RDC : Les ADF-NALU toujours actifs au Nord-Kivu

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image AdF/NALU - Rebelles ougandais

La cruauté, la peur dues aux massacres à répétition attribués aux rebelles ougandais des ADF et qui ne cessent d’endeuiller le territoire de Beni dans la province du Nord-Kivu sont devenues le quotidien des habitants de ce vaste territoire. Ces rebelles  sont de plus en plus actifs et continuent de défier les forces de l’ordre congolaises, les autorités y comprises. Le dernier cas de massacre remonte  à la nuit de mercredi 13 mai courant qui a vu tuer 23 personnes, après la visite du ministre de l’Intérieur Evariste Boshab.   

Depuis octobre, plus de 300 personnes – hommes, femmes, enfants – ont été massacrées dans ce territoire. Si les assassins n’ont pas changé leurs modes opératoires caractérisés par une cruauté d’une autre époque (les victimes sont assassinées à l’arme blanche (machette, houe, hache, marteau, couteau…, et parfois décapitées), ils n’hésitent pas à défier de plus en plus les autorités en massacrant les populations civiles au lendemain des visites de ces autorités.

Défi à Kinshasa

Fin octobre dernier, le chef de l’Etat Joseph Kabila effectue une visite de quelques jours dans ce territoire et promet d’éradiquer ces rebelles ougandais qu’il désigne comme étant ceux qui massacrent les populations de Beni. Alors que le chef de l’Etat y séjourne encore, une dizaine de personnes sont massacrées dans les localités de Bango et de KambiyaChui, des sites miniers fréquentés par des creuseurs artisanaux, comme en réponse à la déclaration de Joseph Kabila.

Le dernier massacre de 23 personnes est intervenu après la visite du ministre de l’Intérieur congolais, Evariste Boshab, pour tenter de calmer la colère d’une population exaspérée par des mois de violence.

Plusieurs attaques similaires ont été également signalées dans la province Orientale  où des dizaines de personnes ont été tuées en début d’année.

Kinshasa est en train de peaufiner  froidement des stratégies pour lancer une contre offensive à la mesure des défis que cette rébellion étrangère lui lance et du nombre de personnes massacrées depuis octobre 2014.

Mercredi 13 mai, le Bureau conjoint de l’Onu pour les droits de l’homme (BCNUDH) a présenté un rapport où il affirme que, selon ses investigations, entre octobre et janvier derniers,  » au moins 237 civils ont été exécutés par des combattants des ADF, dont au moins 65 femmes et 35 enfants « .

Ce rapport souligne que  » lors de l’attaque du 17 octobre 2014 à Eringeti, 10 enfants ont été égorgés et découpés à la machette, et au moins huit femmes ont été tuées à la machette, ce qui a été perçu comme un message clair pour la population que les assaillants n’épargneraient personne, y compris les plus vulnérables « .

Machettes, haches et marteaux

En janvier 2014, une offensive lancée contre les ADF par les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyée plus tard par la Mission de l’Onu (Monusco), a permis d’affaiblir cette rébellion qui a eu à perdre d’importants bastions. Toutefois, en raison d’un relâchement de ces opérations armées, les rebelles ougandais se sont réorganisés et ont repris du poil de la bête. Ainsi, en octobre, la série de massacres a-t-elle commencé.

Pour l’Onu, ces rebelles massacrent au moyen des machettes, haches, marteaux, couteaux pour faire peu de bruit et ainsi éviter d’alerter. Son rapport souligne que les rebelles de l’ADF auraient agi en complicité avec des  » militaires des FARDC (…) dans deux incidents ayant notamment conduit à l’exécution extrajudiciaire de 15 civils et à l’atteinte à l’intégrité physique de 12 autres « , ainsi qu’avec l’aide de chefs locaux.

Depuis ce temps, les rebelles multiplient des massacres et n’hésitent pas à s’attaquer même aux forces onusiennes. C’est ainsi que début mai, un hélicoptère de l’Onu a essuyé des tirs qui l’ont forcé à atterrir en urgence. L’appareil transportait le commandant de la Monusco, le général brésilien Carlos Alberto Dos Santos Cruz. Le lendemain, deux casques bleus tanzaniens et deux civils ont été tués dans une embuscade.

Face à cette violence de plus en plus croissante, la société civile et autres organisations non gouvernementales de Beni ont organisé des journées  » villes mortes  » illimitées qu’elles ont suspendues momentanément le 15 mai courant. En revanche, elles ont décidé de suspendre le paiement des taxes par la population locale, jusqu’à la fin de l’insécurité dans la zone, estimant que la population est dans une situation des démunis, selon le site web de radio Okapi.

Inhumation de 22 victimes

Entre temps, les vingt-deux corps des personnes massacrées qui étaient gardés à l’hôpital d’Oïcha chef-lieu du territoire, ont été remis par les autorités locales aux familles pour l’enterrement. Certaines victimes ont été inhumées à Oïcha même, d’autres dans leurs localités selon la volonté de leurs familles.

Peu avant, une messe a été dite en leur mémoire à la paroisse d’Oïcha. Les sources locales affirment que l’achat des cercueils a été pris en charge par les autorités pour faciliter les obsèques.

En attendant une suite favorable au cahier de charges soumis au vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Evariste Boshab, lors de son récent séjour à Beni, « les coordinations de la société civile demandent à la population d’observer une action, dite: ‘Filimbi’ pendant 5 minutes chaque jour à partir de 12 heures heure de Beni et les croyants vont prier pendant ce temps. ».

Rétablir la collaboration FARDC-Monusco

Les rebelles ougandais des ADF sont loin de s’avouer vaincus en dépit de l’élimination du numéro trois – Kasade Karume, tué en RDC, selon l’armée – et l’arrestation du chef de la rébellion, Jamil Mukulu, arrêté en Tanzanie. L’armée peine à venir à bout de cette rébellion expérimentée en guerre asymétrique.

Pour l’Onu, l’éradication de ces rebelles ougandais passe par une reprise de la collaboration entre l’armée et la Monusco, refroidie depuis début 2014 à cause d’un différend consécutif à la nomination par Kinshasa de deux officiers à la tête de l’Opération Sukola II contre  les rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Malgré des tentatives de renouer le dialogue pour enterrer la hache de guerre, les choses restent toujours au point mort, au dam de la population qui ne rêve qu’à voir rétablie la collaboration FARDC-Monusco.

Les Forces démocratiques alliées (ADF) sont une rébellion musulmane ougandaise présente dans le territoire de Beni depuis 1995. Ses rebelles qui disent s’opposer au régime de Yoweri Museveni  sont accusés de graves exactions contre les civils congolais principalement (meurtres, enlèvements, enrôlement d’enfants, pillages…) et d’exploiter illégalement le bois de la RDC pour un trafic très lucratif.

[Kléber Kungu]


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