André KIMBUTA : Un Gouverneur irresponsable !

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image André Kimbuta - Gouverneur de la ville de Kinshasa

Nous, SOS KINSHASA Asbl, venons de lire votre communiqué n°002/BGV/SECAB/LEM/2012 du 11 avril 2012 par lequel vous suspendez le lotissement de la pépinière de l’Institut des techniques agricoles de Mombele dans la commune de Limete.

Cet acte lu et publié à travers les médias audiovisuels devrait rassurer les Kinois et leur donner un motif de satisfaction sur votre gouvernance des biens du domaine public de l’Etat. Malheureusement, il n’en est nullement ainsi. Bien au contraire, votre décision renforce la conviction selon laquelle la plupart de vos actes sont contestables, donc sans effets sur la protection des infrastructures scolaires de notre ville. Ce communiqué est votre bouclier contre les protestations des Kinois sur votre gestion des biens du domaine public. Les Kinois demeurent convaincus que nombre de vos actes pris dans ce secteur contribuent à la déstructuration de Kinshasa.

En effet, Monsieur le Gouverneur, le 11 novembre 2011 par votre lettre n°SC/2078/BGV/Dircaba/Qss.Smi/2011 vous entériniez la tentative de spoliation de la Place Comète au croisement des avenues Kato et 24 Novembre dans la commune Lingwala initiée par ENGEN RDC avec la complicité du bourgmestre. Votre consentement sur l’implantation d’une station d’essence sur un terrain public viole les dispositions impératives de la loi n°74-148 du 2 juillet 1974 portant mesures d’exécution de la Loi n°73-021 du 20 juillet 1973 telle que modifiée et complétée par la Loi n°80-008 du 18 juillet 1980 portant régime général des biens, régime foncier et immobilier et régime des sûretés. Vous ne pouviez ignorer que ce Bourgmestre n’a pas la compétence de désaffecter un bien du domaine public de l’Etat.

Vous non plus, Monsieur le Gouverneur, ne disposiez de la prérogative d’aliéner un bien du domaine public relevant de votre juridiction sans l’adoption d’une résolution de l’Assemblée provinciale. Dès lors, quelle est la base légale de votre accord sur la désaffectation de Place Comète lorsque vous écriviez : «je vous autorise à engager la procédure (désaffectation et aliénation), conformément aux dispositions légales et réglementaire en la matière».

Ayant reçu une pluie de protestations, de menaces de poursuites judiciaires, le tout couronné par une instruction irrévocable du Président de la République, vous aviez, par votre lettre n° SC/134/BGV/Dircab/ass/smi/2011 du 7 février 2012, suspendu les travaux de construction d’une station de service sur cet espace. C’est à ce moment là que vous aviez requis d’ENGEN RDC, la transmission «sans délai, à la ville les pièces, documents et actes qui vous autorisent à effectuer ces travaux». Cette requête ne contredit-elle pas votre avis favorable préalable ou plutôt ne met-elle pas en lumière le fait que votre avis favorable préalable se serait fondé sur un dossier problématique ?

Nous référant à la hiérarchie des compétences, vous n’avez pas la prérogative de suspendre les effets d’un acte pris par le Ministre de l’Urbanisme et Habitat du gouvernement central. Vous devriez plutôt introduire un Recours Préalable en annulation de son Arrêté n°067/CAB/ MIN/URB-HAB/CJ/AP/2011 du 14 novembre 2011 portant désaffectation d’une portion de cet espace communautaire. Cet arrêté est illégal à double titre parce qu’il est pris en violation flagrante des dispositions légales relatives aux biens du domaine public de l’Etat ci-dessus et constitue une expropriation de compétences.

Le plus surprenant est le délai record de cinq jours au terme duquel toutes les autorisations ont été accordées, du bureau du bourgmestre, en passant par votre cabinet et la signature de l’Arrêté illégal par le ministre César Lubamba. Il a eu cinq jours calendrier. Incroyable ! Ces diverses administrations ont par cette diligence inscrit leur performance dans les livres de record de Guinness parce que personne ne leur reconnait habituellement cette rapidité de rendement. Cette réactivité météorite dans la délivrance de ces actes illégaux exalte à tort ou à raison une odeur nauséabonde de corruption.

Pendant que SOS KINSHASA Asbl se bat contre ENGEN RDC pour la réhabilitation de la Place Comète, voilà que la pépinière de l’Institut des techniques agricoles de Mombele fait aussi l’objet, à son tour, de spoliation toujours initiée par le ministre de l’Urbanisme et Habitat, M. César Lumbamba. Ses deux arrêtés illégaux sont entérinés par votre lettre n°SC/397/GPK/SEC.EXE/NGO/2012 du 23 mars 2012 instruisant votre ministre provincial des Affaires foncières d’accélérer son lotissement.

Vous devriez vous opposer à cette initiative de tricherie au lieu de vous servir de raisons fallacieuses sur l’insécurité aux environs de cet Institut pour justifier son lotissement. Vous avez la police provinciale sous votre contrôle, utilisez-la pour lutter contre cette prétendue insécurité. Usez de votre autorité pour réaffecter les centaines de policiers commis à servir de gardes du corps ou de gardiens de magasins et/ou de résidences privées. Il y a là un détournement du personnel public. C’est inacceptable !

Pourquoi devriez-vous vous opposer à ces quelques exemples de spoliation ? Qu’est-ce qu’une spoliation ? C’est simplement l’action de déposséder par violence ou par ruse. Les deux cas illustrent la ruse utilisée par le ministre Lubamba à travers les vrais faux arrêtés. Ainsi, en vertu des dispositions des articles 67 et 204 de la Constitution, vous devriez vous opposer à ces spoliations et tentatives de spoliation pour deux raisons majeures ;

L’abattage illégal des arbres sur la Place Comète, par ENGEN RDC. Seriez-vous parmi les pessimistes qui affirment que le réchauffement climatique n’est pas une réalité scientifique ? Or, la coupe des arbres est un des facteurs déclencheurs. Depuis une quinzaine d’années, le nombre d’arbres abattus dans notre ville est croissant. Il y a vingt ans, par exemple, Macampagne et Djelo Binza qui représentaient une des réserves vertes d’oxygène enregistrent aujourd’hui une diminution dangereuse d’arbres parce qu’abattus illicitement par des congolais nouveaux propriétaires. Cette destruction est accélérée par le phénomène Kata-kata des propriétés.

L’importance des arbres dans une agglomération ne se limite pas seulement à l’ombrage qu’ils procurent. Ils offrent également des réponses majeures à nos problèmes environnementaux notamment l’alchimie naturelle appelée la photosynthèse permettant aux arbres de transformer la plus immatérielle des choses le rayon du soleil en nourriture pour les insectes, les hommes, les animaux… l’absorption du CO2 et la restitution de l’oxygène. La présence massive des arbres permet également de réduire la chaleur emmagasinée par l’asphalte de 10°, outre, la protection de la peau contre les Ultras Violets. Ce n’est pas par pure fantaisie que des grandes villes comme New York possède Central Park, Londres a Hyde Park, Bruxelles est fière du Bois de la Cambre, Paris est orgueilleuse de son Bois de Boulogne, même Brazzaville justifie son surnom de la Verte…de nombreux arbres sont constamment plantés en bordure des routes et chemins urbains et maintenus pour procurer ces bienfaits. C’est dans ce but de bénéficier et de préserver les bienfaits de la végétation, dans la capitale que SOS KINSHASA Asbl, par son courage, et les Amis de la Nature et du Jardin, ont sauvé le Jardin Botanique de Kinshasa de la spoliation entreprise par le sujet libanais Ghassan, aujourd’hui expulsé de la RDC. Le 28 juin 2010, vous aviez participé à l’inauguration de ce seul parc de la ville et vous ne pouvez attribuer à personne d’autre cette action salutaire de protection de l’écosystème. Aussi, autoriser la construction d’une station service par l’abattage illégal des arbres est un acte irresponsable.

Pour l’Institut des techniques agricoles, l’initiative de son lotissement est criminelle. Comment comptez-vous concilier l’explosion démographique de Kinshasa avec 5,7% de taux de croissance moyenne annuelle avec la crise alimentaire internationale et nationale ?

Comment et par quels mécanismes comptez-vous trouver des solutions pour lutter contre la sous-alimentation des Kinois ? Pour votre gouverne, sachez qu’une des solutions est l’amélioration des techniques agricoles urbaines à travers la recherche en laboratoire et l’expérimentation sur la pépinière de cet Institut. Ensuite, ces techniques pourraient être adéquatement reproduites dans les autres provinces.

Faut-il rappeler ceux qui avaient créé cet Institut n’étaient pas des illuminés. Ils anticipaient la demande toujours croissante des besoins alimentaires végétaux primaires des citadins et de ceux destinés probablement à l’exportation. Ne dit-on pas que gouverner c’est prévoir ? Par ailleurs, cet Institut est aussi à même de former des paysagistes et d’horticulteurs urbains pour redessiner et redorer le paysage d’aujourd’hui Kin-la-poubelle.

Détruire cet institut pour y ériger des bâtiments qui n’ont aucun rapport avec la quintessence de sa vocation est une faute de gouvernance. Le ministre Lubamba qui a commis ces actes contre lesquels vous devriez vous insurger. Vous aviez préféré instruire votre ministre provincial des Affaires foncières, Urbanisme et Habitat d’exécuter ces arrêtés en violation flagrante des lois et règlements en vigueur. Vous n’aviez pas sauvegardé les intérêts de notre cité et de nos enfants. C’est inadmissible !

Nous, SOS KINSHASA Asbl, militons pour l’amélioration des conditions de vie des Kinoises et Kinois, et exprimons notre gratitude à l’égard de Monsieur le Président de la République pour ses décisions de maintenir l’ITA dans sa superficie originelle et de réhabiliter la Place Comète. Nous attendons de vous, Monsieur le gouverneur, d’entamer la réhabilitation de l’Institut des techniques agricoles en lui procurant des instruments didactiques pour améliorer qualitativement et quantitativement la production agricole de notre province. Nous vous demandons également de cesser de gouverner par des communiqués de presse lorsqu’il s’agit de couvrir votre propre responsabilité dans les actes administratifs dénoncés ci-dessus.

Kinshasa, le 25 avril 2012

Ornelie LELO

Chargée de la Communication

Leny Ye Nkoy ILONDO

Président


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