les autres. Déjà, quelques ténors de la Majorité présidentielle (MP) ont appelé à des recadrages. La partie ne s’annonce pas aisée.

Quid ? Les attentes du peuple sont connues de tous. Il est clair que les satisfaire exigerait des ressources financières accrues. Cela à la mesure des enjeux en présence. L’Etat seul est incapable de tout prendre en charge. Il lui faut l’appui des autres acteurs notamment les institutions financières internationales et les partenaires bilatéraux. Or, il n’est un secret que les appuis de ces institutions sont toujours assortis de conditionnalités, qui le plus souvent, renvoient au second plan le social.

Comment la consolidation de la stabilité macro-économique va-t-elle s’opérer en même temps que la promotion de la classe moyenne, pendant que les créances intérieures demeurent toujours en souffrance ? Le gouvernement réservera-t-il suffisamment de ressources pour le financement de la microfinance susceptibles de rendre autonomes les femmes congolaises ? Fera-t-on recours aux investisseurs qui continuent de fustiger le climat des affaires en République démocratique du Congo classée toujours parmi les mauvais exemples de la planète ? Par quel procédé l’Exécutif congolais va-t-il assurer la croissance économique à la base, sans avoir préalablement instauré véritablement l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national ?

A toutes ces interrogations, le gouvernement apporte des réponses non départies de quelques appréhensions : «L’attrait des investissements publics et privés pour la mise en œuvre des pôles de croissance et le développement durable de l’activité économique n’est possible que si le cadre macroéconomique demeure stable et l’environnement des affaires assaini. C’est pourquoi, un accent particulier sera mis sur une gestion monétaire et budgétaire prudente et la mise en œuvre des politiques économiques favorables à la croissance qui nécessite à la fois une maîtrise et un dépassement de la phase de stabilisation, étape transitoire vers un véritable financement du développement».

L’hypothèse d’un taux de croissance à 2 chiffres passant de 7% à 15% à l’échéance 2016 loin d’être utopique, suscite des questions quant à sa matérialisation. Un taux d’inflation de 4% maximum en 2016. Un taux de change appelé à être contenu entre la fourchette de 800 et 1 000 francs congolais. Une augmentation des recettes publiques devant bondir du simple au triple par rapport à son niveau actuel, etc. Tout cela fait rêver.

C’est ici que l’intervention des institutions financières internationales sera mise à contribution. Le sera-t-elle dans le sens de ne point sacrifier le social, point de mire de la vision du chef de l’Etat ? L’interrogation reste entière quant à ce. A côté, il va falloir renforcer le dispositif de contrôle à travers des structures telles que la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances. Le gouvernement devra s’engager à leur assurer l’indépendance nécessaire.

Comment s’opérera le triplement des recettes tant que la fiscalisation du secteur informel ne sera pas effective ? Poursuivra-t-on la politique d’asphyxie des 20% de contribuables traditionnels en RDC ?

La poursuite des programmes en cours avec les institutions financières internationales est considérée comme obstacle majeur à la matérialisation de la vision du chef de l’Etat, fustigent d’aucuns. Des sources proches du Premier ministres répliquent en parlant d’un processus appelé à atteindre sa maturité dès lors que son application sans faille aura obtenu le soutien de tous.

Voilà comment, de manière presque subtile, la vision de Joseph Kabila sur la modernisation et le social des Congolais affronte le programme gouvernemental caractérisé par la rigueur qu’imposent les institutions financières internationales. Matata Ponyo et ses collaborateurs, sans le reconnaître, se trouvent écartelés entre les deux pôles. Peut-être que, face aux élus du peuple, ils vont chercher le juste milieu.

[Le Potentiel]


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