RDC : Bilan controversé des opérations contre les FDLR

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image FDLR - Rebelles hutu rwandais, Est de la RDC.

Des sources militaires ont indiqué que, depuis le début des opérations au Nord et au Sud-Kivu, les Forces Armées de la RDC (FARDC) ont neutralisé 185 membres des FDLR. Parmi eux, 118 ont été capturés et faits prisonniers. D’autres ont été tués ou se sont rendus à la Monusco ou aux FARDC. Selon les mêmes sources, 96 ont été déjà rapatriés au Rwanda. En outre, les FARDC auraient repris le contrôle sur plusieurs villages, sans rencontrer aucune résistance de la part des FDLR. Selon certains observateurs, par exemple, au Sud-Kivu, les FDLR sont concentrées surtout dans le territoire de Mwenga, mais l’armée a commencé ses opérations en les attachant sur les hauts plateaux d'Uvira, plus à est, où elles sont moins nombreuses. À propos des membres des FDLR que les FARDC affirment avoir capturés, de nombreux observateurs doutent que tous aient été capturés lors de l’offensive. En effet, beaucoup de ces "capturés" se seraient rendus plus tôt, avant même le début des opérations et, entre eux, il y aurait même des simples civils rwandais. Les avancées de l’armée congolaise seraient surtout symboliques parce que, selon plusieurs sources, dans la plupart des cas, les FDLR auraient fui leurs villages et se seraient retirées dans la forêt avant même l’arrivée de l'armée. Les miliciens des FDLR auraient opté pour la stratégie du repli provisoire, évitant la confrontation directe avec l’armée.

Le 24 février, l’armée congolaise a entamé des opérations militaires contre les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé d’origine rwandaise et toujours actif dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC). Il s’agit d’opérations unilatérales menées par la seule armée congolaise, sans le soutien des forces de la Mission des Nations Unies en RDC (Monusco). Cette dernière avait promis un appui logistique, stratégique et opérationnel à ces opérations, mais elle l’a retiré après la nomination, par Kinshasa, de deux généraux, Bruno Mandevu et Fall Sikabwe, à la tête de l’opération, car elle les soupçonne d’être responsables de violations graves des droits humains commises dans le passé.

Plus d’un mois après le début des opérations, en dépit des affirmations triomphalistes des autorités militaires congolaises, les résultats pourraient être, en réalité, très modestes.

La version des autorités militaires

Des sources militaires ont indiqué que, depuis le début des opérations au Nord et au Sud-Kivu, les Forces Armées de la RDC (FARDC) ont neutralisé 185 membres des FDLR. Parmi eux, 118 ont été capturés et faits prisonniers. D’autres ont été tués ou se sont rendus à la Monusco ou aux FARDC. Selon les mêmes sources, 96 ont été déjà rapatriés au Rwanda. En outre, les FARDC auraient repris le contrôle sur plusieurs villages, sans rencontrer aucune résistance de la part des FDLR.

La version de la Société Civile

Cependant, des sources civiles ont fait état d’un bilan tout à fait différent.

Selon certains observateurs, par exemple, au Sud-Kivu, les FDLR sont concentrées surtout dans le territoire de Mwenga, mais l’armée a commencé ses opérations en les attachant sur les hauts plateaux d'Uvira, plus à est, où elles sont moins nombreuses.

À propos des membres des FDLR que les FARDC affirment avoir capturés, de nombreux observateurs doutent que tous aient été capturés lors de l’offensive. En effet, beaucoup de ces "capturés" se seraient rendus plus tôt, avant même le début des opérations et, entre eux, il y aurait même des simples civils rwandais.

Les avancées de l’armée congolaise seraient surtout symboliques parce que, selon plusieurs sources, dans la plupart des cas, les FDLR auraient fui leurs villages et se seraient retirées dans la forêt avant même l’arrivée de l'armée. Les miliciens des FDLR auraient opté pour la stratégie du repli provisoire, évitant la confrontation directe avec l’armée. En outre, les FDLR profiteraient du vide que, faute d’effectifs, l’armée laissé derrière elle après la reprise des villages. C’est ainsi que les FDLR reviendraient dans les villages qu’elles avaient abandonnés quelques jours auparavant.

Pour sortir de l’impasse

Ces constats soulèvent un certain scepticisme à l’égard des résultats de l’opération entreprise. 

Les FDLR sont principalement composées de petits groupes mobiles, qui se cachent facilement parmi la population et qui connaissent très bien la forêt. Selon plusieurs sources, si l’offensive devait se poursuivre pendant longtemps, l’armée congolaise pourrait rencontrer de graves difficultés tactiques et logistiques, avec le risque réel de s’enliser dans une impasse permanente.

Pour éviter cela, sur le plan national, il sera nécessaire de recourir à d’autres mesures complémentaires, telles que la consolidation de l’autorité de l’Etat sur le territoire par le renforcement des services des renseignements et de la police, la lutte contre le commerce illégal des ressources naturelles (minéraux, bois et charbon) qui permet au groupe de financer ses activités et l’adoption de mesures concrètes contre la circulation des armes et la complicité de certains membres de l’armée congolaise avec les FDLR. Sur le plan international, il sera nécessaire créer, au Rwanda, les conditions qui pourraient faciliter le rapatriement des membres des FDLR, tels que l’ouverture de l’espace politique aux partis de l’opposition, la liberté d’expression, le respect des droits de l’homme, l’indépendance et l’objectivité de la justice.

1. LES OPERATIONS MILITAIRES CONTRE LES FDLR

a. Début des opérations

Le 24 février, l’armée congolaise a commencé des opérations militaires contre les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé d’origine rwandaise, dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDCongo). Un officier de l’armée a affirmé que les opérations se déroulent dans le secteur de Mulenge, groupement de Lemera, territoire d’Uvira, dans le sud de la province du Sud Kivu. Des sources de la 33e région militaire indiquent que les militaires congolais ont déjà repris le contrôle du camp de Revo qui abritait ces combattants rwandais. Ce campement est situé à près de 30 Km de Lemera-centre. Le général Léon-Richard Kasonga, porte-parole de l'armée, a indiqué que trois FDLR ont été tués et deux capturés. «L'ennemi est en débandade. Les FARDC ne rencontrent aucune résistance majeure», a-t-il affirmé. Un observateur militaire a toutefois nuancé la portée de l'opération, soulignant que «cette zone n'est pas (...) connue pour avoir des FDLR, qui sont généralement (...) plus à l'ouest».

Il s'agit d'opérations unilatérales menées par les seules FARDC et commandées par le général de brigade Espera Masudi, sans l’appui des forces de la mission de l’ONU en RDC (Monusco). Cette offensive est la première à se concrétiser depuis que l'armée congolaise a annoncé, le 29 janvier, qu'elle allait cibler les FDLR. La Monusco avait promis un soutien logistique, stratégique et opérationnel, mais elle l'a finalement retiré, parce que Kinshasa a refusé de remplacer deux généraux, Bruno Mandevu et Sikabwe Fall, chargés de conduire les opérations, alors qu'ils sont, selon l'ONU, accusés de graves exactions. 

L’objectif de l’opération était d’atteindre les deux campements de Mulenge où est censé se trouver le colonel Fred Irakiza, présenté comme le plus gradé des FDLR au Sud-Kivu. L'offensive aurait donc duré plus de huit heures. Selon le porte-parole de l'armée congolaise, les rebelles hutus rwandais n'ont offert aucune résistance.

Cependant, selon plusieurs sources, le bilan de cette offensive serait plutôt modeste. Des témoins affirment, en effet, que les FDLR avaient, pour l'essentiel, déserté ces camps avant même l'arrivée de l'armée congolaise, envoyant leurs dépendants à travers la forêt en direction de Lubumba et ce, plusieurs jours avant l'offensive. Les combattants se seraient eux-mêmes réfugiés sur les hauts plateaux. Selon un expert de la région, «c’est une zone qu'ils connaissent extrêmement bien, ils peuvent rester cachés là des jours, en attendant que l’armée épuise ses ressources logistiques».

Le 26 février, les FARDC ont repris Mulenge et des villages environnants. Selon un officier de l'armée sur le front, les FARDC poursuivaient les rebelles des FDLR dans les grandes forêts où ils se sont retranchés. 

Le 26 février, les FARDC ont débuté leur offensive contre les rebelles rwandais des FDLR dans le territoire de Rutshuru au Nord-Kivu. Les opérations se déroulent actuellement sur la route Mabenga-Tongo. Des sources militaires font état de deux ou trois officiers FDLR capturés.

Selon un communiqué de la société civile du Nord-Kivu, l’armée congolaise a délogé les FDLR des villages de Kazaroho et Kirumba ainsi que de la Colline stratégique de Chahi, l’un des principaux bastions des rebelles rwandais. D’autres sources dans la région de Rutshuru rapportent que des affrontements ont également eu lieu dans les localités de Katale, Kitchanga, Mabenga et Kasali.

Le communiqué de la société civile indique qu’en territoire voisin de Masisi, on signale l’arrestation à Mwesso par les FARDC d’un officier FDLR identifié comme l’un des coordonnateurs du commandement des rebelles rwandais.

Le 27 février, pendant la nuit, l’armée congolaise a délogé, les FDLR de la colline de Mugogo, à 10 kilomètres a Nord-Ouest en groupement Rusayo, dans le parc des Virunga (Nord-Kivu). L’armé maintient la pression sur ces rebelles hutus rwandais aussi dans des régions où ils se sont concentrés, notamment en territoire de Nyiragongo et Rutshuru.

Selon un communiqué de la société civile du Nord-Kivu, les FARDC du 391e bataillon de l’Unité rapide de réaction (URR) se sont déployées sur l’axe Mutaho et Kanyatsi, respectivement en Groupements Kibati et Mudja. Ce déploiement vise, selon ce communiqué, à éviter toute éventuelle coupure de la route Rutshuru-Goma par les FDLR ou toute attaque surprise dans les groupements Buhumba et Kibumba, frontaliers avec le Rwanda.

Les habitants de Rukorwe et Karangara ont fui les combats entre l’armée congolaise et les rebelles rwandais des FDLR dans le groupement de Rusayo (Nord-Kivu). Selon des sources locales, ces déplacés sont pour la plupart des jeunes qui disent fuir à cause des menaces des FDLR qui les accusent de collaborer avec les FARDC ainsi que des agissements de certains militaires de l’armée congolaise qui les obligent à transporter le matériel militaire jusque vers les lignes de fronts dans le parc des Virunga. Dans la localité de Mugogo, en territoire de Nyiragongo, un jeune homme de 18 ans, qui transportait les effets militaires, est tombé sous les balles des FDLR. Un autre jeune homme utilisé pour la même tâche a été blessé. 

Le 28 février, les FARDC ont récupéré le village de Karhala, en chefferie de Burhinyi dans le Nord du territoire de Mwenga, au Sud Kivu. Selon des sources militaires, l’attaque a permis aux FARDC de détruire complètement le camp des FDLR à Karhala. Les rebelles n’ont opposé aucune résistance et se sont retirés vers Kigogo en chefferie de Lwindi. Aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée. Selon le commandant chargé des opérations de traque des FDLR, les militaires ont récupéré une arme AK 47, un groupe électrogène et un bidon de carburant. Les militaires ont ouvert des couloirs de sécurité et les centres de reddition pour les FDLR qui voudraient se rendre notamment à Lemera, Minembwe, Katala, Mugulu et Kasika respectivement dans les territoires d’Uvira et Mwenga.

b. Des FDLR capturés

Le 1er mars, à Goma (Nord-Kivu), le porte parole du Gouvernement, Lambert Mende, a affirmé que l’offensive lancée la semaine dernière a fait jusque là sept morts côté FDLR, dont quatre au Sud Kivu et trois au Nord Kivu. D’après lui, l’objectif de ces opérations est d’obtenir le désarmement forcé de ces rebelles rwandais, en les capturant ou en les contraignant à se rendre de force.

Lambert Mende a aussi présenté à la presse quarante trois combattants FDLR capturés au cours de l’offensive de l’armée congolaise. Parmi ces FDLR capturés au Nord et Sud-Kivu, figurent des ressortissants congolais. «On [a] 43 rebelles FDLR. Vingt-trois parmi eux se disent Congolais et vingt autres ont avoué être des Rwandais. Lorsqu’on additionne tous les chiffres qui viennent du Sud-Kivu, du Nord-Kivu et du Nord-Katanga, nous sommes à plus ou 93 FDLR qui ont été désarmés», a déclaré Lambert Mende, en précisant que les rebelles présentés à Goma seront mis à la disposition des instances judiciaires avec des statuts différents. Les Congolais seront considérés comme des insurgés, tandis que les Rwandais seront considérés comme des agresseurs étrangers et, donc, des prisonniers de guerre. 

Il est difficile de dire avec certitude si ces prisonniers ont tous été arrêtés pendant l’offensive et s’ils sont tous des FDLR. Au Sud-Kivu, par exemple, sur les trois combattants arrêtés, deux l’ont été avant le début de l’opération militaire. Et selon plusieurs sources, neuf autres personnes interpellées seraient de simples civils rwandais. Selon les autorités congolaises, parmi les combattants des FDLR arrêtés il y aurait au moins deux majors. Il s’agit de Clément Habimana, commandant de compagnie, et de Séraphin Zitonda, chargé de relations avec la communauté internationale et les ONG. Clément Habimana a été fait prisonnier le 26 février. Quant à Séraphin Zitonda, environ 41 ans, marié à une Congolaise, il aurait été arrêté à Mweso, dans le Masisi. 

Parmi les capturés, un officier des FDLR se montre farouchement opposé au retour, sans conditions, dans son pays d’origine. Il s’appelle Séraphin Zitunga. Il était arrivé en RDCongo en juillet 1994. Il avait 20 ans et n’avait que 8 mois dans l’armée. Dans un entretien avec les journalistes auprès de l’état-major des Fardc/Nord-kivu, l’officier rebelle rwandais pose des conditions pour leur retour au Rwanda. Parmi ces conditions, Séraphin Nzitunga cite le dossier lié à la sentence du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR): «Le TPIR a porté son jugement rien que pour nuire à un  camp. Il y a eu des crimes commis par les Hutus, mais également par le régime tutsi de Kagame. 

Il faut rétablir les Hutus dans leur droit». Séraphin Zitunga invite donc la communauté  internationale à observer la neutralité dans le traitement du dossier rwandais. Selon lui, elle ne doit pas continuer à voir seulement les crimes commis par les Hutus; mais elle est aussi censée condamner ceux commis et que continuent de commettre le FPR (Front patriotique rwandais) au pouvoir à Kigali. Sans quoi, soutient-il, les combattants Fdlr ne regagneront jamais le Rwanda. «Je n’ai aucune famille au Rwanda. Tous ont été massacrés. Et l’on me demande de retourner vivre dans un pays dirigé par ceux-là même qui ont décimé mes proches. Jamais je n’y retournerais. Je rentrerai au Rwanda quand on me dira qui a tué, décimé ma famille», a-t-il déclaré en guise de dénonciation des crimes commis par le régime de Paul Kagame. Le TPIR a été mis en place le 8 novembre 1994 par le Conseil de sécurité des Nations unies afin de juger les personnes responsables d’actes de génocide et d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda, ou par des citoyens rwandais sur le territoires d’États voisins, entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994. Son siège est à Arusha en Tanzanie.

Autre condition posée par Zitunga Séraphin pour le retour des Fdlr au Rwanda: l’application des accords d’Arusha. «Les deux parties (Ndlr: l’ancien Gouvernement rwandais et le Front patriotique rwandais) se sont engagées à se partager le pouvoir, pour que chacun ait au moins un mot à dire dans la gestion de la chose publique», fait savoir ce rebelle hutu rwandais. Le texte des Accords de paix d’Arusha (août 1993), dans l’annexe 30, dispose que le Gouvernement rwandais et le Front patriotique rwandais acceptent le principe de partage du pouvoir dans le cadre d’un Gouvernement de Transition à base élargie. Aux journalistes qui lui ont demandé pourquoi les FDLR n’ont pas déposé volontairement les armes, il a fait remarquer qu’il avait des préalables. Selon lui, le dépôt des armes était conditionné à l’ouverture des négociations entre la branche politique des Fdlr et le pouvoir de Kigali. Or, cette exigence est restée lettré morte. On ne pouvait pas déposer les armes dans ces conditions, a-t-il indiqué.

c. Poursuite des opérations

Le 4 mars, une accalmie relative a été observée sur les lignes de front, après cinq jours d’affrontements entre les FARDC et les FDLR dans les territoires de Nyiragongo et Rutshuru (Nord-Kivu). En effet, selon des sources militaires, l’armée congolaise a entrepris de consolider les positions reprises aux mains des rebelles rwandais. Durant les cinq jours des combats, les FARDC sont parvenues à reprendre le contrôle de Mugogo, situé au nord-ouest du groupement Rusayu, et de Kalake, en plein parc national des Virunga. A Rutshuru, les localités de Kadodi, Kazaroho, Nyabanira, Katwiguru, Kihito, Buramba, Makoka et le mont Chai ont été aussi récupérées par les FARDC. Pour l’instant, l’armée régulière intensifie ses patrouilles de combat et de reconnaissance dans le Rutshuru, non seulement contre les FDLR, mais également contre tous les groupes armés encore actifs dans la zone. Des sources militaires évoquent la nécessité de consolider les positions reconquises, avant d’envisager une autre progression vers les positions encore tenues par les rebelles.

Le 8 mars, les militaires congolais ont conquis un site occupé jusque-là par les FDLR. A cet endroit communément appelé «Ka lac», à cause d’un petit lac qui s’y trouve, les FDLR vivaient avec leurs familles. Ils y avaient même érigé un marché de vivres et de charbon de bois. D’après des sources dans la région, à l’arrivée des FARDC, les rebelles rwandais et leurs dépendants avaient déjà quitté les lieux. Ils se seraient dirigés à l’intérieur du parc des Virunga. 

Le 9 mars, l’armée congolaise a attaqué les rebelles rwandais des FDLR à Kamatembe, un important bastion des combattants FDLR en plein parc des Virunga (Nord-Kivu). Par ailleurs, dans le territoire de Rutshuru, les FARDC continuent à consolider leurs positions reprises aux mains des FDLR. 

d. Les déclarations de l’armée

Le 8 mars, dans la soirée, le porte-parole des forces armées de RDC (FARDC), le Général Léon-Richard Kasonga, a affirmé que l’armée a repris au moins sept localités du Nord et Sud-Kivu au cours du week-end, récupéré d'importantes quantités de munitions et du matériel de combat, et neutralisé 180 miliciens, dont 118 auraient été capturés. 

Le 13 mars, au cours d’une conférence de presse tenue à Goma (Nord-Kivu), le commandant de la 3è Zone de défense militaire, le général Léon Mushale Tshipamba, a révélé qu’environ 182 rebelles FDLR ont été neutralisés au cours des opérations menées au Nord et Sud-Kivu. Le général Léon Mushale a expliqué que parmi les 182 rebelles FDLR neutralisés, il y a des rebelles qui ont été soit capturés, soit tués ou se sont eux-mêmes rendus à la Monusco ou aux FARDC. Cet officier a indiqué que les FARDC ont récupéré une vingtaine de localités au Nord et au Sud Kivu. Au Nord Kivu par exemple, on note parmi les contrées récupérées: Kirumba, Kagondo, Kahumiro, Kabwendo, Mugogo, Lave 1 et 2, Kisimba 1, 2 et 3 et d’autres entités. Selon le général Mushale, les FARDC n’ont rencontré aucune résistance musclée de la part des FDLR. 

Le 27 mars, dans un communiqué, le Général Léon Richard Kasonga a affirmé que, depuis le lancement des opérations contre les positions des FDLR tant au Nord qu’au Sud-Kivu,  les Forces Armées de la Rdc (Fardc) ont neutralisé 185 éléments des Fdrl, dont 96 ont été rapatriés au Rwanda. Il a précisé que, en date du 23 mars, 105 FDLR et dépendants se sont rendus aux FARDC et que sept autres FDLR ont été capturés au cours d’une opération de nettoyage menée sur l’axe Kilembwe-Mabondo (Sud Kivu). Selon le même communiqué, le 27 mars, 11 FDLR capturés à Kilembwe et74 dépendants ont été acheminés à l’Etat- Major des Operations Sukola II à Bukavu. 

e. Les déclarations de la Société Civile

Le 9 mars, la société civile de Tama et Itala au Sud du territoire de Lubero exige que les opérations militaires contre les rebelles rwandais des FDLR soient organisées aussi dans ces deux groupements du Nord-Kivu. Dans un communiqué, elle indique que le groupe FDLR/Foca du colonel Kizito multiplie les exactions contre la population civile. Des sources de la société civile évoquent des tueries et pillages perpétrés par les FDLR/Foca dans cette zone, entraînant le déplacement des populations vers les milieux sécurisés par l’armée. Dans le village de Mukeberwa, situé dans le groupement Itala, les FDLR ont procédé à un couvre-feu, interdisant ainsi les entrées et sorties. Les combattants rwandais ont ravi des téléphones pour empêcher les habitants de communiquer.

Le vice-président et porte-parole de la société civile du Nord-Kivu, Omar Kavota, a dénoncé un déplacement des FDLR du Nord Kivu vers la Province Orientale. Ces rebelles rwandais quitteraient le territoire de Lubero en passant par celui de Beni pour se diriger vers Mambasa, dans le district de l’Ituri (Province Orientale). Le vice-président de la société civile du Nord Kivu appelle l’armée à empêcher tout mouvement des FDLR.

Le 16 mars, des habitants de Mwenga (Sud-Kivu) ont affirmé que les FDLR de Lwindi ont quitté le village et se sont dirigés vers Butezi, dans le même territoire de Mwenga. Les FDLR délogées des localités de Kigogo, Isopo, Kibumba… se sont enfoncées davantage vers l’intérieur du territoire, en direction de la forêt. 

Toutefois, d’autres habitants de Mwenga ont affirmé que, malgré l’opération militaire lancée par l’armée congolaise, les rebelles des FDLR sont encore présents dans leur territoire. Le nombre de rebelles capturés ne dépasse pas la vingtaine sur plusieurs centaines de ces rebelles présents dans cette contrée. Un groupe de rebelles FDLR a été aperçu vers la forêt d’Itombwe, dans le territoire de Mwenga, à la limite avec le territoire de Fizi. La population regrette que certains FDLR rentrent de nouveau dans des villages d’où ils avaient été chassés quelques jours plus tôt. Dans ces villages, ces rebelles rwandais paraissent à l’aise et ne donnent pas l’impression d’être traqués.

Le 19 mars, la Société Civile du Nord-Kivu a indiqué que les habitants de plusieurs villages situés au Sud de Lubero sont pris en otage par les rebelles rwandais des FDLR. Ces derniers leur interdisent de sortir de leurs villages. Selon des sources de la société civile, les combattants rwandais veulent utiliser ces populations comme bouclier humain, pour dissuader l’armée congolaise de les attaquer dans ces localités. Ce sont particulièrement les habitants de Luofu, Miriki, Kasuo et Bunyatenge qui sont pris en otage par les FDLR.

Le 26 mars, la société civile de Nyanzale, en territoire de Masisi (Nord-Kivu), a affirmé que les FDLR sont en train de retourner dans les localités, d’où elles avaient été délogées par les Forces armées de la RDC (FARDC). Selon les notables de Nyanzale, ces rebelles rwandais profitent des vides laissés par les FARDC une fois qu’une localité est libérée. Les habitants de Nyanzale disent être victimes des représailles de ces rebelles rwandais qui s’illustrent notamment par des actes de pillage, kidnapping, viol, extorsion et tueries dans les villages où les FARDC sont absentes. De nombreux humanitaires ont quitté la région à la suite du climat d’insécurité qui, selon la société civile locale, a dépassé les limites du tolérable depuis le début de l’opération militaire contre les rebelles FDLR. Les habitants de cette contrée n’ont plus accès à leurs champs et la plupart d’entre eux ont abandonné leurs habitations afin de trouver refuge dans les grandes cités de Rutshuru.

Pour sa part, le chef de la Monusco, Martin Kobler, a estimé que seulement le rétablissement de l’autorité de l’Etat permettra de résoudre durablement ce problème dans cette zone en proie à l’activisme des FDLR et des miliciens Maï-Maï. 

f. Quelle évaluation ?

Selon certains observateurs, les récentes avancées de l’armée congolaise sont davantage symboliques qu’autre chose. Car la plupart du temps, rapportent plusieurs sources, les FDLR désertent dès les premiers coups de feu, pour aller se retrancher en forêt. Puis quelques jours plus tard, "tout est à refaire". Les rebelles hutus rwandais avaient prévenu qu’ils ne combattraient pas, rappelle un autre expert. «Se sachant affaiblis, ils ont choisi la technique du repli», assure-t-il. Des rebelles constitués pour l'essentiel en petites unités mobiles et habitués à se camoufler au sein de la population. Résultat: de jour en jour, le problème se déplace, mais certains doutent de l'efficacité sur le long terme, et affirment qu’au fond les capacités opérationnelles des rebelles ne seraient pas véritablement affectées. Le bilan humain fourni par l'armée suscite également des réserves. Parmi les 118 prisonniers revendiqués le 8 mars, ont-ils tous été arrêtés pendant cette offensive? Certains affirment, à Goma, qu'une partie d'entre eux s'étaient déjà rendus. 

Selon certains analystes, les résultats de l'offensive de l'armée contre les FDLR se révèlent mitigés, car les miliciens tendent à éviter l'affrontement. «Le plan de départ des FARDC (armée congolaise) était de traquer les grands commandants des FDLR ou de les éliminer, pour que les hommes de troupe ne veuillent plus combattre», explique Josaphat Musamba, un analyste congolais. Seulement, il a fallu se raviser, car «la tactique des FDLR est d’éviter les affrontements, car elles se sentent un peu faibles sur le plan stratégique (...) car elles n’ont pas assez de troupes pour résister», poursuit-il. «Nous restons circonspects devant cette opération. Objectifs flous, stratégie floue, tactique floue... Il y a un risque (...) d’enlisement», résume un haut fonctionnaire de l’ONU basé à New-York. «On n’a pas de preuve que les personnes arrêtées sont bien des FDLR», confie un diplomate. Au Sud-Kivu, les FDLR sont surtout concentrés dans le territoire de Mwenga, mais l’armée les a attaqués plus à l’est, sur les plateaux d’Uvira, où les rebelles sont peu nombreux. Selon des sources militaires, les combattants des FDLR ont souvent déserté leurs positions sans combattre. «Quant aux FARDC, elles craignent le contact, car elles ont peu de renseignements sur les FDLR. De plus, elles ont des problème de formation, de matériel et de commandement», estime le haut fonctionnaire de l’ONU. 

S’il est vrai que l’armée a repris plusieurs positions des FDLR, il s’agit toutefois d’une prise symbolique car, à chaque fois, ces bastions étaient désertés. Plusieurs sources affirment que les FDLR avaient quitté les lieux bien avant l’arrivée de l’armée, pour se retirer dans la forêt. Le plus dur reste à faire, c’est-à-dire combattre les FDLR sur le terrain qu’ils connaissent le mieux: la forêt. Dès lors, l’armée congolaise ira-t-elle jusqu’au bout de cette traque? Selon plusieurs sources, si l’offensive devait durer, l’armée congolaise pourrait faire face à d’importants défis logistiques alors qu’elle se retrouve seule sans le soutien - notamment en essence et en rations alimentaires - de la Monusco. 

g. Les premières représailles des FDLR

Le 31 mars, dans la nuit, le chef de village Joseph Kambale et trois autres habitants ont été tués à Luhanga, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Kayna, au sud du territoire de Lubero (Nord-Kivu). Des sources de la société civile dans la zone attribuent ce meurtre aux rebelles rwandais des FDLR/Rudi, encore actifs dans la région. La société civile locale pense que ce meurtre serait un règlement de compte. D’après elle, le chef de village Joseph Kambale était parmi les leaders ayant beaucoup milité contre les exactions des FDLR dans la zone. Il avait plaidé pour le déploiement des FARDC dans cette entité pour mettre fin à l’insécurité.

Le 6 avril, trois officiers FARDC ont été tués dans une embuscade tendue par des présumés rebelles des FDLR à Mugando, en plein parc national des Virunga, dans le groupement Kamuronza dans le territoire de Masisi (Nord-Kivu). Selon des sources militaires, le colonel Raphael Bawili, commandant du 83ème sous-secteur FARDC à Masisi, un lieutenant-colonel chargé des opérations et un capitaine, opérateur de transmission, sont morts sur-le-champ. Leur jeep a été touchée par deux roquettes, indiquent les mêmes sources militaires, précisant que neuf autres militaires de l’escorte ont été blessés, alors qu’un dernier s’en est sorti indemne. Les victimes se rendaient à Karenga, groupement Kamoronza, pour récupérer une vingtaine de combattants rwandais des FDLR capturés la veille par les Forces armées de la RDC (FARDC).

2. DES RECRUTEMENTS ISLAMISTES AU KIVU AUSSI ?

Selon une récente édition de la revue "Les Nouvelles du Continent", des recrutements massifs et suspects de jeunes filles et garçons ont repris avec force au Nord et au Sud-Kivu, sous le label de la Muslim Defense International (MDI). Sous divers prétextes, notamment celui de bénéficier tantôt des bourses d’études pour une formation spécialisée à l’extérieur, tantôt celui de profiter d’offres exceptionnelles d’embauche, ou encore celui de suivre une formation coranique de haut niveau, des jeunes sont recrutés à coups d’argent et envoyés vers le Grand Nord du Nord-Kivu.

A en croire des rumeurs qui circulent avec persistance au Nord et au Sud-Kivu, les recrues sont envoyées dans des maquis situés dans le massif du «Graben», en territoire de Beni, non loin de la frontière ougandaise, où elles sont entraînées au maniement d’armes et à l’initiation à la foi islamique. On laisse entendre que les camps d’entrainement où finissent par atterrir les jeunes congolais seraient animés par des combattants islamistes ayant appartenu au M23 ou encore opérant sous la bannière de l’ADF. 

Par conséquent, on n’exclut pas l’hypothèse d’une connexion avec les Shebab planqués au Kenya et en Somalie et, pourquoi pas, les Djihadistes qui sèment la terreur au Cameroun, au Nigeria, au Mali, au Niger, en Libye et au Moyen-Orient. On croit savoir que les bailleurs de fonds se recruteraient dans les milieux islamistes. Car, depuis un temps plus ou moins long, des mosquées commencent à pousser, comme des champignons, dans des villages du Nord et du Sud-Kivu.

D’après "Les Nouvelles du Continent", les forêts du massif du Graben auraient déjà accueilli, dans le passé, de jeunes combattants islamistes recrutés au Kenya, en Ouganda, au Rwanda, au Soudan et même au Nigeria, pour des formations accélérées au métier des armes, avant d’être renvoyés dans leurs pays respectifs, aux fins d’intégrer des mouvements terroristes. 

Alors qu’au début, les recruteurs se méfiaient des recrues congolaises, le business s’en est mêlé et des jeunes originaires de Lubero, de Beni et même de Goma auraient rejoint les jihadistes, non seulement par conviction, mais surtout pour gagner de l’argent dans le commerce du bois et des minerais. Au Sud comme au Nord Kivu, des autorités provinciales mettent discrètement en cause le contingent pakistanais de la Monusco: «non seulement les Casques bleus pakistanais construisent des mosquées dans des villages reculés et font du prosélytisme, mais ils proposent des bourses d’études à des jeunes gens envoyés à l’étranger. Pour quelle formation? Dans quel pays? Nous n’en sommes pas informés». 

[Rete Pace per il Congo/Reseau Paix pour le Congo]


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