Reprise de la guerre en RDC : Le M23 veut empêcher le déploiement de la Brigade spéciale de l'ONU

Font size: Decrease font Enlarge font
image M23 = KABILA + KAGAME

Alors que le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, entame, du 22 au 24 avril 2013, une visite de travail en RDC, c’est le moment choisi par les rebelles du M23 pour embraser le front de l’Est de la RDC. Les autorités de la RD Congo ont accusé mardi 21 mai à Kinshasa la rébellion du « M23 et ses mentors » d’avoir attaqué les FARDC lundi 20 mai à Mutaho, à une dizaine de kilomètres de Goma (Nord-Kivu), « pour empêcher le déploiement de la Brigade spéciale d’intervention ». « Cette attaque manifestement préparée de longue date au regard des moyens humains et matériels projetés  par les forces négatives visait sans aucun doute à dissuader, voire empêcher le déploiement de la Brigade spéciale d’intervention des Nations unies instituée par la Résolution 2098 du Conseil de sécurité pour soutenir la pacification et la stabilisation de l’Est de la République démocratique du Congo », a déclaré le ministre des Médias Lambert Omalanga dans une conférence de presse.

Il a signalé que « des armes lourdes et plusieurs caisses de munitions en provenance de l’extérieur ont été récupérées dans deux positions avancées de l’ennemi passées sous le contrôle des forces régulières congolaises ».

Selon le bilan officiel, il y a eu « 15 tués et 21 blessés parmi les pseudo-mutins du M23, 4 morts et 6 blessés dans les forces régulières, 6 assaillants capturés par les FARDC et 2 autres, qui tentaient de fuir, capturés par la population civile qui les a remis à la Police nationale congolaise ».

« Parmi ces derniers, se trouve un mineur d’âge, un de ceux qui ont été recrutés récemment et formés sommairement par des instructeurs mis à la disposition du M23 par un pays de la région dont les démentis au sujet de son implication da ns la déstabilisation de l’Est du Congo ne trompent plus grand monde », a souligné le porte-parole du gouvernement congolais.

« Mettre fin au cycle des violences »

 Aux « fausses informations attribuant aux FARDC l’initiative des affrontements qui ont repris lundi à Mutaho », le ministre Mende a opposé « le démenti catégorique du gouvernement », accusant le M23 et ses mentors de chercher à « retarder l’avènement de la paix ».

« Le gouvernement dément catégoriquement cette assertion qui est devenue un lieu commun pour certains criminels endurcis et impénitents cherchant à nourrir les prétextes irrationnels brandis par les hégémonistes et prédateurs actifs dans la région des Grands Lacs pour revendiquer une sorte de droit d’agresser et  piller la République démocratique du Congo et confirme que le M23 et ceux qui le soutiennent dans la région ont délibérément perpétré cette attaque pour retarder l’avènement de la paix dans une région qu’ils ont mis sous coupe réglée de puis de longues années », a-t-il déclaré.

A cet effet, l’Exécutif congolais a « réitéré sa ferme résolution à continuer à recourir aux trois axes définis par  le président Joseph Kabila pour gérer et mettre fin au cycle des violences qui sèment la mort et la désolation dans les provinces du Kivu depuis 15 ans, à savoir l’axe diplomatique, l’axe politique et l’axe militaire ».

Il s’agit de « rechercher des solutions politiques et diplomatiques à la crise humanitaire et sécuritaire provoquée par l’agression sans renoncer pour autant à l’option militaire qui reste un droit inaliénable pour tout Etat victime d’une agression militaire ».

 « C’est le M23 qui a décidé de se retirer du dialogue en cours à Kampala et non le gouvernement. Le M23 et ses mentors ont attaqué les FARDC après avoir quitté délibérément la table de la rencontre de Kampala en y laissant les délégués  du gouvernement seuls avec la facilitation ougandaise », a fait remarquer son porte-parole.

« Le gouvernement assumera pleinement sa responsabilité »

Le ministre des Médias Lambert Mende Omalanga a illustré la bonne volonté de la RDC dans la recherche de la paix dans la région par la promulgation le 13 mai par le chef de l’Etat congolais d’une ordonnance portant création, organisation et fonctionnement du Mécanisme national de suivi et de supervision de la mise en œuvre des Engagements souscrits aux termes de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région signé le 24 février 2013 à Addis-Abeba (Ethiopie) par 11 pays de la région.

Il a également cité les concertations politiques nationales annoncées le 15 décembre 2012 par le président Joseph Kabila « dans le but de rétablir et consolider la cohésion nationale face au cycle des violences et les menaces récurrentes contre l’intégrité de la RDC ».

« Il appert donc assez clairement qu’à l’instar de tout gouvernement raisonnablement diligent, nous savons bien qu’aucune guerre ne se termine de manière durable que par l’usage exclusif de la force.

Ceci dit, il doit être bien entendu que le gouvernement assumera pleinement sa responsabilité de sauvegarde et de protection des populations congolaises, y compris par l’exercice de la coercition, c’est-à-dire l’usage des moyens militaires légitimes qui sont à sa disposition », a assuré le ministre Lambert Mende.  

Le M23 veut faire douter Ban Ki-Moon

La reprise des combats entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le M23 mardi 21 mai à 07h00 Mutaho, à 10 km de Goma a fait dire au gouverneur du Nord-Kivu que les rebelles veulent « faire douter » le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, attendu jeudi dans cette province.

« Le M23 a repris les combats au Nord-Kivu pour faire douter Ban Ki-moon qui arrive mercredi 22 mai  en RDC. Pour le M23, c’est une façon de le faire douter, de faire douter ses stratégies notamment l’Accord-cadre d'Addis-Abeba et la Résolution 2098 du Conseil de sécurité créant la Brigade d’intervention de la Monusco », a déclaré Julien Paluku.

Il a indiqué que les rebelles ont organisé une campagne d’intoxication « pour dire que le gouvernement a choisi une option militaire et qu’en faisant ce choix, il ne s’en prendra qu’à lui-même ».

 « Avec l’annonce de l’arrivée de la Brigade, le M23 s’était adressé aux parlements sud-africain et tanzanien, leur disant que, +si vous envoyez le contingent au Nord-Kivu, ils seront massacrés par nous+ », a-t-il rappelé lundi 20 mai au cours de l’émission « Dialogue entre Congolais » sur Radio Okapi. « C’est la rébellion qui a déclenché cette attaque contre les FARDC », a-t-il accusé.

Le porte-parole de l’armée régulière, le colonel Olivier Hamuli, a confirmé la reprise des combats et accusé les rebelles d’avoir attaqué des positions des FARDC dans cette localité, soutenant que la rébellion « a reçu un renfort en hommes et en armes venu de Kibati et Kibumba ».

Alors que des habitants de Mutaho faisaient état de détonations d’armes lourdes et automatiques, ceux du quartier Mugunga (à l’entrée ouest de Goma) disaient avoir entendu également des « crépitements d’armes venant du front ».

Le M23 désapprouve le déploiement de la Brigade d’intervention

Désapprouvant le déploiement de la Brigade d’intervention de la Monusco à l’Est de la RDC, le M23 avait promis de riposter en cas d’attaque.

« Nous, comme M23, nous n’avons pas le droit d’attaquer le contingent de l’ONU. Mais, s’ils venaient à nous attaquer, nous avons le droit de répondre, de riposter, (…) de nous défendre », avait déclaré en avril dernier le porte-parole militaire du M23, Vianney Kazarama.

« Il s’agit de l’option de la guerre que les Nations unies viennent de lever », avait réagi le chef politique du M23 Bertrand Bisimwa, au lendemain du vote de la résolution 2098 au Conseil de sécurité.

A BBC ; le président rwandais Paul Kagame a dit lundi 20 mai que « la solution à l’Est du pays est plus politique que militaire ».

Créée par la Résolution 2098, la Brigade internationale d’intervention  sera composée de 3.069 militaires (fournis par la Tanzanie, le Malawi et l’Afrique du Sud) qui seront déployés dans l’Est de la RDC.

Elle disposera d’un mandat offensif pour neutraliser tous les groupes armés qui insécurisent la partie orientale de la RDC.

Le Secrétaire général de l’ONU et le président de la Banque mondiale ont confié à Jeune Afrique qu’ils se rendent dans trois pays de la région des Grands lacs pour s’« attaquer aux cause profondes » des crises à répétition.

 « Nous nous rendrons en Ouganda, en RDC et au Rwanda pour rencontrer les dirigeants de la région et annoncer une série d’engagements précis propres à accélérer le développement et à consolider la paix. Il ne suffit pas de gérer les crises et les conséquences des hostilités. Nous devons nous attaquer aux causes profondes », ont-ils déclaré.

Ils ont expliqué que « cette visite commune, une première, est liée à un nouvel accord extrêmement important, l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en RDC et dans la région » qui consiste à « mettre fin à la succession de conflits catastrophiques qui ont déchiré la RDC ».

Estimant qu’« il faut aborder les choses sous un angle nouveau », les deux personnalités s’engagent à faire en sorte que l’Onu et la Banque mondiale « collaborent de plus près, selon des formules nouvelles, pour que l’application des volets de l’Accord se rapportant aux questions politiques et à la stabilité aille de paire avec le développement économique indispensable à une paix et une stabilité durables ».

« Un accord de paix doit rapporter des dividendes de paix. Nous devons aux habitants de la région des Grands Lacs de les aider à réaliser les aspirations qu’ils nourrissent depuis si longtemps : la fin des conflits, la scolarisation des enfants, le respect des droits des femmes, l’accès aux soins de santé et à des sources d’énergie durables, et des revenus et des perspectives d’avenir pour tous. C’est pour cette raison que nous sommes dans la région. Nous voyons, à l’horizon, de l’espoir pour les peuples de la région des Grand Lacs, et nous sommes déterminés à les accompagner tout au long du chemin », ont-elles encore déclaré.

Un test pour l’ONU

Depuis lundi matin, la rébellion du M23 affronte l’armée régulière (FARDC) à seulement 12 km de la ville de Goma. La Monusco affirme que les rebelles sont à l’initiative de l’offensive alors que le M23 déclare avoir voulu déloger une autre milice, les FDLR, de la zone de Mutaho. Le retour des combats dans l’Est du pays pourrait précipiter l’intervention la Brigade d’intervention de l’ONU, sur place depuis plusieurs semaines.

Lundi 20 mai, très tôt dans la matinée, de violents affrontements ont opposé les rebelles du M23 aux forces gouvernementales (FARDC). Les combats se sont déroulés autour de la zone de Mutaho, à une dizaine de kilomètres au Nord de la ville de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu.

Comme à chaque reprise des combats, il est extrêmement difficile de déterminer qui a tiré le premier ? La Monusco, la mission de l’ONU sur place, affirme que ce sont les rebelles qui ont attaqué les FARDC. Même son de cloche à Kinshasa, où le porte-parole de l’armée a déclaré que le M23 menaçait d’attaquer Goma depuis plus d’une semaine.

La rébellion explique, au contraire, que se sont les FDLR, un groupe rebelle rwandais, accusé de servir de milice supplétive à l’armée régulière, qui aurait mené une offensive aux environs de Mutaho (non loin de Kibati).

La bataille de Goma va-t-elle reprendre ? 

En novembre 2012, les rebelles du M23 avaient déjà occupé la ville pendant une dizaine de jours, sans presque combattre. Après plusieurs jours de pressions internationales, le M23 avait accepté de quitter Goma en échange des négociations avec le gouvernement congolais à Kampala. Des négociations au point mort depuis plusieurs mois.

Depuis novembre 2012, un nouvel acteur est venu changer la donne dans la région : la Brigade d’intervention spéciale de l’ONU. Devant l’échec de la Monusco, qui n’a pu empêcher la prise de Goma par les rebelles, l’ONU a souhaité « muscler » sa force, avec 3 000 nouveaux soldats et un mandat plus « offensif ». Cela sera-t-il suffisant pour lutter contre le M23, les FDLR et les dizaines de groupes armés Maï-Maï sur un gigantesque territoire composé de montagnes et de forêts ? Beaucoup en doutent.

La reprise des combats autour de Goma hier lundi, sonne donc l’heure de vérité pour la fameuse brigade, même si celle-ci n’est encore totalement prête. Une partie de troupes est désormais présente sur zone depuis plusieurs semaines. 

Le M23 accuse d’ailleurs le gouvernement d’avoir sciemment déclenché les hostilités pour précipiter l’intervention de la Brigade de l’ONU. Côté gouvernemental, qui attend beaucoup (peut-être même un peu trop) de cette brigade, on explique que c’est le M23 qui souhaite « tester » la réaction de l’ONU en lançant l’offensive hier lundi. Toujours est-il qu’il sera difficile pour la brigade de rester les bras croisés, si les combats venaient à se prolonger. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est d’ailleurs attendu dans la région ce mercredi 22 mai… la grande nervosité qui règne autour de Goma n’est donc pas un hasard.

En fin d’après-midi, hier lundi, la situation semblait s’être calmée sur le terrain, après l’intervention d’hélicoptères des FARDC sur zone, d’après témoins.

[avec Angelo Mobateli, Stanislas Ntambwe, Le Potentiel]


Cet article a été lu 7665 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0