A Mascate : Le Premier ministre de RDC n’a pas convaincu

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image Augustin MATATA PONYO MAPON

Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a regagné Kinshasa après sa participation à la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement sur la réunion mondiale annuelle sur «l’éducation pour tous» (EPT). A Mascate, le chef du gouvernement congolais a présenté, sans convaincre, les "progrès accomplis" ces dernières années par le Congo-Kin "en matière de scolarisation et d’alphabétisation". Une fois de plus, l’homme a confondu les objectifs à atteindre et les réalisations accomplies.

Dans un communiqué publié par la primature, on apprend que le "Premier" Augustin Matata Ponyo a fait son intervention le mercredi 14 mai. En lieu et place de faire un état des lieux sur le chemin parcouru depuis 2000 - l’année du lancement des Objectifs du Millénaire -, le chef du gouvernement congolais a égrené des statistiques traduisant ce qu’il considère comme des performances réalisées en matière d’"éducation pour tous". 

Selon lui, le "taux brut" de scolarisation a progressé au Congo démocratique de 83,7 % en 2007, à 101 % en 2012 au niveau de l’enseignement primaire. De même, le nombre des personnes scolarisées est passé de 8,8 millions à 12,6 millions. 

Les observateurs ne manqueront pas de s’interroger sur les mécanismes qui ont permis au locataire de l’hôtel du Conseil d’obtenir ces chiffres dans un pays où le dernier recensement de la population remonte à 1984. Cette lacune constitue un vrai handicap pour savoir, au jour d’aujourd’hui, le nombre exact d’enfants scolarisés - au niveau de l’enseignement primaire - depuis le lancement des Objectifs du Millénaire (OMD). Il en est de même du nombre des personnes ayant appris à lire et à écrire sur un total de 70 millions d’âmes. 

Dans son speech, Matata a excellé dans la langue de bois en rappelant notamment qu’"il est essentiel de mettre l’accent sur l’éducation de base car, elle est le fondement d’une nation et assure la transformation d’une société". Ajoutant que "l’amélioration de la gouvernance dans le secteur éducatif garantit par ailleurs la qualité de l’enseignement". Il a assuré, au passage, que "l’éducation qui est la condition indispensable au développement économique et social d’un pays car elle permet un renforcement des capacités humaines, est une priorité en République Démocratique du Congo". Ouf!

Dans cette logique, il a cité quelques "actions" : la gratuité de l’enseignement primaire instituée en 2010; l’instauration de bourses d’études destinées aux jeunes filles; la fourniture de 18 millions de manuels scolaires; la promulgation d’une nouvelle loi-cadre de l’enseignement national ; la création d’une mutuelle de santé des enseignants. Sans oublier la sacro-sainte "bancarisation" de la paie des enseignants sur l’ensemble du territoire national. Selon lui, cette dernière opération "a largement contribué à l’amélioration des conditions de vie du personnel enseignant". 

A en croire Matata qui a semblé mettre l’accent sur la période allant de son avènement en 2012 à ce jour, "les dépenses consacrées à l’éducation sont passées de 6% du budget national en 2007 à 16,04 % en 2014". Grâce à ces moyens accrus, le gouvernement a notamment lancé, en avril 2013, le Programme dit de "reconstruction et de réhabilitation des infrastructures scolaires" (PRRIS). 

Se trompant encore sur l’objet de la réunion, Matata s’est attardé sur les "objectifs" alors que l’assistance attendait que les orateurs alignent les réalisations accomplies dans le cadre des OMD. Il a ainsi rappelé que son gouvernement s’est assigné l’objectif de construire ou réhabiliter 1.000 écoles sur l’ensemble du territoire national. Et de fredonner la rengaine selon laquelle, "180 écoles ont déjà été livrées à ce jour et 580 autres sont en chantier".

Les Objectifs du Millénaire ont été adoptés en 2000 à New York par les Etats membres des Nations Unies. Ces objectifs sont au nombre de huit : 

- réduire l’extrême pauvreté et la faim; 

- assurer l’éducation primaire à tous; 

- promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes;

- réduire la mortalité infantile; améliorer la santé maternelle; 

- combattre le VIH/SIDA, le paludisme et autres maladies; 

- assurer un environnement humain durable; 

- construire un partenariat mondial pour le développement. 

Le Premier ministre Augustin Matata Ponyo n’a pas vraiment répondu aux questions relatives au thème de cette conférence : "Education pour tous". Ces questions sont pourtant simples : Quel est le nombre exact d’enfants congolais ayant suivi un cycle complet de l’enseignement primaire depuis 2000 à ce jour? Quel est le taux de progression par année? Quel est le nombre des personnes alphabétisées au cours de la période considérée? 

On le voit, le "Congo libéré" est bien loin des attentes proclamées dans le cadre des OMD. Aucune excuse ne peut justifier ce hiatus d’autant plus que "Joseph Kabila" est à la tête de l’Etat depuis treize ans. A Mascate, Matata a parlé. Hélas, il n’a pas convaincu sur les "progrès réalisés".

Baudouin Amba Wetshi


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