Colonel Eddy KAPEND : Un témoin gênant pour le pouvoir illégitime de la RDC

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image Eddy KAPEND IRUNG

La libération du colonel Eddy Kapend Irung et ses compagnons d’infortune s’impose. La raison est simple : insuffisance de preuves matérielles et doute méthodique. En réalité, Kapend est un témoin gênant pour le pouvoir illégitime de Joseph Kabila. 

Dans moins de cinq mois, le peuple congolais va commémorer le quatorzième anniversaire de la disparition du président Laurent-Désiré Kabila. Le mardi 16 janvier 2001, des tirs à l’arme automatique sont entendus au Palais de marbre où travaille et réside le Mzee. Qui tirait sur qui ? Mystère. Au début de l’après-midi, des dépêches d’agence annoncent que le chef de l’Etat congolais a été victime d’un attentat. L’assassin présumé - qui a été abattu à son tour - ferait partie des gardes du corps. 

Le mercredi 17 janvier, le ministre congolais de l’Information d’alors, Dominique Sakombi-Inongo (paix à son âme), annonce la désignation du général-major Joseph Kabila, 29 ans, chef d’état-major des forces terrestres, en qualité de «coordonnateur intérimaire» du gouvernement et de l’armée. Le jeudi 18 janvier, le ministre Sakombi "confirme" le «décès officiel» de LD Kabila. Assassinat ou coup d’Etat de palais?

Un mois après la mort de Mzee, on assiste à des rafles. Plusieurs proches collaborateurs du défunt président sont interpellés par les services de renseignements civils et militaires. Destination : Prison centrale de Makala. On peut citer notamment : Eddy Kapend Irung (aide de camp), Georges Leta Mangasa (Administrateur directeur général de l’ANR), Nono Lutula (conseiller spécial du chef de l’Etat) Yav Nawej (commandant de la ville de Kinshasa, décédé en juillet 2013), Nelly Twite Ngoy (secrétaire particulière du chef de l’Etat).

Dans un documentaire réalisé en 2013 par Arnaud Zajtman et Marlène Rabaud, l’ex-condamné à mort Marc-Antoine Vumilia - qui s’est évadé en 2012 de la prison de Makala -, raconte ses dix années passées dans ce lieu carcéral congolais. Agent de renseignements rattaché à la Présidence de la République, Vumilia fait partie des 30 condamnés à mort. Selon Vumilia, «les katangais ont inventé la théorie du complot en accusant les kivutiens d’avoir assassiné le Mzee juste pour garder le pouvoir». Une chose paraît sûre : la mort de Mzee a profité essentiellement aux "katangais".

Le 26 janvier, soit dix jours après la disparition de Mzee, «Joseph Kabila» est investi en qualité de président de la République. Dans son allocution inaugurale, il dit : «Je rassure le peuple congolais qu’une enquête judiciaire est déjà ouverte afin que la lumière soit faite sur les circonstances de l’assassinat de l’illustre disparu». «Je veux la vérité totale sur tout ce qui s’est passé», dira-t-il dans une interview au «Soir» de Bruxelles daté du 7 mars 2001. 

Le 2 février de cette même année 2001, le ministre Sakombi-Inongo va créer l’événement en affirmant dans un entretien avec «Le Soir» de Bruxelles qu’"il n’y aura pas d’enquête étant donné que l’assassin du chef de l’Etat a été abattu". Qui avait instruit « DomSak » de donner une telle nouvelle? Cette annonce a été battue en brèche par la pression populaire. la population voulait connaître la vérité. D’où l’ouverture du fameux procès dit des « assassins » de Mzee LD Kabila. 

De l’avis général, ce procès spectaculaire n’a pas fait éclater la vérité sur les circonstances exactes de la mort du troisième président congolais. Pire, l’accusation a été bien incapable d’apporter la preuve de culpabilité des personnes mises injustement aux arrêts. 

Depuis bientôt quatorze ans, des « faux coupables » sont embastillés à Makala pendant que le commanditaire et les sicaires paradent dans la ville. L’arme n’a jamais été retrouvée.

A Makala, les anciens proches collaborateurs de Mzee sont surveillés nuit et jour par des membres de la garde prétorienne de Joseph Kabila. Des «prisonniers personnels» du raïs.

Près de quatorze années après cet odieux assassinat, il s’impose, plus que jamais, à l’élite congolaise engagée de scruter, de manière impartiale, les méandres de ce mystère, afin d’établir la vérité, rien que la vérité, face à la défaillance d’une justice aux ordres du nouveau pouvoir, lequel se montre d’ailleurs réticent pour faire le point, sur l’issue de la parodie de procès conduite en 2002 par la tristement célèbre Cour d’Ordre Militaire. Au cours des audiences à huis clos, le ministère public, représenté par le très sulfureux procureur Charles Alamba, s’est évertué à faire passer Eddy Kapend pour l’assassin présumé.

Je voudrais, tout simplement, rappeler à l’opinion tant nationale qu’internationale que j’ai personnellement connu Eddy Irung Kapend. C’est un ami. Notre première rencontre a eu lieu à Kamina, au bureau du Commissaire Sous-Régional du Haut-Lomami pour une réunion d’évaluation de nos entités respectives. Notre Commissaire Sous-Régional était Kabuesa Seya au sobriquet de Moto Moto. Tandis que Eddy Kapend était Administrateur de Territoire, Commissaire de Zone de triste mémoire à Malemba Nkulu, et l’auteur de ces lignes était quant à lui, Administrateur de Territoire de Kabongo (donc chez les Baluba du Katanga), milieu dans lequel, j’ai pu admirer, la bonté, la spontanéité et l’enthousiasme des autochtones. Les meilleurs poissons du Congo, je les ai consommés là-bas, dans le Lac Boya, et non ailleurs. J’ai gagné ma petite vie comme n’importe qui, grâce au commerce du maïs, entre la gare de Kime et celle de Kitenge. A plus forte raison, je parle le « Kiluba », dialecte du coin, in fine, l’idée de ma démarche, c’est de montrer que rien dans ce monde n’est impossible et que la différence est une chance.

Je tiens à rappeler, cependant, que nous fîmes, moi et Eddy Kapend, des territoriaux les mieux côtés du District, Sous-Région à l’époque, non seulement pour notre militantisme éprouvé dans le Mouvement Populaire de la Révolution (MPR), mais également et surtout, pour notre compétence dans la territoriale active. Ainsi, loin de ma province d’origine, le Bas-Congo, presque perdu dans la magna des coutumes et traditions mystérieuses, ne voyant guère le grand Chef coutumier Kabongo, par respect des rites locaux, et la tombe de son feu père, de qui il a bénéficié du droit de succession, et qui fut, selon les explications reçues, enterré discrètement, dans le lit d’un cours d’eau, une rivière qu’aucun individu du village ou du territoire ne peut citer aisément le nom !

J’ai eu, à découvrir chez les Balubakat, des femmes et des hommes de grande intelligence, travailleurs, sages, serviables, de grande croyance religieuse, mais fort liés aux traditions auprès desquelles ils trouvent protection.

Face à cela, Eddy Kapend, bien que d’ethnie Lunda, du Katanga, ce dernier m’a souvent, prodigué des conseils utiles, pour m’en tirer dignement. Il m’a même présenté, chez le grand Chef des Lunda, Mwat Yav, personnalité forte, de son vivant, au cours d’une réunion d’évaluation économique, au Chef lieu de la Province, avec Louis Koyagialo, comme Gouverneur. Durant notre parfaite amitié avec Eddy, j’ai pu retenir, ses qualités humaines exceptionnelles, intelligent, inoffensif et un orateur hors- pair. 

Je serai tenté de dire que, bien qu’ayant une formation militaire par le passé, et de philosophe au cours de ses études universitaires, je parie que Eddy Kapend, n’a pas l’esprit de vengeance, ni l’idée de faire couler le sang d’un faible innocent. C’est un homme qui a une croyance en Dieu, et sait bien que le tout a « un début » et « une fin ».

Pour avoir connu, et côtoyer Eddy dans le Haut-Lomami, au Katanga, tenant compte de son attachement aux principes et valeurs d’humanisme, de moralité et d’éthique. Je mets fondamentalement en doute, l’accusation portée contre lui, de complicité ou d’auteur intellectuel, dans l’assassinat de Laurent Désiré Kabila, vis-à-vis de qui, Irung Kapend, devait soumission, même jusqu’à se livrer, par devoir de loyauté, cela, même jusqu’au sacrifice suprême. Donc, le Colonel Irung Kapend Eddy n’est interné en prison qu’injustement. Car depuis bientôt 13 ans de privation de sa liberté, éloigné des siens, notamment : son épouse et ses enfants, mineurs à l’époque des faits, la vérité n’a toujours pas éclaté sur les circonstances de la mort de Laurent Désiré Kabila. Et, la Commission conjointe des officiers Zimbabwéens, angolais et ougandais, chargée de l’enquête, n’ont jamais présenté à l’attention de l’opinion congolaise, la véritable identité d’un « assassin présumé ». La vérité reste donc suspendue dans le domaine de la rumeur, et de la spéculation ambiante. In fine, Eddy Kapend n’est qu’un parfait bouc émissaire, qu’on tue volontairement à petit feu, comme jadis, le sort vécu par le Général Yav Nawej,mort en prison, dans des conditions non encore élucidées ,pour étouffer, probablement, une certaine vérité « cachée ».

Ce qui me laisse dire, que Joseph Kabila, qui a pu récupérer le commandement, déjà stabilisé et tenu de mains de maître par Eddy Kapend, ce dernier, Joseph Kabila donc, n’est, en réalité, qu’un véritable imposteur, un homme cruel, à l’exemple d’Hitler, qui, à l’époque a jeté, en prison, non sans surprise, tous ceux qui pouvaient le démasquer. Et ensuite, la question que je me pose toujours : n’est-ce pas Joseph Kabila qui était à l’époque des faits, commandant des Forces Terrestres de l’Armée Nationale Congolaise ? Enfin, pourquoi n’ose-t-on pas le questionner à ce sujet ? Quel fut son rôle ? Qu’en pensent les professionnels de la justice ? Et où en est-on avec la commission d’enquête parlementaire sur le sujet ? Pourquoi cet accommodement qui tend à la prescription de l’infraction ? Pourquoi cette invraisemblable lâcheté ?

A l’évidence, pourquoi le Président de la Cour d’Ordre Militaire, le Général Nawele Mukongo, après avoir déclaré qu’il lui était difficile de conclure, au vu des éléments d’enquête en sa possession, n’indique-t-il pas les véritables commanditaires, complices et/ou éventuels assassins de Laurent Désiré Kabila ? Et pourquoi ajoute-t-il que le dossier "reste ouvert", pour permettre, enfin, à l’enquête de se poursuivre… et, au besoin, de parvenir à faire éclater la vérité?

La libération du colonel Eddy Kapend Irung et ses compagnons d’infortune s’impose. La raison est simple : insuffisance de preuves matérielles et doute méthodique. En réalité, Kapend est un témoin gênant pour le pouvoir illégitime de Joseph Kabila. 

Bamba di Lelo

Docteur en Sciences Politiques de l’UCL

Analyste des Questions politiques du Congo

E-mail : jbadil@hotmail.be


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