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RDC : Un opposant politique rejette les élections et propose le soulèvement populaire

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image Honore NGBANDA lors d'un entretien, 11 Mai 2014

"Au moment où nous parlons il y a plus de 2 millions de Congolais qui sont chassés de leurs terres à l’Est du pays. Et il y a des millions de Rwandais qui sont entrés sur notre territoire pour les remplacer. Les Congolais n’ont pas de cartes d’identité et les rwandais qui sont entrés vont pouvoir voter à la place des Congolais ! Et l’on appelle cela «élections»?" «Des élections ne peuvent avoir lieu dans un pays où les combats ont forcé deux millions de personnes à fuir leur domicile dans l’est, et où des combattants étrangers continuent à s’infiltrer, malgré le contrôle par l’ONU des frontières et des aéroports», s’insurge Honoré Ngbanda. Pour le président de l’Apareco (Alliance des Patriotes pour la Refondation du Congo), «c’est d’une réaction populaire, et non des élections, que le pays retrouvera sa souveraineté». Une réaction qu’il voit se dessiner: «En janvier, à Kinshasa, des manifestants qui réclamaient le renvoi des Rwandais ont été dispersés. La semaine dernière, toujours dans la capitale, c’est lors d’un match de football qu’une manifestation similaire s’est déclenchée spontanément».

Entretien de Mr Honoré Ngbanda avec Mr Philippe Leruth journaliste au Journal l’AVENIR de Belgique

Philippe Leruth : Bonjour Président et d’abord merci de me consacrer ces quelques minutes. En principe en RDC devait se dérouler à la fin de ce mois des élections locales et régionales, elles sont reportées ; ne craignez-vous pas que tout le processus électoral en fait soit  enraillé ? 

Honoré Ngbanda : Le processus électoral en RDC ne m’intéresse pas. Dans chaque pays, lorsqu’il y a une crise, il faut comprendre les paradigmes, les origines qui fondent l’essentiel de cette crise. Vous êtes journaliste  vous disposez des renseignements, vous savez donc surement que la crise qui perdure au Congo(RDC) n’est pas la crise de la démocratie. Partout au monde on n'applique la démocratie que lorsque le peuple est déjà souverain. Votre pays (la Belgique) a colonisé le Congo pendant plus d’un siècle. Durant toute cette période,on n’a jamais organisé des élections au Congo-belge. Pourquoi ? Parce que ce régime-là n’était pas un régime démocratique !

Et vous savez bien qu’aujourd’hui au Congo,ce ne sont pas les Congolais qui dirigent leur pays. Vos services de renseignements le savent bien.Ils savent que celui qui est à la tête de la RDC n’est pas un congolais.Ils savent que ni l’armée, ni la police  aujourd’hui ne sont dirigées par des Congolais. La sécurité du pays ne se trouve pas entre les mains des Congolais. C’est un régime d’occupation que nous connaissons. Et puis, quand vous parlez des élections chez vous, dans vos pays, avant de les organiser, vous connaissez d’abord le nombre des Belges qui vont se rendre aux urnes pour voter. Mais en RDC, connaissez-vous un Congolais qui a une pièce d’identité? Connaissez-vous la carte d’identité des Congolais aujourd’hui ? Non, les congolais n’ont pas de pièces d’identité ! Nous connaissons actuellement une crise identitaire à l’estde notrepays. Au moment où nous parlons il y a plus de 2 millions de Congolais qui sont chassés de leurs terres à l’Est du pays. Et il y a des millions de Rwandais qui sont entrés sur notre territoire pour les remplacer. Les Congolais n’ont pas de cartes d’identité et les rwandais qui sont entrés vont pouvoir voter à la place des Congolais ! Et l’on appelle cela «élections»? Nous, nous sommes préoccupés par autre chose, par notre pays qui est occupé ; et nous estimons que nous devons d’abord nous occuper de ce problème sécuritaire et de la souveraineté du Congo. C’est ça qui m’intéresse et qui intéresse le mouvement que je conduis.    

Philippe Leruth : Mais pour résoudre la situation vous aurez sans doute besoin d’un appui de la communauté internationale, la sentez-vous suffisamment attentive à ce qui se passe actuellement en RDC ?

Honoré Ngbanda : Je sais que la communauté internationale est non seulement pas attentive,mais elle est surtout complice de ce qui se passe chez nous. Parce que si vous remontez aux origines de l’agression qui a eu lieu en 1996, vous constaterez que ceux qui avaient armé le Rwanda pour attaquer le Zaïre à l’époque ce sont ceux qui dirigent aujourd’hui la communauté internationale. Votre pays (la Belgique), la Grande Bretagne et les USA étaient impliqués. Les grandes puissances occidentales étaient derrière cette agression de la RDC. Aujourd’hui concernant les pillages qui se passent à l’Est du pays,les experts de l’ONU ontétabli la liste des sociétés impliquées dans ces pillages. Ce sont des sociétés qui appartiennent à des puissances qui dirigent la communauté internationale. Je ne suis pas naïf, je connais cette réalité. C’est pour cette raison que ma priorité aujourd’hui, c’est de mobiliser le peuple congolais pour qu’il prenne conscience decettesituation. Car, lorsque ce sera totalement le cas, la communauté internationale sera obligée de suivre la voie et la volonté du peuple congolais. Moi je ne m’intéresse pas à la communauté internationale parce que la communauté internationale ne s’intéresse pas aux intérêts propres du Congo.

Aujourd’hui on parle de 10 millions de morts en RDC, concernant les femmes que l’on viole on établit le chiffre de 1000 viols par jour,  mais l’ONU est sur place ! Pendant 15 ans dans cette région en crise, toutes les milices qui se battent là-bas se battent avec quelles armes ? C’est une région enclavée, on ne fabrique pas d’armes sur place, mais durant 20 ans,les armes entrent quand même. Pourtant l’ONU est là et elle occupe tous les aéroports et toutes les frontières de cette partie du pays. Je ne suis pas un enfant de cœur, je sais que la communauté internationale est complice. Je ne compte donc pas sur elle et je suis plutôt occupé à mobiliser le peuple congolais. Et aujourd’hui je suis content parce que dans la diaspora comme à l’intérieur du pays, le peuple congolais est véritablement en train de prendre conscience de la situation. Le combat peut prendre 6 mois, 8 mois et plus ; cela importe peu, parce que de toute manière, votre processus électoral ne marchera pas.  Parce que les rwandais qui occupent le pays n’ont pas envie de quitter le Congo. Kanambe qui se fait appeler « Kabila » ne quittera pas le Congo et vous allez entrer dans une épreuve de force avec lui. Mais pour nous, notre problème n’est pas seulement la tête de Kabila ou son départ. Notre véritable préoccupation est ce paradigme de notre souveraineté.Et cela relève de la responsabilité du peuple congolais qui doit s’assumer. Exactement comme chez vous. A un certain moment de votre histoire,le peuple s’était levé quand il a constaté que les politiques n’étaient plus capables de défendre la souveraineté du pays. Il y a eu des révolutions et des résistances à cause de cela. Croyez-moi il en sera de même en RDC.

Philippe Leruth : Comment comptez-vous mobiliser en RDC alors que les moyens decommunicationsont aux mains du pouvoir ? Est-ce que c’est facile de faire passer votre message ?

Honoré Ngbanda : Je suppose que vous suivez l’évolution dela situationen RDC. Vous aurez constaté qu’il y a 10 ans, je dirais même il y a 5 ans, le peuple ne s’intéressait pas beaucoup à la problématique de l’occupation de la RDC. Mais les choses ont évolué. Tenez, dernièrement, au mois de janvier à Kinshasa, le peuple était descendu dans la rue. Avez-vous entendu ce qu’il disait et chantait ? En avez-vous fait la traduction ? Il disait aux Rwandais au pouvoir à Kinshasa :«Rentrez tous au Rwanda !» Donc le peuple ne disait pas « allons aux élections » La semaine passée, il y a eu un match de football à Kinshasa qui a été dispersé avant la fin pourquoi ? Parce que le peuple chantait « Zoé allez chercher votre frère Joseph Kabila et rentrez au Rwanda ! » (Ndlr : cf Rencontre Vita Club – Shark X Samedi 3 octobre 2015, au stade Tata Raphaël de Kinshasa)

« Kabila » a ordonné aux policiers et à sa garde républicaine de jeter des grenades fumigènes dans la foule des supporters sur les gradins pour les obliger à quitter le stade. Cet incident est une preuve supplémentaire que le peuple prend progressivement conscience des causes réelles de la crise. Concernant les moyens de communication, vous le savez très bien, nous avons la chance aujourd’hui avec l’Internet et les moyens de communications actuelles, on ne peut plus phagocyter le peuple. Nous comptons surnotre jeunesse, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Et avec ou sans la communauté internationale, le peuple congolais sera debout.

Philippe Leruth : Mais ne pensez-vous pas qu’il faudra à la fois une pression de l’extérieur et de l’intérieur pour arriver à ce changement tel que vous le souhaitez ?

Honoré Ngbanda : Tout à fait, quand je parle de la communauté internationale, je ne vise pas toute la communauté internationale. Que ce soit aux USA, en Belgique, en France comme en Grande Bretagne,il y a des lobbies, des hommes et des femmes, des organisations, des ONG qui sont conscients de notre combat et qui nous soutiennent. Mais ils n’ont pas la même force que ceux qui sont au pouvoir dans ces pays. Donc nous avons des amis dans la communauté internationale sur lesquels nous comptons. Il y a aussi des hommes de bonne volonté épris de justice,il y a des journalistes qui ont encore aujourd’hui le sens de l’équité et qui nous soutiennent.

Parce que voyez-vous, on a entendu récemment le discours de François Hollande et d’Obama qui disent, concernant Bachar el Assad, qu’on ne peut pas faire asseoir ensemble les bourreaux avec leurs victimes, pourtant chez nous au Congo,ils demandent aux Congolais qui sont victimes, de négocier avec les Rwandais qui sont leurs bourreaux, allant jusqu’à demander aux Congolais de partager leurs richesses avec leurs bourreaux Rwandais ! Pourquoi deux poids deux mesures ? C’est pour cette raison que j’ai dit qu’il y a malgré tout,des gens de bonne volonté à travers le monde qui nous soutiennent et que nous comptons parmi nos amis et que nous tenons cachés; par ce que nous ne voulons pas qu’ils subissent des pressions ici en Occident. Mais croyez-moi, il y a beaucoup de gens chez vous qui nous soutiennent dans ce combat, tandis qu’il y en a beaucoup qui cherchent à connaitre la vérité et à la soutenir. Ils sont nombreux et nous comptons sur eux.

Philippe Leruth : Le changement a besoin de figures qui l’incarne, et vous êtes une de ces figures mais est ce que la grande difficulté, et notamment pour des raisons de sécurité, n’est pas le manque d’alternative en RDC ?

Honoré Ngbanda : Si je suis à la tête d’un grand mouvement de la résistance aujourd’hui,et je ne me suis pas imposé,ce sont des gens,particulièrement des jeunes qui sont venus me chercher car j’ai été le premier congolais qui a dénoncé l’occupation dans notre pays dès l’instant où on a imposé l’imposteur Joseph Kabila à la tête de la RDC (Ndlr : Cf Journal Jeune Afrique n°323/Janvier 2001).Je connaissais le secret de ce dossier parce  que je fus chef des services de sécurité et de renseignement dans mon pays pendant longtemps.Malgré tout, quand j’ai dénoncé cette imposture  au début, il y a eu des réticences. Mais aujourd’hui, faites vous-même votre enquête, à l’intérieur du pays, à Kinshasa ou à l’Est. Nous recevons actuellement beaucoup de messages de soutien des gens qui insistent pour que nous accélérions le combat de libération de la RDC. Beaucoup demandent comment rejoindre la résistance. Mais pour des raisons de sécurité, nous n’avons pas à dévoiler ici les détails de notre organisation. Sachez que toutes les couches de la population se mobilisent, y compris des militaires,des policiers qui aujourd’hui prennent conscience de la gravité du danger et nous rejoignent. Mais nous leur demandons d’être prudents et de travailler comme vous en Europe vous l’ avez fait lors de l’occupation allemande. Nous disposons aujourd’hui d’un vaste réseau à l’intérieur du pays et à tous les niveaux,même parmi les gens au sein des services de renseignements. Si aujourd’hui je dispose de tous les renseignements stratégiques à l’intérieur du pays, ce n’est pas par la magie, c’est grâce à notre 5è colonne qui nous informe. Ainsi nous comptons sur cette population qui se réveille et s’informe. Et je sais que demain, nous créerons la surprise, croyez-moi !

Philippe Leruth : Merci pour cet entretien Mr Honoré Ngbanda !

FIN

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Propos recueillis par 

Candide OKEKE & Guylain MUKOKO pour

L’ŒIL DU PATRIOTE


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