RDC : Génocide intellectuel

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image Evariste BOSHAB - Proffesseur d'universite en RDC et Member de la MP de "Joseph KABILA"

Des pratiques amorales dans les institutions académiques de la RDC. Il s’agit notamment de la vente des syllabus, l’enrôlement des étudiants avant la session moyennent paiement d’un certain montant, la remise des TP accompagnée des frais, et que sais-je encore. Pour mettre fin à ce désordre caractérisé qui s’est installé dans nos milieux universitaires,  la seule mesure est celle de sanctionner les autorités académiques dont le management s’avère déficitaire. Pour que les médiocres ne crient pas à l’arbitraire comme c’est l’habitude en RDC, il faut que le gouvernement signe un contrat de performance avec chacun des dirigeants nommés à la tête d’un établissement  universitaire ou supérieur. Ce contrat devra être suivi d’un contrôle rigoureux de sorte qu’en cas de mauvaise gestion avérée, les coupables soient traduits en justice.

Depuis quelques années, il s’est instauré des pratiques amorales dans les institutions académiques de la République démocratique du Congo (RDC). Il s’agit notamment de la vente des syllabus, l’enrôlement des étudiants avant la session moyennent paiement d’un certain montant, la remise des TP accompagnée des frais, et que sais-je encore. Outre ces frais exigés aux étudiants pendant l’année académique, il faut noter le paiement, par des parents, des frais académiques dont le montant se situe autour des 300 dollars américains. 

Pourquoi les parents dont les revenus sont déjà dérisoires doivent-ils payer des frais colossaux alors que l’Etat prend en charge le personnel académique ?  Pourquoi un étudiant régulièrement inscrit doit-il payer des frais pour  » s’enrôler  » avant de présenter sa session ? Pourquoi un étudiant est-il obligé d’acheter le syllabus (au contenu parfois creux) pour être sûr que le professeur corrigera son examen et au cas contraire, il ne doit pas réussir à ce cours ? Pourquoi un étudiant doit-il  payer de l’argent lorsqu’il dépose son TP ? Nous pouvons citer autant d’actes amoraux pour démonter à quel niveau les établissements universitaires et supérieurs provoquent, sans le savoir, un véritable génocide intellectuel dans le pays.

Il est vrai que toutes les sphères de la société congolaise sont atteintes de ce que nous pouvons appeler virus, mais les hauts milieux du savoir auraient dû faire la différence étant donné que c’est là où prestent les élites. Malheureusement la déliquescence n’a pas épargné nos  » alma mater « , ce qui est fort regrettable.

Ce qui est inadmissible dans cette situation est le fait que les universités et instituts supérieurs qui ont institué ces  » taxes  » indues sont des établissements publics pris en charge par le gouvernement congolais qui a fourni beaucoup d’efforts pour répondre aux revendications  des enseignants. Outre les salaires, modiques soient-ils, l’Etat a consenti de payer aux professeurs une prime substantielle pour compenser tant soit peu ces rémunérations insignifiantes. Tout calcul fait, les enseignants du niveau supérieur de la  RDC sont parmi les mieux payés de la sous-région de la SADC. Qu’est-ce qui peut alors justifier ce comportement liberticide des autorités académiques des universités et instituts supérieurs congolais ainsi  que des professeurs?

Il faut avouer qu’à la base il y a l’impunité qui fait que ces responsables se conduisent comme si ces institutions sont leurs biens privés à l’instar des promoteurs qui ont créé par-ci par-là des instituts supérieurs privés à faire rire. Aucun contrôle sérieux n’est fait sur la gestion des frais empochés par ces autorités académiques. Si les inspecteurs de l’ESU descendent dans ces établissements supérieurs c’est pour aller à leur retour les rançonner afin de se partager le butin qu’ils tirent du dos des pauvres parents saignés à blanc.

Si nous pouvons considérer le cas d’un établissement qui a inscrit au minimum 1000 étudiants dont chacun paie au minimum 250 dollars, nous avons là une bagatelle somme de 250.000 dollars. Que ne peut-on pas faire avec un tel montant ? Voyons dans quel état se trouvent la plupart de ces établissements ? Dans certains auditoires où les étudiants s’entassent en centaines dans un local lugubre à peine éclairé, il manque des micros et des baffles pour leur permettre de capter ce que le professeur dit. Quant à l’environnement du milieu n’en parlons pas. C’est de la crasse partout alors que les milieux universitaires devraient être des références en matière de salubrité.

Sanctionner les médiocres

Pour mettre fin à ce désordre caractérisé qui s’est installé dans nos milieux universitaires,  la seule mesure est celle de sanctionner les autorités académiques dont le management s’avère déficitaire. Pour que les médiocres ne crient pas à l’arbitraire comme c’est l’habitude en RDC, il faut que le gouvernement signe un contrat de performance avec chacun des dirigeants nommés à la tête d’un établissement  universitaire ou supérieur. Ce contrat devra être suivi d’un contrôle rigoureux de sorte qu’en cas de mauvaise gestion avérée, les coupables soient traduits en justice.

Sur le plan académique, ceux des responsables reconnus incompétents dans leur manière de diriger leurs entités doivent être tout simplement démis de leurs fonctions même s’ils ne sont pas au terme de leur mandat. Il s’agit par exemple de recteurs ou directeurs généraux incapables de respecter le calendrier académique dont on sait qu’il va du 15 octobre au 31 juillet. Sur ce plan, il est regrettable de constater que dans certains établissements la durée des années académiques n’est jamais connue, chaque faculté ou même  chaque département ayant  son propre calendrier, ce qui prouve le manque de leadership dans le chef des autorités qui dirigent lesdits établissements.

Si des profs, des chefs des travaux ou des assistants se permettent de vendre des syllabus et exiger des frais aux étudiants lors du dépôt des TP, c’est qu’ils se considèrent comme dans des territoires où la loi de la jungle a pris le dessus sur tout. Faut-il laisser de tels dirigeants incompétents et irresponsables à la tête de nos universités et instituts supérieurs ? Non, car l’émergence que nous voulons atteindre doit se préparer avec des hommes bien formés et non avec des diplômés aux têtes vides fabriqués de toutes pièces par des enseignants sans aucune éthique, ni moralité.

[Rombaut Ot.]


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