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Procès BEMBA : Aucun verdict ne semble poindre à l’horizon !

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image Liliana BEMBA, Me Peter HAYNES et Me Kate GIBSON

Y a-t-il vraiment eu des crimes « massifs » contre l’humanité à Bangui d’octobre 2002 à mars 2003 ?

Souvenons-nous, il y a plus de sept années passées. Jean-Pierre Bemba, sénateur et ancien vice-président de la RD Congo, est arrêté dans la soirée du 24 mai 2008 à son domicile de Belgique au moment où il s’apprête à sortir pour aller dîner au restaurant avec son père Jeannot Bemba, l’ancien président du patronat congolais, son épouse Liliane et ses cinq enfants. Deux de ces derniers précèdent avec leur grand-père et sont déjà au lieu du dîner.

Juste après leur départ, une escouade de policiers investit aussitôt les environs et l’intérieur de la parcelle du président du Mlc de Rhode Saint-Genèse, un quartier périphérique de Bruxelles. Ils sonnent et brandissent le mandat d’arrêt international délivré par le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo. Instinctif réflexe de protection maternelle, Liliane se préoccupe d’abord de ses enfants apeurés par le nombre d’hommes en tenue qui entrent d’autorité dans la maison et par leur intimidante occupation des lieux. Elle rassure ses rejetons et leur demande de rester au salon et, afin qu’ils ne puissent rien entendre, prie les policiers de daigner rejoindre son mari qui se trouve dans son bureau. Interdiction est tout de suite faite par ces derniers à toute personne présente dans la maison de passer de coup de fil et d’en recevoir.

Entretemps, le patriarche Jeannot Bemba s’inquiète de voir le temps passer et de ne pas voir son fils arriver et, surtout, que personne ne réponde à ses multiples et insistants appels. Le chef des policiers consentira finalement, lui tendant son téléphone de service, que Liliane Bemba passe un bref coup de fil à son beau-père. Après qu’il ait lu le mandat d’arrêt et une brève conversation avec les policiers, le sénateur Bemba, digne et stoïque, accepte sans rechigner de se faire passer les menottes aux poignets. Il sera transféré, après neuf jours de détention à Bruxelles, à la prison de la CPI de Scheveningen, un faubourg de La Haye. Il y est, à ce jour.

Le « théâtre du boulevard » est un genre de l’art dramatique qui se jouait à Paris au 18ème siècle. On en vit aujourd’hui une version moderne à la Cour pénale internationale où se tient le procès de Jean-Pierre Bemba. En plus de la légèreté de la comédie, de l’intrigue et du mélodrame propres au genre original s’ajoutent, dans les scénarios qui se jouent actuellement au pays de Van Gogh, le ridicule et le mensonge.

En effet, depuis son début, une constance caractérise l’affaire CPI contre Jean-Pierre Bemba, accusé de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre (meurtres, viols et pillages) qui auraient été perpétrés par ses militaires en République Centrafricaine d’octobre 2002 à mars 2003: le ridicule n’arrête de succéder au ridicule. Et ceci a commencé avec les incohérences du procureur et sa détermination, tel un tueur à gages, à « faire la peau » à l’ancien vice-président congolais. A la première audience de confirmation des charges le 15 janvier 2009, « le procureur n’a pas apporté de preuves, mais seulement montrer qu’il existe de raisons substantielles de croire que la personne a commis les crimes présumés », écrivent les observateurs de « Open Society Foundations » qui suivent journalièrement le procès, lesquels notent également : « Le procureur a cherché à accuser M. Bemba d’avoir directement commis les crimes. Les juges lui demandaient maintenant d’envisager de requalifier les faits en responsabilité de commandement qui signifie que les dirigeants qui exercent un contrôle effectif sur leurs troupes peuvent être tenus comme légalement responsable des crimes commis par ces troupes ».

Le commandement « direct » de ses troupes par Jean-Pierre Bemba n’a pas été démontré jusqu’à la fin du premier procès. Les hautes autorités politiques et militaires centrafricaines de l’époque - qui auraient dû le confirmer ou l’infirmer – n’auront jamais été invitées à témoigner au procès, le procureur ayant estimé leurs témoignages…pas nécessaires ! Etonnant. Et l’opinion, africaine particulièrement, de s’interroger: à supposer – comparaison n’étant sans doute pas raison - que le sénateur Bemba eût-il commandé directement ses troupes, pourquoi, lui, répondrait-il de leurs actes et pourquoi les dirigeants (politiques et militaires) américains, britanniques, russes et français ne répondent-ils jamais des meurtres, brutalités et viols commis par leurs troupes – qu’ils dirigent d’habitude directement eux-mêmes - lorsque celles-ci vont défendre…les droits de l’homme et la démocratie à travers le monde ? Les troupes du sénateur Bemba n’ont-elles pas aussi été en RCA pour y défendre un président démocratiquement élu ? Pourquoi ce « deux poids deux mesures » ? Les récents aveux et…excuses de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair au sujet des dégâts matériels et humains causés en Irak par les pays de l’Otan dont son pays est membre ne sont nullement de nature à réduire ce ressentiment des peuples arabo-africains que révolte l’impunité dont jouissent les « grands » du monde.

L’argentin Luis Moreno Ocampo a quitté ses fonctions à la CPI en juin 2012 sans avoir démontré la culpabilité de M. Bemba. Il faut dire que le procès de ce dernier devenait pour lui, au fil des audiences, psychologiquement ingérable, une insupportable patate chaude qui lui brûlait les mains et qu’il a opportunément refilée à la gambienne Fatou Bensouda. La nouvelle procureure, devant la vacuité du dossier à charge du président du Mlc et de l’évidence de son innocence et donc de sa probable libération, imagina, habile stratège ?, de déplacer la bataille vers un autre terrain. Fatou Bensouda, après avoir ordonné des mises sur écoute téléphonique de Jean-Pierre Bemba, de ses avocats et de ses amis, les accusera de subordination de (leurs) témoins et obtiendra un second procès, ouvrant ainsi un second front de bataille où elle espère reprendre l’avantage par rapport au premier où elle a épuisé, on l’aura constaté, toutes ses « munitions ». En dispose-t-elle encore pour gagner sa guerre contre Bemba ?

Le déroulement de ce second procès, qui a commencé en septembre dernier, n’est visiblement, jusque-là, pas favorable à l’accusation. Les déclarations de ses neuf premiers témoins qui sont passés devant la barre - quatre derniers sont attendus - se révèlent sujettes à caution. Certains de ces témoins seraient des escrocs centrafricains qui s’étaient fait passer pour d’anciens militaires et qui cherchaient tout simplement à soutirer de l’argent, les uns à Jean-Pierre Bemba en lui promettant des témoignages en sa faveur et lesquels ont abusé de ses avocats, et les autres à la procureure pour leur venue à la CPI témoigner contre le président du Mlc.

Le procès Bemba chagrine les consciences honnêtes et les historiens. Le monde a connu plusieurs « petits » et grands crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. On ne remontera pas au déluge et les citer tous. On en prend quelques-uns du 20è siècle : le génocide des Arméniens, celui des Juifs et des Tutsis, les massacres de Pol Pot au Cambodge, ceux de Staline dans l’ancienne URSS et ses camps de concentration (les goulags), l’épuration ethnique des Bosniaques de Serbie, etc. En plus de leur « massivité », tous ont eu deux caractéristiques : ils ont, d’une part, été prémédités, pensés et même théorisés (le cas d’Hitler avec son livre « Mein Kampf», « Mon combat ») et, d’autre part, ils ont été prouvés par toutes sortes de traces (les cadavres en millions sinon en milliers, principalement), de témoignages oraux et d’enquêtes diverses sur les lieux de leur commission. Des photos et des films du génocide des Arméniens par exemple, qui s’est pourtant passé au début du siècle entre 1915 et 1917, sont régulièrement montrés.

Les crimes imputés aux soldats du MLC sont « récents » et datent de…2002 et auraient été perpétrés à Bangui, capitale de la RCA, siège des institutions du pays et des représentations diplomatiques et où abondent des organisations non gouvernementales - nationales comme étrangères. Contrairement aux autres crimes de l’Histoire, ceux prétendument reprochés à Bemba ne pouvaient pas être prémédités ni préparés parce que, d’abord, l’appel au secours du président centrafricain Ange-Félix Patassé fut inopiné et, ensuite, parce que lesdits crimes (notamment le viol massif de femmes comme stratégie de guerre) n’entraient nullement dans l’éthique de Jean-Pierre Bemba - son parcours de vie ne l’indique pas -, ni dans la philosophie de son mouvement ni dans celle de son armée : les mêmes crimes n’ont jamais été commis par celle-ci en RDC où elle a livré plusieurs batailles – pendant cinq ans - contre l’armée gouvernementale de Kinshasa de l’époque. 

Par ailleurs, et très curieusement, après plus de huit ans d’enquêtes et cinq ans de procès, aucune preuve matérielle « irréfutable » (photo, écrit, film, document sonore, objet quelconque,…) attestant les meurtres, les viols et les pillages reprochés aux militaires du Jean-Pierre Bemba – et indirectement à lui par le procureur - n’a jamais été présentée ni au procès ni aux médias. On n’en trouve pas non plus dans Google ni sur YouTube. Bizarre ! Les récits des prétendues victimes et des témoins à charge se sont révélés peu crédibles. Le nombre et les noms de personnes tuées ne sont pas connus. Aucune image de leurs visages, de leurs funérailles et de leurs cimetières (ou fosses communes) n’a jamais été montrée. Personne - ni les victimes elles-mêmes, ni les journalistes, ni les Ong ni les diplomates - n’a jamais filmé ni pris des photos des meurtres, viols et pillages qui auraient été commis en pleine ville et pendant cinq mois, d’octobre 2002 à mars 2003 ! Personne. Y a-t-il vraiment eu crimes « massifs » contre l’humanité à Bangui durant cette période ? La question s’impose, aujourd’hui plus qu’hier.

Concernant par exemple les viols, le film du docteur Mukwege montre des centaines de femmes congolaises reçues dans son « refuge » médical qui témoignent – pour l’Histoire - des atrocités subies par elles, avec courage, dignité et à visages…découverts. Et montrant notamment leurs bébés, tristes fruits de la bestiale et brutale sexualité de leurs immondes agresseurs. On s’attendait également à ce genre de poignants témoignages au procès Bemba. Mais il n’en aura jamais été le cas. Celui-ci s’est terminé comme il avait commencé : avec des doutes. Qui, en droit, profitent à l’accusé. Une condamnation du sénateur Jean-Pierre Bemba pourrait (davantage) discréditer la CPI déjà taxée, par une certaine opinion, d’instrument au service des intérêts des puissances du…Nord. Surtout aussi quand on sait que certaines d’entre celles-ci n’avaient pas, pour des raisons connues de beaucoup de gens dans les milieux bien informés, misé sur lui à l’élection présidentielle congolaise de 2006 et qui n’ont pas moins contribué à son accusation et à son arrestation.

Y a-t-il vraiment eu des crimes « massifs » contre l’humanité à Bangui d’octobre 2002 à mars 2003 ?

[Wina Lokondo]


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