Equateur : MWAMBA - BAENDE, les oiseaux de même plumage

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image Jean-Claude BAENDE - Ancien Gouverneur de l'Equateur

Ils reviennent. Ils ? Roger Mwamba, ancien député provincial Mlc converti Adh et ancien ministre, et Jean-Claude Baende, président de l’Adh et ancien gouverneur de l’ancienne grande province de l’Equateur. Le président de la République, Joseph Kabila, et « autorité morale » de la majorité présidentielle, a récemment - et inconstitutionnellement - nommé Roger Mwamba (dont le parti est membre de la Mp) « commissaire général » de la nouvelle province de l’Equateur, à la place de Jean-Claude Baende dont il a récusé, a-t-on appris, la candidature lui soumise par un ami de ce dernier, un influent bonze de la majorité présidentielle. Mais les Equatoriens sont loin d’être dupes. La « récusation » présidentielle n’est que de la poudre jetée sur leurs yeux. C’est voulu : « JCB » va re-diriger l’Equateur…par procuration. Et ce dernier tient à le prouver par un retour « triomphal » programmé à Mbandaka où il a décidé, dit-on, de rentrer s’installer en permanence. Madame la maire de la ville, l’Adh Annie Bomboko s’active pour l’accueil, comme d’habitude.

Roger Mwamba et Jean-Claude Baende font une bonne paire. Ils sont, comme on dit, des oiseaux de même plumage. Par leurs natures et par leurs parcours politiques…tumultueux. Je les connais. De nature, les deux sont de caractères bien trempés, excessifs (dans les comportements et les propos) et belliqueux. On les a vus à l’œuvre de 2009 à 2013, durant la gouvernance de Jean-Claude Baende. La majorité présidentielle, qui entre dans la logique de l’affrontement, ne pouvait pas trouver mieux. Les deux ont ainsi les profils idéaux pour le job, pour…la guerre qui doit être livrée aux adversaires. Et ces derniers sont nombreux à l’Equateur, le Pdc de José Endundo venant de s’y ajouter. La météo politique s’annonce-t-elle mauvaise ? Le futur de l’Equateur est-il « électrique »? Il y a grande probabilité.

Le rédacteur de ces lignes parle en connaissance de cause et tient à rappeler des faits. Rien que des faits. Pour l’intérêt de la province et pour l’Histoire. Et afin que nul n’oublie. A la première personne du singulier. En 2008, je suis nommé conseiller au cabinet en charge de la reconstruction par le gouverneur José Makila, sur proposition de Jean-Claude Baende, vice-gouverneur, un ami de vieille date. Suite à une succession de notes et des propositions appréciées par le gouverneur, celui-ci me promeut, quatre mois après, conseiller principal. L’ambiance de travail est sereine. Fin 2008, José Makila fait l’objet d’une motion de méfiance – à l’élaboration de laquelle Jean-Claude Baende a activement contribué - de la part de l’Assemblée provinciale et quitte sa fonction. L’intérim est de droit assumé par le vice-gouverneur.

Jean-Claude Baende ne se prend pas pour un…intérimaire et estime avoir désormais les coudées franches pour remodeler l’Equateur, à sa manière. Il se métamorphose, prend de l’assurance. Une faiblesse congénitale pollue aussitôt l’atmosphère dans la province : sa disposition à la brouille. Les « aînés », dit-il, ont fait leur temps et doivent laisser la place à la jeunesse qu’il estime incarner. Il ne les épargne pas et met son énergie à les « indisposer » ouvertement par ses propos et ses actes. En réaction, les « vieux » se liguent contre lui et s’investissement à lui mettre les bâtons dans les roues. Il réalise un retournement de situation en sa défaveur. Il est pris en étau. Etant parmi ses proches, il m’en parle régulièrement. Il est embêté. Je me vois en obligation…amicale d’agir. Je lui demande de m’autoriser d’entrer en contacter avec les « aînés » qui sont en forte « divergence » avec lui. Je reçois son accord. Je descends alors, en septembre 2009, en mission politique à Kinshasa. J’y passe trois semaines. Je fais le tour de la ville, rendant visite à différentes personnalités de l’Equateur – de l’opposition comme du pouvoir -, à leurs résidences ou à leurs bureaux. Les unes et les autres m’ont parlé avec franchise, détails et documents à l’appui, me montrant l’ingratitude et l’incorrection de Jean-Claude Baende. Les récriminations à son encontre sont nombreuses. Je prends la mesure du déplaisir leur causé par mon « ami ».

Ayant tout noté (l’exercice me rappelait non seulement la prise de notes de cours, mais surtout mon premier travail, de 1983 à 1985, de jeune rédacteur de séance à l’Assemblée régionale de Kinshasa sous la présidence de Mabanza Tukalakiese et où j’y suis entré par la bienveillance de Bofasa Djema, premier rapporteur de l’époque), je rédige mon rapport de « mission ». Je le fais parvenir, alors que j’étais encore à Kinshasa, à Jean-Claude Baende. J’ai préalablement tenu à le faire lire à deux de ses autres grands amis dont Léon Isokola, président national de son parti (Adh) à l’époque.

Je m’autorise aujourd’hui à en livrer ici quelques passages : « J’ai rencontré beaucoup de gens. Je te parlerai des uns et des autres verbalement plus tard. Je les repartis en trois catégories : les opposants, les neutres et les favorables (…) Dans la catégorie de personnes qui te sont hostiles, quelques élus de l’Equateur (sénateurs et députés nationaux) qui disent que tu es orgueilleux, suffisant et politiquement inexpérimenté. Ils te reprochent ton ingratitude à leur égard, de les minimiser, d’estimer pouvoir gouverner l’Equateur avec des non Equatoriens à qui, d’après eux, tu fais plus confiance ; que tu estimes avoir une plus grande influence politique dans tous les Territoires et Districts de la Province que tous les politiciens de ces contrées ; que tu crois également être le seul à pouvoir servir et défendre les intérêts politiques du président Kabila à l’Equateur ; que tu es très conflictuel et que tu divises les Equatoriens ». 

J’ai terminé mon rapport par plusieurs « amicales » recommandations dont celles-ci : « Fais désormais moins de discours très politiques (pas de polémique), mais beaucoup d’actions et de réalisations, en les répartissant équitablement entre le Sud et le Nord de la province. Celles-ci doivent être et demeurer tes plus solides soutiens ; améliore et raffermis tes relations avec quelques aînés politiquement plus influents ; installe un climat politique serein au niveau de la province. Rassure les proches locaux de l’ancien gouverneur Makila, au niveau de différentes institutions politiques provinciales. Car c’est avec eux que tu gères, jusqu’à nouvel ordre, la province. Tenir ainsi un discours sincère de réconciliation, appuyé par des gestes et actes concrets ; lors de tes prochains séjours à Kinshasa, prends le courage de rencontrer (en présence des témoins éventuellement) certains frères et sœurs de la province afin d’aplanir certaines divergences que l’intérêt supérieur de la province exige de réduire ou d’atténuer. Se parler en politique (sans nécessairement s’aimer) est une exigence. Bien à toi, Wina. »

Ma démarche (mission) et mes suggestions n’auront rien modifié dans l’éthique de gestion et le comportement de mon « ami ». Ce dernier montera encore de plusieurs crans dans son adversité avec…tout le monde. Et pour ne rien arranger, son élection comme gouverneur titulaire en décembre 2009 l’amplifiera davantage. Elu député provincial en 2006 et passé vice-gouverneur en 2007 par la volonté et l’aide financière de Jean-Pierre Bemba (et du Mlc) dont il était proche, le nouveau gouverneur, qui a rejoint la majorité présidentielle, somme tous ceux qui tiennent à garder leurs fonctions – au gouvernorat comme dans l’administration – d’adhérer dans son parti, l’Adh. Membre du Mlc, je suis également visé. Lors d’un déjeuner, en présence de Guy Inenge (député Mlc de Bolomba passé également à l’Adh), alors ministre provincial de l’Intérieur, Jean-Claude Baende s’adresse à moi, sans ambages : « Wina, tu dois de te définir. Tu auras mieux ailleurs que dans le Mlc qui n’a plus d’avenir. Bemba sera certainement condamné, pas moins de 20 ans de prison ». Ma réponse est aussi directe, sans périphrases : « Je suis et je reste dans le Mlc. On ne doit pas changer de partis comme des chemises ». La confiance a dès ce moment disparu. Je quitte le cabinet. Nos rapports deviendront froids, suspicieux sans encore être totalement rompus. On se fréquente encore. Jean-Claude Baende s’est approprié l’Equateur. Il affirme bénéficier d’une totale confiance de Kinshasa et ne fait plus qu’à sa tête. 

Le climat politique dans la province devient délétère et finit par se dégrader gravement. Venant de Dongo et ayant traversé plusieurs cités et villes sans une résistance de la part des Fardc, des insurgés Enyele, venant par le fleuve, débarquent à Mbandaka par le port Bankita le dimanche 4 avril 2010. Bien que sommairement armés, ils prennent, pendant une grande partie de la journée, possession de la ville (et de son aéroport) désertée par les militaires, surpris par les assaillants. Ces derniers seront neutralisés à la fin de la journée par les Fardc appuyées par les forces de la Monusco. J’estime très inquiétant la situation que je mets en relation avec la mauvaise ambiance politique dans la province. Je décide d’en montrer la gravité au gouverneur. L’attaque des Enyele s’est passée pendant son absence de Mbandaka. A son retour, je prends rendez-vous et j’arrive chez lui.

Alors que je souhaitais une conversation en tête-à-tête, Jean-Claude Baende n’y voit pas d’importance - n’étant plus parmi ses hommes de confiance, je l’ai compris - et me demande de lui parler en présence de ses trois autres visiteurs, Léon Isokola, l’homme d’affaires Mboyo Pélé Mongo et…Roger Mwamba. « Wina, tu m’as paru inquiet au téléphone. Qu’est-ce qui ne va pas ? », introduit-il. Je trouve la circonstance propice pour l’amener à prendre conscience de la gravité de la situation. « Gouverneur, je tiens à te parler avec sincérité et fraternité. Les Enyele ont débarqué à 200 mètres de cette résidence. Si tu étais à Mbandaka, ils t’auraient certainement tué. Tes prétendus soutiens politiques de Kinshasa seraient juste venus pour tes obsèques. J’estime que tu dois sereinement analyser les causes de cette insurrection. Et tu dois aussi constater que les services de renseignent de la province, militaires comme civils, ont failli s’ils ne sont pas complices. Car comment un groupe de gens peuvent-ils traverser la province, de Dongo jusqu’ici à Mbandaka sans qu’aucun de ces services n’ait été informé de leurs mouvements ? Il faudra aussi, comme je te l’ai écrit dans mon rapport, corriger tes rapports avec les leaders politiques de la province. Les Enyele peuvent être une expression, un épiphénomène de tes multiples brouilles. On ne sait pas qui est derrière ces Enyele ».

Cet entretien sera ma dernière rencontre avec Jean-Claude Baende que je n’ai plus revu, depuis 5 ans. Mes conseils n’ont pas changé un iota de sa conception du pouvoir. Perturbant, au fil des mois, la paix politique de la province, il a fallu à un moment, et ce fut un devoir – et en dehors de toute considération sentimentale, s’opposer à lui. Et on l’a fait, dans le contexte d’une opposition républicaine, démocratique. La suite est connue. Ses « dégâts » causés dans la province amèneront (finalement) Joseph Kabila à le révoquer en mars 2013.

Roger Mwamba a été ministre provincial de la santé et aussi ministre des Travaux publics de Jean-Claude Baende. Les Mbandakais cherchent en vain les traces de son passage à ces deux ministères. Mais ses empreintes, on les trouve ailleurs. L’opinion garde de lui le souvenir de l’homme de main du gouverneur, le petit soldat qui exécutait avec zèle les directives du chef. On l’a vu par exemple se précipiter d’aller démolir – et il l’a fait sans état d’âme - la maison en construction de l’homme d’affaires Bobo Boloko, un des grands entrepreneurs de la province, dès que ce dernier avait exprimé des ambitions politiques, électorales. Devenant de ce fait un redoutable adversaire du « roi de la province ». Il fallait dès lors « l’embêter ». Les Mbandakais se souviennent également du déguerpissement du député provincial Bouro Ekofo – auparavant très proche de Baende et qui s’en était éloigné, un « crime » de la part du gouverneur - qui louait une maison, propriété de la province, déguerpissement…sans préavis dont s’était occupé Roger Mwamba, mettant dans la rue en quelques minutes femme, enfants, meubles et autres effets de l’élu de Boende .

En 2011, Roger Mwamba doit aller à Bomongo, sa circonscription électorale, pour se faire enrôler en prévision des élections nationales programmées. L’homme estime ne pas devoir se déplacer pour cela, quand le chef de l’Etat et tous les autres Congolais quittent leurs maisons pour se soumettre à la même obligation. La folie du pouvoir pousse Roger Mwamba, incroyablement vrai, à faire déplacer les agents et le matériel de la Céni de…Bomongo à son domicile à…Mbandaka. Il est surpris en flagrant délit par les responsables locaux de la Céni, rapidement informés. Il est sanctionné de 5 ans d’inéligibilité (comme Jean-Claude Baende pour violences et fraudes électorales) et sa carte d’électeur lui est retirée. Il n’aura ainsi pas participé aux législatives de novembre 2011. Cet opprobre oblige le gouverneur à le faire partir du gouvernement provincial. L’inéligibilité de Roger Mwamba prend normalement fin en…2016. Peut-on nommer à une charge publique un citoyen dont la loi l’en exclut ?

Roger Mwamba n’a cure du respect de la loi. Elu en 2006 député provincial Mlc de Bomongo, il a quitté le parti et adhéré à l’Adh dont il était devenu, à une époque, son président provincial. Il perdait ainsi son mandat de député comme le veut la Constitution en ses articles 110 et 197 (celui-ci soulignant que l’article 101 s’applique, mutatis mutandis, aux Assemblées provinciales): « Tout député national ou tout sénateur qui quitte délibérément son parti politique durant la législature est réputé renoncer à son mandat parlementaire obtenu dans le cadre dudit parti politique ». Comme bien d’autres dirigeants du pays – suivez mon regard –, Roger Mwamba prend la Constitution pour un simple chiffon de papier. En novembre 2014, il y a un an, il débarque à Mbandaka avec ses 3 autres collègues anciens ministres et anciens députés provinciaux ayant également quitté leurs partis pour…l’Adh. De l’aéroport, ils se dirigent directement au siège de l’Assemblée provinciale. Celle-ci est en pleine séance plénière. Leurs suppléants y siègent pourtant et « valablement » depuis des années. Alors que ces derniers ne sont pas invalidés, Roger Mwamba et ses amis entrent dans l’hémicycle et s’installent. Et estiment être en droit de siéger, en flagrante violation du règlement intérieur de l’Assemblée provinciale.

Le président de l’Assemblée, Gotran Ibambe, la trentaine, les prie de quitter les lieux. Ils reviennent le lendemain et demandent de le voir dans son bureau. II refuse de les recevoir, n’ayant pas apprécié leur effronterie de la veille. Roger Mwamba et ses collègues font grand bruit dans son secrétariat. Gotran Ibambe ne se laisse pas intimider et appelle un colonel de la police qui arrive promptement avec un peloton d’hommes. Celui-ci estime n’avoir pas à s’expliquer avec les anciens « honorables » qui n’arrêtent de vociférer. A bout de patience, il les enjoint de quitter le bâtiment. Devant leur refus d’obtempérer, les policiers les bousculent violemment. Les images de cette triste scène ont fait le tour de la Toile et ont choqué tout le monde. On a, d’une part, déploré la légendaire brutalité et traitement dégradant dont s’illustrent les policiers congolais lorsqu’ils interpellent des personnes non armées et, de l’autre, l’absence de noblesse de la part des anciens députés qui se seraient évités l’humiliation en quittant dignement les lieux.

Roger Mwamba, un dur à cuire et égale à sa nature de « gladiateur », ne voulut pas se laisser faire, obligeant ainsi la cohorte de policiers à s’acharner sur lui en particulier. Et il avait fallu de peu pour que les « flicards » l’eussent entièrement dénudé (voir les images sur Youtube : « Quatre anciens ministres provinciaux de l’Equateur tabassés par des policiers »). Ses amis et lui seront amenés au commandement de la police de la ville et mis dans le même cachot où j’avais également été mis le 16 janvier 2013 sur ordre de…Jean-Claude Baende. J’y avais passé 4 jours. Amigos et prisons, incontournables « cases de passage » de tous ceux qui font la politique au Congo et en Afrique ?

Va-t-on revivre les violences verbales et physiques envers les habitants de l’Equateur, des commerçants, des députés, des ministres, des agents de l’Etat, des citoyens ordinaires ? Reverra-t-on des destructions des radios, des maisons, des voitures, des motos et autres biens des adversaires politiques ? Se mettra-t-on de nouveau à instrumentaliser les agents de la Justice, de la police et de l’Anr à des fins politiques personnelles ? La province de l’Equateur reverra-t-elle ses fonds et ses biens détournés impunément et les opérations-retour prendre encore de l’ampleur ? Roger Mwamba et Jean-Claude Baende se comporteront-ils différemment ?

[Wina LOKONDO]


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