Soutien au M23 : Pourquoi la Communauté Internationale ne sanctionné pas le Rwanda ?

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image Hollande, Obama et Merkel

Dans son Communiqué exigeant «des sanctions plus sévères de l’ONU contre le Rwanda et ses complices au sein du gouvernement congolais», l’APARECO souligne que « le peuple congolais ne s’explique pas comment la Communauté internationale se mobilise autant pour le cas de la Syrie aujourd’hui comme elle l’a fait hier pour la Libye et le Soudan, et qu’elle se montre aussi peu réactive lorsqu’il s’agit de la RDC alors que le conflit y perdure depuis plus d’une décennie et que l’on estime aujourd’hui le nombre de morts aux chiffres effarants d’une moyenne de 1500 morts par jour, 1000 femmes violées par jour et plus de 2 millions de personnes déplacées. Et d’après les chiffres de l’IRC et de l’ONU, 5 à 8 millions de Congolais ont été exterminés depuis le début de l’agression rwandaise en 1996 ». Pourquoi le Rwanda, premier responsable de cette tragédie n’est-il pas sanctionné ? Répondre à cette question, c’est aussi designer la responsabilité des Congolais eux-mêmes dans leur malheur.

On se souviendra que pour Platon et Aristote, la politique et la morale sont confondues puisqu’elles tendent toutes les deux vers le bien, que celui-ci soit personnel ou collectif. Mais il faudra attendre que Machiavel écrive « Le Prince » en 1513 pour que l’humanité comprenne qu’en politique, le résultat a une place prépondérante, et ce jusqu’à l’extrême. Pour lui, il faut abandonner toute considération morale pour prendre le pouvoir et maintenir cet état ; ce qui n’exclut pas la vertu de l’exercice politique, mais celle-ci est reléguée au niveau des apparences. Aujourd’hui, les apparences voudraient que les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux soutiennent l’hégémonie tutsi du Rwanda parce que dans ce pays, cette ethnie ou sous-groupe racial aura été victime d’un génocide. Pourtant, comme nous allons le démontrer, les Etats-Unis ont bien laissé faire le génocide que tous les dirigeants occidentaux semblent décrier aujourd’hui. 

« Le 11 janvier 1994, le général canadien Roméo Dallaire, commandant des Casques bleus au Rwanda, envoyait au siège de l’ONU à New York un câble dans lequel, sur la foi des informations d’un certain Jean-Pierre, il annonçait des massacres à venir. Au bout de la chaîne à New York se trouvait Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU alors chef des opérations de maintien de la paix » (Libération, 18 mars 1998). Laissons-le s’expliquer: « Lorsque ces informations nous sont parvenues, le Conseil de sécurité a été informé de ce qui se passait. Mon prédécesseur, Boutros Boutros-Ghali, est monté au créneau sur cette question du Rwanda et a tenté d’embarrasser la communauté internationale pour l’amener à agir. Certains pays membres du Conseil de sécurité avaient même de meilleures informations que nous, mais la volonté d’agir n’existait pas. La volonté politique nécessaire pour dépêcher une force n’existait pas » (Libération, 18 mars 1998). Or, comme l’a déclaré le général Dallaire, le 25 février 1998, lors de sa comparution devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPR) à Arusha, en Tanzanie, avec « une force équipée, mandatée, structurée avec pour objectif principal de s’opposer à toute personne armée qui tenterait de tuer les civils innocents, on avait un créneau de deux ou trois semaines où on aurait pu intervenir » (La Libre Belgique, 26 février 1998) et éviter le génocide.

Le génocide rwandais aurait pu être évité. Pourquoi ne l’a-t-il pas été alors ? Parce que le résultat que les Etats-Unis recherchaient dans le conflit rwandais était plus important que la défense des Tutsi contre un génocide prévisible et même annoncé. Le résultat recherché était de placer la rébellion tutsi du Front Patriotique Rwandais (FPR) au pouvoir. Comme l’a si bien observé un lecteur belge en parlant de l’intérêt des puissances occidentales dans la crise de la Région des Grands Lacs, « certains milieux de [ces pays] aimeraient bien recommencer le petit jeu fructueux du colonialisme par Tutsi interposés. Car ces Tutsi sont devenus des marionnettes dans les mains de groupes financiers. Et comme on ne peut plus utiliser de mercenaires blancs, on a trouvé des Noirs qui méprisent les autres Africains et qui les remplacent avantageusement (et de plus, c’est moins cher) » (Pan, 3 septembre 1998).

Pour atteindre leur objectif, les Etats-Unis, l’un des pays membres du Conseil de sécurité auxquels Kofi Annan faisait allusion et qui « avaient même de meilleures informations que l’ONU » sur ce qui se passait au Rwanda avant et au début du génocide, avaient intérêt à ce que l’ONU ne s’en mêle pas. L’administration Clinton ira jusqu’à interdire aux plus hauts responsables américains de prononcer le mot génocide, car le prononcer aurait signifié inviter de toute urgence une force onusienne au Rwanda et barrer la route du pouvoir au FPR. Ainsi, l’hyperpuissance planétaire avait réagi exactement comme le président François Mitterrand qui avait confié à des proches durant l’été 1994 : « Dans ces pays-là, un génocide, c’est pas trop important ». (La Françafrique : le plus long scandale de la République, Paris, Stock, 1998). C’est seulement après la prise du pouvoir par le FPR que le mot génocide sera enfin prononcé par l’administration Clinton pour légitimer l’hégémonie d’une ethnie minoritaire ou d’un régime allié.

Tant que les Etats-Unis auront besoin de la dictature tutsi rwandaise non certes pour les beaux yeux du dictateur Paul Kagamé mais pour leur propre agenda impérial dans la Région des Grands Lacs, ils fermeront les yeux sur tous les crimes que ce régime commet au Congo. Ainsi, cinq à huit millions de Congolais exterminés depuis le début de la sous-traitance de l’agression américano-occidentale par le Rwanda en 1996 ne pèsent pas lourd face à la politique que les Etats-Unis mènent dans la région. Pour revenir à Machiavel, tout en poursuivant un objectif criminel, les Etats-Unis sont tenus de soigner les apparences. Aussi, après avoir tenté d’étouffer la voix des experts de l’ONU sur l’implication du Rwanda dans la création de l’énième rébellion tutsi au Congo, le M23, l’hyperpuissance planétaire vient de décider de suspendre son aide à la formation militaire au Rwanda. 

Il y a cependant des limites dans les soins apportés aux apparences. Quand Paul Kagamé deviendra encombrant pour les Etats-Unis, ceux-ci le lâcheraient sans le moindre état d’âme. Le rôle de la diplomatie congolaise devrait donc consister à embarrasser les Etats-Unis en dévoilant le véritable visage de leur meilleur pion dans la Région des Grands Lacs, le plus grand criminel de l’histoire encore en vie. Malheureusement, à l’instar du pays, pris en otage par le plus grand Cheval de Troie rwandais au Congo, Joseph Kabila, la diplomatie congolaise ne peut réussir une telle mission. Faut-il pour autant désespérer ? Oui, quand on pense à la classe politique congolaise, pouvoir et opposition confondus, embourbée dans la politique du ventre et la politique spectacle.

Aux grands maux, les grands remèdes, dit-on. Ce qui se joue au Kivu, c’est bien l’existence même de la nation congolaise à laquelle les Congolais tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. A moins d’un coup d’Etat par des Congolais dont la fidélité à un Congo uni ne peut être remise en cause, seuls les évêques congolais pourraient aider la nation à faire bouger les lignes dans le sens de la justice. Qu’ils sortent de leur rôle traditionnel consistant à faire publier des «messages aux fidèles et aux hommes de bonne volonté » sur la crise multiforme de la société congolaise. Qu’ils dénoncent clairement l’agression américaine sous-traitée par le Rwanda. Qu’ils fassent au besoin un setting devant l’ambassade des Etats-Unis à Kinshasa. Qu’ils aillent jusqu’à faire une grève de la faim devant ce même ambassade s’il le faut. Qu’ils y restent nuits et jours. Qu’ils exigent ce que Joseph Kabila ne peut exiger par solidarité avec ses frères tutsi membres de l’actuel « Akazu » rwandais : la mise en place d’un Tribunal pénal international pour le Congo. Ainsi, les évêques congolais attireraient enfin les caméras des médias occidentaux, qui excellent dans l’art du mentir-vrai, sur le plus grand drame humain depuis la Deuxième Guerre mondiale, à savoir cinq à huit millions de Congolais qui sont morts et continuent à mourir dans la partie est de leur pays. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il a été décidé au Département d’Etat américain que « le Kivu fait partie du Rwanda ». 

Confrontée à sa propre opinion publique, l’hyperpuissance américaine, qui en dehors de ses frontières et surtout chez les « sauvages » d’hier ne s’embarrasse d’aucun scrupule, ne connaît et ne reconnaît aucun principe moral, aucun droit de l’homme, aucune règle du droit international, si ce n’est son « droit » à dicter sa loi au reste de l’humanité, lâchera son nouveau Joker dans la Région des Grands Lacs. Comme elle a lâché sans sourciller un certain Mobutu Sese Keko. 

Ceci n’est qu’un rêve. Le rêve d’un homme natif d’un pays aux immenses richesses source de misère. Le rêve d’un homme issu d’un peuple victime de la barbarie occidentale et de la folie de ses propres dirigeants. Mais peut-on s’interdire de rêver quand on n’a pas sa conscience tranquille face à la tragédie de son pays ? Yes, Evêques congolais, you can.

Nkwa Ngolo Zonso


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