RDC : Twa et luba déterminés à cohabiter

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image Famille pygmées

Signe que Twa et baluba aspirent désormais à cohabiter, nous en avons rencontré – hommes et femmes –  dans le jardin communautaire en train de labourer joyeusement. Pour eux, ce jardin communautaire, qui est en réalité un champ où sont semés plusieurs produits comme le gombo, l’oseille, l’amarante est la véritable illustration de cette cohabitation tant vantée. Mais auparavant, les pygmées avaient peur de cohabiter en raison de la présence de la milice bantu. Toutefois, les bantu souhaitent que, pour une bonne cohabitation, les Twa sont appelés à atteindre le niveau d’instruction des bantu. Et maintenant que les enfants pygmées sont en train d’étudier, il n’y aura plus de prétexte à avancer pour refuser aux Twa d’épouser des filles bantu. Un des Twa, Muamba Bapupu, a accepté que ses frères ont accepté d’abandonner tout ce que les bantu considèrent comme mauvais comportement qui les empêchent de vivre avec eux. Parmi ces mauvais comportements, a-t-il dit, l’accoutrement.

Lassés et appauvris par des conflits intercommunautaires depuis 2014, les Twa et les bantous, principalement les baluba tentent aujourd’hui d’enterrer leurs « flèches » de guerre pour désormais forcer une cohabitation intercommunautaire que des humanitaires aident à concrétiser au prix de maints défis. Pendant deux jours (les24 et 25 novembre 2015), nous avons rencontré ces Twa ou Mbote et ces Luba. Ils nous ont exprimé leur  détermination à fumer le calumet de la paix.

Les Bambote ou Twa (pygmées) et les bantous que nous avons rencontrés dans les villages ou sites des déplacés : Mukondo, Ngoie, Nyemba, Muhuya, Katundu Kazana, Mwaluka n’ont qu’une seule chanson ou un seul discours : vivre en paix en communauté, en dépit de la précarité des conditions de vie. A leur côté, les humanitaires s’affairent à les aider à réaliser ce rêve en mettant en place plusieurs stratégies.

AVSI, Acted, AIRD, HCR, PAM, IRC s’activent pour tenter de colmater toutes les brèches et guérir ces plaies béantes occasionnées par des conflits intercommunautaires ayant causé beaucoup de victimes.

Les déplacés du camp de Mukondo, à 115 km de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika ne veulent plus entendre parler de retour à Sange, leur village d’origine. Le chef de ce camp, Ngoyi Bilambwe, un Twa de 57 ans, à la tête de 145 ménages, a déclaré que les pygmées vivent bien avec les bantous qu’ils ont rencontrés dans ce village.

A l’origine du conflit de ces deux communautés, le problème de mariage. Si les Twa donnent en mariage facilement et presque sans conditions leurs filles aux bantous, ces derniers refusent de faire autant envers les pygmées pour plusieurs raisons.

Une version confirmée par un commerçant, un muntu (bantou), Pierre Mutaki, en ajoutant sa propre histoire dramatique au cours de laquelle son épouse avait été tuée par des pygmées, alors qu’ils étaient partis vendre du maïs.

Intervention de Dieu

Cependant, pour cet homme, le retour de la paix n’est possible qu’avec l’intervention de Dieu et du gouvernement.

C’est le même discours de la paix et de la vie commune à Nyemba où vivent quelque 1 350 ménages constitués essentiellement des retournés. Ces derniers préfèrent demeurer à Nyemba aussi longtemps que les Twa et les luba peuvent vivre en paix et ensemble. Ils ont peur de rentrer car ils craignent les représailles des pygmées qui se cachent dans des herbes qui sont en train de pousser.

Quant aux mariages intercommunautaires, il estime qu’il n’existe aucun problème. Quant à la réconciliation entre les deux communautés elle relève de la responsabilité des chefs coutumiers. Et des chefs des villages.

Budjita Kyungu Ndaye,Twa à Nyemba depuis avril 2015 en provenance du groupement de Kinsukulu, a plus peur des représailles de ses frères pygmées que des luba. Ainsi souhaite-t-il que l’entente revienne le plus vite possible comme auparavant. A l’époque, se rappelle-t-il avec amertume, les bantous leur prenaient leurs femmes et leur faisaient payer des redevances. Un véritable esclavage.

A l’origine de ces conflits, la revendication des Twa de leurs droits d’être considérés comme des êtres à part entière.

Twa et luba déterminés à cohabiter

Signe que Twa et baluba aspirent désormais à cohabiter, nous en avons rencontré – hommes et femmes –  dans le jardin communautaire en train de labourer joyeusement. Pour eux, ce jardin communautaire, qui est en réalité un champ où sont semés plusieurs produits comme le gombo, l’oseille, l’amarante est la véritable illustration de cette cohabitation tant vantée. Mais auparavant, les pygmées avaient peur de cohabiter en raison de la présence de la milice bantu.

Toutefois, les bantu souhaitent que, pour une bonne cohabitation, les Twa sont appelés à atteindre le niveau d’instruction des bantu. Et maintenant que les enfants pygmées sont en train d’étudier, il n’y aura plus de prétexte à avancer pour refuser aux Twa d’épouser des filles bantu.

Un des Twa, Muamba Bapupu, a accepté que ses frères ont accepté d’abandonner tout ce que les bantu considèrent comme mauvais comportement qui les empêchent de vivre avec eux. Parmi ces mauvais comportements, a-t-il dit, l’accoutrement.

C’est à Ngoie, avec quelque 400 ménages pour 3 770 personnes, où la démonstration de la volonté de deux communautés de cohabiter était plus expressive.  Ici, la délégation des humanitaires était accueillie par des habitants -Twa et bantu – en une grande allégresse, conduits par le chef de groupement de Ngoie, Muamba Kiabatalanga Baruti II, un luba.

Twa et luba ont dansé joyeusement aux sons des chansons de sensibilisation invitant à la cohabitation, à la paix que diffusait un haut-parleur placé au-dessus d’une des Jeeps de la délégation des humanitaires.

Pour cet homme, il ne devait pas y avoir de conflit entre les Twa et les bantu car ils vivaient ensemble depuis leurs ancêtres. Luba et pygmées, assure-t-il, sont prêts à enterrer la hache de guerre. Il estime que le caractère ‘impartial appliqué par les humanitaires dans leur assistance auprès des pygmées et des bantu, sans discrimination ni injustice, est une bonne chose qui permet de ramener la paix et d’apaiser les esprits.

Les enfants aussi veulent vivre en paix

Les enfants, comme les élèves de l’EP Mulangi à Muhuya, n’aspirent qu’à une seule chose : la paix et la sécurité. Côte à côte dans une même salle de classe, Twa et luba ont le regard tourné vers une même direction : la vie communautaire dans la paix. Le temps est venu pour eux pour se consacrer aux études.

Ces enfants ont déclaré que se battre contre une autre communauté n’était pas une bonne chose et qu’ils devaient plutôt privilégier l’amour.

Si les deux communautés affichent leur détermination à désormais vivre  ensemble, il existe cependant une certaine méfiance entre les Twa et les bantous. Pour certains analystes avisés, les déclarations des uns et des autres de vivre désormais ensemble ne va durer que le temps de la visite de la délégation des humanitaires. Question, argument-ils, de donner l’impression aux humanitaires qu’ils peuvent compter avec eux, en vue de les pousser à ouvrir régulièrement et sans relâche leurs bourses…

Quoiqu’il en soit, les humanitaires continuent à multiplier les stratégies en faveur de ces défavorises et vulnérables. En plus des biens matériels qu’ils leur apportent pour rendre vivable leur vie, ils se mettent à les sensibiliser par des chansons d’amour, les invitant à cultiver désormais paix, à bannir la guerre. En plus, il existe des comités villageois de développement dans lesquels des leaders formés travaillent pour faire régner la paix au sein des villages.

Et, de Muhuya à Ngoie, chaque fois que la délégation atteignait un village, ce sont des Twa et des bantu qui se mettaient à danser au son de ces chansons. Reste, cependant, à savoir s’ils dansaient en raison du rythme des chansons ou à cause du message de paix et de cohabitation pacifique diffusé par ces chants.

D’ailleurs, il est prévu ce 1er décembre courant une marche de la paix qui sera organisée à Nyunzu et qui réunira Twa, luba, partis politiques toutes tendances confondues, confessions religieuses, pouvoir, opposition.

[Kléber Kungu]


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