Naufrage sur le lac Kivu : Le gouvernement provincial doit démissionner

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image Julien PALUKU KAHONGYA

22 disparus, 27 survivants, une dizaine d’internés, tel est le bilan provisoire du naufrage du canot rapide « Nyiragongo » sur le lac Kivu. Par souci de maximiser les recettes, malheureusement. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de familles qui sont ainsi endeuillées par cette nonchalance du gouvernement provincial. Lequel, sous d’autres cieux et par respect à ces vies humaines injustement perdues, devrait démissionner. « En pareille circonstance, la galanterie oblige », dit-on. En attendant, c’est un autre combat qui s’ouvre, celui de savoir qui indemnisera les victimes.

Vingt-deux (22 disparus), 27 survivants, pas de blessés graves et une dizaine d’internés  qui sortent un a un de l’hôpital, tel est le bilan provisoire du naufrage du canot rapide « Nyiragongo » sur le lac Kivu, deux heures après avoir quitté le port SNCC de Goma au Nord-Kivu (Est de RD Congo) sans avoir atteint sa destination, la ville de Bukavu (Sud-Kivu), lundi 30 novembre 2015.

En partance pour le Sud-Kivu,  l’embarcation en état inquiétant, mais ré-autorisée de naviguer, a fini par céder suite à la tempête, aux abords de l’île d’Idjwi. Avec à son bord 48 passagers avec des enfants.

Fatigués, transpirant, les yeux et visages reflétant encore l’angoisse du désastre, ces 26 hommes et femmes n’expriment qu’émotion et désolation. C’est tôt ce matin du lundi 30 novembre 2015 qu’ils ont pris place à bord du canot rapide « Nyiragongo », l’un des petits bateaux offerts, plus de deux ans déjà, par Kinshasa au gouvernement du Nord-Kivu. Formalités d’usage remplies, le capitaine lève l’ancre, destination : le Sud-Kivu.

Aux alentours de 9h00, une forte tempête secoue le canot rapide. La peur gagne les cœurs, la situation s’empire, le capitaine Bujiriri Kitambala, ne peut plus rien. Les vitres avant du bateau sont cassées par la forte tempête, souvent de coutume au niveau dit « grands lacs ».

C’est le déluge. L’eau pénètre sans arrêt dans le petit bateau, jusqu’à son affaissement. Dans la panique, les prières se multiplient, avant que les plus rapide, certains portant des gilets de sauvetage, se jettent désespérément dans l’eau.

« Chacun faisait le maximum d’efforts pour se sauver. Moi et ma petite sœur, nous avons fait presque deux heures sous l’eau avant que des pécheurs – sauveurs ne nous récupèrent jusque dans leur embarcation en bois, curieusement plus résistante », témoigne un prête, rescapé, qui a perdu son petit frère et sa belle-sœur qui venait de s’unir dans leur mariage cette même semaine.

Insensibilité aux naufrages

Dans la cacophonie et le sauve-qui-peut, une embarcation en bois communément appelée « Botte », se lance à la poursuite du canot « Nyiragongo », alertée par les cris de détresse des occupants.

« Ils ont crié, sonnés, c’est alors que nous avons compris qu’il y avait un danger. Nous sommes allés les rejoindre en sauvant ce qu’on a pu sauver », révèle, visage plein d’amertume, l’un des occupants de la « Botte », dont la bravoure a permis de sauver en tout 27 personnes dont un bébé qui, malheureusement, a fini par rendre l’âme.

« Je ne sais pas nager, mais je me suis jeté dans l’eau, suivant les autres, par peur de mourir dans ce bateau qui commençait à s’incliner, sous le poids de l’eau », raconte un rescapé, sérum en main sous son lit à l’hôpital provincial de Goma, où la plupart des rescapés ont été internés d’urgence pour les premiers soins.

Offert par le gouvernement central à la province du Nord-Kivu, le canot rapide « Nyiragongo », l’un des sept (7) bateaux offerts, venait d’être retiré de la navigation, il y a plusieurs mois, à la suite des multiples cas de naufrage dont le dernier en date est celui du 5 mai 2014.

A cette date, un autre canot rapide du gouvernement venait de sombrer, tuant 11 personnes sur les 17 à bord. Un accident qui était survenu deux semaines après le naufrage d’une barge de la SNCC avec 115 T de marchandises.

En septembre de l’année passée, le même bateau était sur le point de sombrer après que son moteur se soit arrêté de tourner.

Ce jour là, alors que nous étions à bord, vers 15h00, notre esprit s’est soudainement refroidi quelques dizaines de minutes avant que, finalement par la grâce divine, le moteur se ré-allume. Ce jour mémorable, nous n’avions pas les fameux « gilets » de sauvetage.

Ces gilets, ils en manquaient encore hier. Et ceux portés, en haillons et à certains endroits décousis, ne pouvaient pas faciliter la navigation sous l’eau. « Ici, se demandent des milliers de goméens (habitants de Goma) présents au port SNCC en compassion aux naufragés, la vie humaine passe après l’argent ».

« Plus de 1.500.000 Fc de taxe, pour rien »

Depuis des mois, ses canots rapides accusent un criant problème d’entretien. Personne n’a osé prendre l’initiative, en dépit des bénéfices engrangés par ces navires au Trésor public provincial.

« Nous avons fait plusieurs rapports à la hiérarchie et, à chaque fois, il nous était promis une suite, mais en vain », dénonce, sous anonymat, l’un des responsables maritimes. Pourtant, chaque jour, le gouvernement provincial perçoit plus de 1.500.000 Fc de taxe, allant de 500 à 900 Fc sur chaque passager. 

« Des espèces sonnantes et trébuchantes qui ne servent quasiment à rien. Si non, peut être que ces bateaux, qui finissent par céder dans le lac Kivu, ne le seraient pas », regrette Kulimushi Assan, un usager du lac Kivu.

Faisant fi de ces interpellations, tout en hypothéquant des milliers de vies humaines, le gouvernement Kahongya, s’est tout de même donné le luxe de louer à un tiers ce canot rapide « Nyiragongo ».

Qui indemnisera les victimes ?

Par souci de maximiser les recettes, malheureusement. Aujourd’hui, ce sont des dizaines de familles qui sont ainsi endeuillées par cette nonchalance du gouvernement provincial. Lequel, sous d’autres cieux et par respect à ces vies humaines injustement perdues, devrait démissionner. « En pareille circonstance, la galanterie oblige », dit-on.

En attendant, c’est un autre combat qui s’ouvre, celui de savoir qui indemnisera les victimes. Le gouvernement provincial par la bouche de son ministre en charge des transports a affirmé que les recherches des probables survivants et disparus se poursuivent sans glisser un mot sur les enquêtes, à l’instar de son gouverneur qui resté insensible à nos appels.


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