Sultani MAKENGA : Un criminel de guerre à la tête du M23

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image Sultani Makanga

L’ex-colonel Makenga reste désormais le seul maître à bord du M23. Déchu, Jean-Marie Runiga n’a eu d’autre choix que d’emprunter une voie connue d’avance, sous l’escorte de quelque 700 éléments. De l’autre côté de la frontière, un autre rescapé est signalé : Bosco Ntaganda. Les deux vont rejoindre dans leur exil doré, des compagnons de fortune, notamment Jules Mutebusi et Laurent Nkunda. Bien connu de l’opinion, ce modus operandi confirme que Kigali est loin de se départir de son agenda hégémonique sur la RDC.

Le Rwanda ne pourrait pas bénéficier de si tôt de la présomption d’innocence dans l’insécurité qui prévaut dans l’Est du territoire national. Le régime en place à Kigali procède de la même manière pour maintenir le climat d’instabilité permanente dans les territoires congolais qu’il a toujours convoités.

Ses méthodes sont tellement connues qu’il est désormais possible d’anticiper sur les nouvelles séquences. Le dernier épisode en date est la scission intervenue au sein du M23. Exécutant un deal dont les contours sont un secret de polichinelle, Sultani Makenga, chef de l’Armée du M23, s’est révolté contre son chef politique Jean-Marie Runiga. Il lui a fait la guerre et réussi à l’évincer. Bien plus, il l’a contraint à l’exil vers le Rwanda.

Dans la foulée, il est également fait mention de la traversée de la frontière congolaise par Bosco Ntaganda après avoir combattu aux côtés des hommes de Runiga contre le clan Makenga. Qu’est-ce à dire : mis dans le même sac ? 

Des sources indiquent qu’au total, le contingent de l’aile Runiga qui a franchi la frontière congolaise le 16 mars 2013 serait composé de 700 hommes de troupe. Pour justifier leur déroute, Runiga et les siens évoqueraient le manque de munitions et les soins à apporter à plus d’une centaine de combattants blessés.

En véritable metteur en scène, Kigali a organisé un voyage de presse pour montrer comment il procédait au désarmement des rebelles congolais ayant trouvé refuge au Rwanda. Un tapage médiatique destiné à faire passer la carte de la transparence( ?).

Les fugitifs accusent le clan Makenga d’être de mèche avec Kinshasa et les FDLR. Difficile de le prouver, mais rien n’est, a priori, exclu. Un officier du camp Runiga, le colonel Baudouin Ngaruye est catégorique : « Nous sommes arrivés ici à cause de nos frères qui voulaient nous vendre à Kabila ». Question : « nous vendre à Kabila » signifie quoi ? L’autre interrogation qui taraude les esprits est celle de comprendre par quelle magie le M23 s’est retrouvé avec autant d’hommes de troupe au point de se scinder en deux groupes.

Vianney Kazarama, le porte-parole du M23 aile Makenga, se targue du ralliement de quatre cents hommes de Bosco Ntaganda à leur camp. Ce qui signifie que le clan Makenga garderait autant de combattants que ceux qui ont traversé la frontière, voire plus.

Pour les observateurs neutres de la région, il s’agirait d’un retrait, sans frais, des éléments du RDF ; ils rentreraient au bercail pour des raisons stratégiques, quitte à reprendre du service le moment venu.

Cette séquence du sort commun qui lierait Runiga et Ntaganda rappelle une autre qui l’a précédée avec d’autres acteurs, à savoir Mutebusi et Nkunda. N’ayant pas atteint les objectifs opérationnels assignés par le maître de Kigali, des seconds sont poussés au premier plan et les « improductifs » retirés de l’échiquier. Jules Mutebusi et Laurent Nkunda se tapent des jours paisibles alors que les victimes de leurs aventures meurtrières attendent toujours un hypothétique procès. L’agenda de Kigali n’a donc pas évolué. Il se décline comme de coutume avec des scènes faciles à prévoir.

Selon RFI les militaires du M23 « s’exprimaient assez librement face à la presse, avec les soldats assis autour d’eux, dans une localité située à une trentaine de kilomètres au Nord de Gisenyi ». Le contraire aurait surpris dans la mesure où, il vient d’être démontré que ces éléments se meuvent comme des poissons dans l’eau, entre les territoires rwandais et congolais.

Bref, toutes les créations de Kigali ont l’obligation de rentrer à la maison pour rebondir par après. Alors que l’entourage du général renégat Ntaganda affirme que ce dernier  chercherait à rejoindre le Masisi en contournant le volcan Nyiragongo, le porte-parole du gouvernement a, pour sa part, confirmé dimanche sur RFI que  « Le général mutin a traversé hier et il est aujourd’hui au Rwanda ».

Test de sincérité

Lambert Mende va plus loin, en déclarant : « Nous estimons que la République sœur du Rwanda devrait réaliser ses propres engagements qui consistent à ne pas faciliter la déstabilisation d’un pays voisin d’une façon ou d’une autre ». L’allusion est faite aux engagements pris dans le cadre de l’accord-cadre d’Addis-Abeba.

Ce test de sincérité met Kigali en position inconfortable. Il serait difficile pour Kigali de renvoyer des citoyens de souche  rwandaise qui se trouveraient en territoire rwandais. La Constitution rwandaise est claire à ce sujet. Kigali va se retrancher derrière cette disposition légale pour ne point livrer des éléments RDF qui ont servi sous les couleurs du M23. Il serait naïf de la part de Kinshasa de s’attendre à une quelconque extradition. Il n’existe pas, entre les deux voisins, d’accords d’extradition des criminels. Bien plus, Kigali n’est pas signataire du Traité de Rome créant la CPI. Les cas Laurent Nkunda et Jules Mutebusi en sont une parfaite illustration. A l’époque, Kigali a même profité de l’épopée Nkunda pour accuser Kinshasa de retarder l’abolition de la peine de mort.

[Le Potentiel]


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