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Cas de Justine KASA-VUBU : La jeunesse congolaise appelée à tenir aux convictions pour éviter des erreurs

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image Justine M'POYO KASA-VUBU

Mme Justine Kasa-Vubu, l’ancienne représentante de l’UDPS au Benelux, semblait promue à un bel avenir politique. Pourtant aujourd’hui, elle passe inaperçue malgré son incessante activité. Qu’est-ce qui explique ce passage au désert ? Tentative de réponse.

A seulement 63 ans passés, les beaux jours de Justine Kasa-Vubu seraient-ils déjà derrière elle ? Sinon, comment expliquer le mutisme prolongé de cette ancienne passionaria de l’UDPS réputée bruyante. Tout porte à croire que son entrée au gouvernement AFDL en 1997 aurait fait plus de mal que de bien à sa carrière politique.

Aphone ? L’ex-représentante de l’UDPS au Benelux n’est pas de cet avis. Elle n’est pas d’accord même si une simple référence d’elle qui soit « récente » dans CongoIndependant.com est à trouver à la rubrique « Que sont-ils devenus ?  » laquelle date de 2010. Il n’empêche, au lendemain des Concertations Nationales d’octobre 2013, Le Potentiel s’est vu obligé de lui poser quand même cette embarrassante question : « Depuis douze ans, vous ne vous êtes jamais manifesté, ni n’avez exprimé un point de vue sur la marche du pays. Qu’est-ce qui explique ce silence ? « 

Réponse de l’intéressée: « Je pense que n’aviez pas été attentif aux initiatives que j’ai pu prendre. Il y en a eu pas mal ces dernières années« . Et Mme Kasa-Vubu d’énumérer ces « initiatives » : « des déclarations critiques au sujet de la CENI« , sa participation aux « présidentielles de 2006 « , la « création de sa formation politique« , le Mouvement des Démocrates (MD), etc. Lorsqu’un politique pense être « actif » alors que les media ne le « remarque » pas, c’est que tout simplement celui-ci prêche dans le désert et que personne ne l’écoute. Question : qu’est-ce qui a pu rendre nulle la « visibilité » de cette femme autrefois flamboyante ?

Des convictions politiques éphémères. Assumer des responsabilités à un haut niveau dans une formation politique d’opposition et passer du jour au lendemain avec armes et bagages dans le camp au pouvoir n’est pas nouveau dans le milieu politique congolais. Cette démarche singulière est plutôt mal perçue par l’opinion en général. Au Congo, elle a un nom : » vagabondage politique« . MM. Ngunz a Karl-i-bond, Birindwa, Fréderic Kibassa Maliba, Marcel Lihau, Ngalula Mpandanjila, Dikonda Lumanyisha, Olivier Kamitatu entre autres, en savent sans doute quelque chose, eux qui y ont laissé leurs plumes.

Aux yeux de beaucoup d’observateurs nationaux, Justine Kasa-Vubu était une « femme de fer« , une femme de conviction et des principes, promue à un bel avenir politique. De manière générale, on s’attend à ce que ceux qui ont des convictions les gardent pour longtemps. Qu’a fait celle qui ne cesse de clamer, en mémoire de son père avoir « un héritage politique à défendre » ?

Avant l’arrivée de l’AFDL, cette spécialiste de grandes formules jasait: « Après avoir subi un Président-Fondateur [Marechal Mobutu], je ne veux pas d’un Président-Libérateur [Laurent-D. Kabila] ». Mais en seulement quelques semaines, son discours vira à 190 degrés, au point de se dédire lors d’un entretien avec la journaliste belge Colette Braeckman: « Jamais je n’ai vu une dictature combattue avec succès par une lutte non armée« .

Ce qu’elle démontrait c’était ceci en fait: la stratégie de l’UDPS ne marche pas ; celle qui tient, c’est celle de l’AFDL. Contre l’avis de la direction de son parti (UDPS) et « après une mûre réflexion« , elle entra au gouvernement de LD Kabila où elle obtint le poste de ministre de la Fonction publique. Mais après seulement deux petits mois, elle en fut éjectée pour être nommée cette fois « ministre-résident » à Bruxelles. Là aussi, elle ne dura pas avant d’être évincée. Mais pour qui la connait, Mme Kasa-Vubu n’avait pas dit son dernier mot.

Plus combative que jamais, elle revint en 2006 pour prendre part aux présidentielles. Pour elle, il était temps de cueillir les fruits de son activisme politique. A ce sujet, c’est au quotidien Le Soir qu’elle déclarait le 14/08/1999 ceci: « J’ai pris beaucoup de risques en acceptant de travailler avec Kabila (…) et ces risques ont été payants en matière de notoriété« . Erreur de calcul ou naïveté ? Mais pour tout « dividende« , elle n’y obtint que 0,44% au premier tour, ce que ses ennemis politiques s’empressèrent de considérer comme le «  prix de sa traitrise «. Mais avant cela, toujours égale à elle-même, elle avait eu le temps de régler ses comptes avec L.D. Kabila dans un livre vindicatif titré « Douze mois chez Kabila » dans lequel l’ancienne ministre décrit le président LD Kabila comme un « maquisard » !

Avait-elle eu le temps de tirer leçon de ses « errements » ? Tout récemment, après une longue disparition de la scène politique, on l’a revu aux Concertations Nationales. Et la journaliste belge Marie-France Cros de La Libre Belgique de lui reprocher ses reniements à l’émission « Le Bar de L’Europe » le 14/01/2014 en ces termes: “Vous aviez dit que vous n’y participeriez que si on parlait des élections frauduleuses de 2011. On n’a pratiquement pas parlé de ces élections frauduleuses« . Une fois de plus elle a démontré que ses propres convictions n’étaient qu’éphémères.

Son bref passage aux affaires a laissé un bilan mitigé. Deux mois au ministère de la Fonction Publique, quelques mois à l’ambassade de la RDC à Bruxelles : voilà le parcours de Justine Kasa-Vubu au gouvernement. Qu’en retenir ? Dans un article intitulé « les aventures de Justine au Congo« , Collette Braeckman écrivait en mars 1998 qu’il existait « Un malaise à l’Ambassade de Bruxelles où l’on reprochait à l’ambassadeur d’avoir pris pour conseiller personnel son époux (…), et de ne pas régler les traitements du personnel engagé précédemment«.

A ces accusations, Mme Kasa-Vubu répondit sans tenir sa langue dans la poche:  » Outre qu’il [son mari] était compétent, j’ai préféré le choisir lui, plutôt qu’un autre, car je savais qu’on allait m’accuser de coucher avec mon conseiller. (…) J’avais droit à un cabinet. En n’engageant que mon mari, j’ai fait faire des économies à l’Etat ».

Avec son ministre de tutelle de l’époque (Bizima Karaha), les rapports étaient tendus. A ce sujet le Soir écrit que « se méfiant du titulaire des Affaires Etrangères, Bizima Karaha, Mme Kasa-Vubu soupçonnait des complots contre sa personne et refusa d’accréditer quatre nouveaux diplomates qui lui avaient été envoyés depuis Kinshasa mais qu’elle considérait comme des espions«. Quant au ministère de la Fonction Publique, « elle fut submergée par une tâche débordante«.

Quelques mois aux affaires, c’est très peu pour se faire une idée plus globale d’une politicienne de la trempe de Justine Kasa-Vubu. Il n’empêche, en relisant la presse belge de l’époque, il n’y est fait mention que de « conflits » avec LD Kabila, « heurts et malentendus » avec M. Bizima Karaha, ministre des Affaires étrangères, « soupçons et états d’âme » à Bruxelles. En peu de mots, il ne serait pas exagéré de dire que son bilan est plutôt mitigé. Une fois à la gestion des affaires du pays, celle qui clame « je veux que mon pays avance« , l’a-t-elle un tant soit peu  fait avancer?

Ses revirements politiques et ses conflits familiaux ont désorienté sa base électorale. Au lendemain de sa sortie du gouvernement, Justine Kasa-Vubu déclarait « s’être rendu compte qu’une partie de la population trouvait substance en ma personne, en ma sensibilité différente en tant que femme« . Ce constat était-il basé sur la réalité du terrain ou le fait des rapports flatteurs lui transmis par des collaborateurs très zélés ? Toujours est-il que ses résultats plus qu’humiliants aux présidentiels (0,44%) lui rappelèrent ce qu’elle était devenue : une naine politique.

Et pourtant, il faut se rendre à Singini, à Boma et dans le Mayombe, au Bas-Congo, pour voir à quel point les autochtones révèrent l’ancien président Kasa-Vubu. C’était un électorat qui voyait en Justine Kasa-Vubu une « héritière » politique de son père. Mais son revirement qui l’amena à quitter l’UDPS pour l’AFDL, au lieu de servir de catalyseur, l’a plutôt plantée. Mais il n’y a pas que cela.

Le « feuilleton des deux filles Kasa-Vubu » [Justine et son ainée Marie-Rose], ont fait le choux gras de la presse au Bas-Congo depuis 2010. Selon le journal matadien « La Cité« , ces deux sœurs sont en conflit au sujet d’une parcelle située dans la commune Kasa-Vubu à Kinshasa léguée à Marie-Rose par leur père. Le vieux journaliste Ntula écrit que « Justine s’est installée dans la maison et en a fait le siège de son parti politique (MD) sans titre légal« , ce qui a déplu à l’héritière et déclenché une querelle entre les deux. L’affaire fut portée devant la justice qui exigea le déguerpissement de Justine Kasa-Vubu. Mais comme dans un feuilleton digne du film « Dallas » avec la famille Ewing, l’affaire se développa d’épisode en épisode.

Le Potentiel du 08/05/2010 titrait : « Le Tribunal de Boma condamne Justine Mpoyo Kasa-Vubu à 14 mois de servitude pénale principale« . La raison ? « Destruction méchante des photos de famille qui ornaient la maison du feu Kasa-Vubu à Boma« . Il était reproché à l’ex-porte-parole de l’UDPS d’avoir « déchiré systématiquement toutes les photos où sa grande sœur Marie-Rose avait posé avec Joseph Kasa-Vubu« , images considérées comme un patrimoine national. Cette affaire souleva un tollé dans les media locaux qui prirent le parti de Marie-Rose Kasa-Vubu. Même La Cité, journal d’habitude équilibré, s’en est pris à Justine Kasa-Vubu « qui fait de la politique-fiction sans une base réelle« . Qui peut prétendre que toutes ces affaires l’ont grandie ?

Il est dommage qu’à l’âge où elle devrait faire parler d’elle et faire parler son expérience, cette femme pourtant douée apparait aux yeux de nombreux congolais comme une « has been« , comme une femme du passé, qui n’a plus rien à offrir. Son impatience lui aurait-t-elle joué des mauvais tours ?

[emmanuel ngeleka]


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