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RDC : Les assassins de Pascal KABUNGULU toujours libres

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image Pascal KABUNGULU - Défenseur des droits humains assassiné.

Déborah Kitumaini, veuve d’un éminent défenseur des droits humains assassiné à Bukavu (Sud-Kivu) le 31 juillet 2005, vit au Canada avec ses six enfants. Dix ans après la mort de Pascal Kabungulu, et après des années de procédures judiciaires infructueuses en RD Congo, elle a décidé de déposer plainte auprès de l’Onu, avec le soutien des ONG « Le Centre Canadien pour la Justice Internationale » et TRIAL.

Désabusée, Mme Déborah Kitumaini, a conté son histoire à Lepotentielonline.com, avant de déposer sa plainte : « Mon mari, Pascal Kabungulu, était journaliste et Secrétaire exécutif au sein de l’ONG Héritiers de la Justice, qui lutte en faveur des droits humains et pour la promotion de la paix au Sud-Kivu ».

« En juillet 2005, il a été assassiné, sous mes yeux et ceux de mes enfants. Nous avons toutes les raisons de croire que ceux qui l’ont assassiné voulaient le faire taire. Pascal avait en effet dénoncé plusieurs affaires dans lesquelles trempaient des dirigeants de la région de Mwenga, en lien avec les mines d’or du Sud-Kivu. Les hommes dénoncés n’ont pas apprécié. Ils l’ont menacé avant de l’assassiner», raconte-t-elle.

A propos de ce qui s’est passé exactement en cette triste nuit du 31 juillet 2005, elle spécifie:

« Le 31 juillet 2005, mon mari rentrait d’un voyage au Rwanda et nous avons passé la soirée en famille. Au milieu de la nuit, l’un de mes fils s’est mis à crier et j’ai entendu une voix d’homme menaçante dire : +Si tu cries encore, je te tue+.

Mon mari est sorti de la chambre à coucher pendant que j’alertais les voisins par la fenêtre. Des hommes en uniforme ont alors attrapé Pascal et lui ont dit :+Kama unakimbiyaka leo utakufa+. J’ai ensuite entendu des détonations et des bruits de gens qui couraient avant d’apercevoir Pascal, en sang, allongé au milieu du salon. Des voisins nous ont aidé à transporter Pascal jusqu’au centre médical le plus proche. Mais ses blessures étaient tellement graves qu’il a du être transféré d’urgence à l’hôpital. Les médecins ont constaté son décès peu de temps après notre arrivée ».

Pourquoi avoir ensuite fui ? Déborah Kitumaini explique :

« Après la mort de Pascal, des hommes en armes et uniforme ont commencé à me rendre visite sur mon lieu de travail, puis à rôder autour de notre domicile alors que j’y étais seule avec les enfants… La menace devenait chaque jour plus palpable, et les collègues de feu mon mari l’ont prise très au sérieux. Nous avons été forcés de quitter la RDC dans la précipitation, quelques jours à peine après sa mort.

Nous avons fui vers l’Ouganda en passant par le Rwanda et sommes restés pendant plus d’un an à Kampala. Ca a été une période très dure ! On ne parlait pas la langue du pays, mes enfants n’étaient pas scolarisés nous avions peur que les menaces reprennent : une de nos cousines a dû elle aussi fuir la RDC, mais les menaces ont continué en Ouganda. Ces gens ont le bras long, vous savez !

Les assassins toujours « libres »

« Nous avons donc vécu les premiers mois reclus, la peur au ventre ! Un médecin m’a aidée à m’accrocher à ce qui me restait : mes enfants. Ce sont eux qui m’ont véritablement sauvée », poursuit la veuve Pascal Kabungulu.

Ensuite, « le Canada a heureusement accepté notre demande d’asile. Nous sommes vraiment reconnaissants d’avoir pu refaire notre vie là-bas, malgré le vide et la tristesse laissés par l’absence de Pascal. Mais je ne vous cacherai pas que les débuts n’ont pas été faciles : je n’avais pas d’amis, pas d’argent, pas de travail et six enfants à charge. Il fallait tout reconstruire, ça a été dur, mais nous y sommes arrivés ! ».

A la question de savoir si sa famille poursuit le combat de Pascal Kabungulu, elle répond :

« A Bukavu, l’ONG de Pascal avait clairement redonné un sens au mot « justice. Je crois que mes enfants ont tous hérité de l’état d’esprit de leur père, il a été leur source d’inspiration à ce niveau. Pour ma part, je suis sage-femme de formation et j’ai exercé ce métier durant de nombreuses années, avant de fonder mon propre centre médical à Bukavu. Mon parcours a changé après la mort de mon mari et j’ai repris en partie son combat.

 En 2011, j’ai créé la Fondation Pascal Kabungulu qui vient notamment en aide à ceux qui, comme nous, sont les veuves et orphelins de défenseurs des droits humains ».

Pourquoi porter plainte auprès des Nations unies ? Elle justifie sa démarche :

« Cela fait dix ans que nous avons dû quitter notre pays pour vivre en exil, en laissant tout derrière nous. Et nous continuons à vivre dans la peur de représailles, tandis que les assassins de Pascal – qui ont pourtant été clairement identifiés – sont libres.

Après 10 ans de lutte acharnée pour faire avancer la justice de mon pays dans cette affaire, nous nous sommes rendus à l’évidence : le dossier a été clairement enterré en RDC et les Nations-unies sont aujourd’hui notre dernier recours pour obtenir justice ! Une décision du Comité des droits de l’homme devrait inciter les autorités à rouvrir l’enquête et punir les responsables de la mort de mon mari».

Elle exprime ainsi son espoir pour le futur :

« L’arrestation et la condamnation des responsables ne nous rendront pas Pascal, mais nous attendons des Nations unies et de notre pays qu’ils fassent justice, pour faire cesser la peur et l’impunité. Bukavu nous manque énormément. Je rêve d’y retourner un jour, de respirer l’air de ma ville, en sécurité, la tête haute, sachant que les assassins de mon mari ne pourront plus nuire. J’espère que ce jour viendra bientôt ! ».

[Donatien Ngandu Mupompa]


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