RDC : Regain de tensions dans l’Empire Lunda

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image Princesse Yav Marilyn de l’Empire Lunda

Le trône de Kiamvu à Kasongo-Lunda réveille de nouveau les anciennes divisions entre les clans régnants, entre les différents prétendants, et aussi entre la coutume et l’administration. Ce regain de tensions a pour origine le décès le 23 juillet 2015 du dernier des Kiamvu, le 25ème de la succession depuis la fondation de l’Empire Lunda du Kwango-Kwilu par Mwiniputu Kasongo, en l’occurrence le Kiamvu Inana Masuku Panzu Mélage.

Pour rappel, le Kiamvu Inana est arrivé au pouvoir à la mort suspecte du Kiamvu Ibibabala Muteba Kadi Ferdinand en 2004. Son intronisation a toujours été contestée du fait qu’elle l’a obtenue, non à la suite de l’investiture coutumière, mais plutôt avec la complicité de l’administration. C’est ainsi que, pendant tout son règne, il n’a pas pu visiter ni investir les chefs, apparemment gêné par l’omniprésence morale de Frédéric Ibalabala Muteba Kadi Junior, le Kiamvu investi en 2005 selon toute la procédure coutumière séculaire des lunda, qu’ils soient à l’Est ou à l’Ouest du pays. A ces deux Kiamvu, l’un désigné par l’administration, l’autre par la coutume, il faut ajouter un troisième, Kumbu Kimona qui, lui, s’était tout simplement autoproclamé Kiamvu. Ainsi l’espace lunda du Kwango-Kwilu s’est-il retrouvé depuis 2005, sous la gouvernance coutumière de trois Kiamvu. La conséquence logique est que le pouvoir de Kiamvu s’est affaibli considérablement, puisque, que ce soit au niveau des chefferies, des groupements ou des villages, il y a eu dédoublement et parfois triplement des chefs. C’est cet état de choses que Munimazemba, le nommé Kabungu Nganda Kiala Madimba Nziamu Zole Elethère, veut corriger en vue, à l’occasion du décès du Kiamvu défunt, de réconcilier les clans régnants et de réunifier l’espace contrôlé par le pouvoir lunda du Kwango-Kwilu autour d’un Kiamvu reconnu par l’élite coutumière, la population et l’administration.

Dès le 26 juillet 2015, au lendemain de la mort du Kiamvu, Munimazemba, en sa qualité d’organisateur de la succession, de gardien de la cour et des insignes cheffaux et de président du conseil des Bankaka et autres Féticheurs de la couronne, a écrit au Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et Sécurité, pour rappeler la procédure coutumière de désignation du Kiamvu. Celle-ci consiste à convoquer et à réunir, sous sa présidence après les 40 jours de deuil, le conseil des sages et des notables coutumiers, pour confirmer la personne désignée par la coutume suivant un certain nombre de critères : la rotation des clans régnants, l’initiation aux coutumes et traditions, la compétence et la connaissance de l’histoire et des traditions, le souci de réconciliation, etc. après cette désignation, Munimazemba investit le nouveau chef Kiamvu et lui revêt bien sûr de tous les insignes royaux. Ce n’est qu’après cette cérémonie qu’il dresse un rapport à la hiérarchie administrative pour entérinement par un arrêté ministériel de reconnaissance.

Aujourd’hui, il se manifeste depuis 2005 une tendance vicieuse et dangereuse de l’administration qui, au mépris de la constitution et de la loi sur le pouvoir coutumier, s’accapare des prérogatives de la coutume. Des manœuvres sont en cours pour valider un candidat que Munimazemba n’a pas présenté. Ce dernier, dénonce, dans sa lettre du 22 septembre 2015 tous les désordres engendrés par le non respect de son rôle qu’on veut ignorer, et des critères de désignation, par l’ingérence de l’administration et des politiciens dans la procédure, la corruption que ces derniers ont amenée dans le processus ainsi que les ambitions démesurées de certaines familles régnantes.

Quoi qu’il en soit, Munimazemba a déposé dans sa correspondance du 13 octobre 2015 le rapport de ses consultations et de l’investiture irréversible de Ibalabala Muteba Kadi Junior. Il est temps que l’Etat agisse conformément à la loi, et qu’il s’abstienne de participer à la mort d’un pouvoir qui a fait ses preuves d’efficacité en tant que partenaire des pouvoirs publics (à suivre).

[Thomas Makamu]


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