Ce jour-là : 21 août 1964, OLENGA a été vaincu par le Colonel MULAMBA

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image Coup d'Etat - Les généraux Mobutu et Mulamba s'entretenant avec le président du Sénat, Syvestre Mudingayi , après le coup d'Etat militaire du 24 novembre 1965

Le Colonel Leonard Mulamba (mort le 12 Aout 1986) et ses troupes reprennent Bukavu après des violents combats dans la ville et au bord du Lac Kivu. 500 personnes au moins ont été tuées.

Et voilà que ce soir, la radio nous annonce une grande nouvelle :

A Bukavu, Olenga a été vaincu par le Colonel Léonard Mulamba. C’est la première défaite des rebelles mulélistes qui refluent en désordre vers Kindu. Les combats ont été horribles, les pertes terribles des deux cotés. Des centaines de simbas jonchent le sol, et on peut lire dans leurs yeux morts la stupeur d’avoir été tués. Olenga n’est plus invincible. Les rebelles ne sont pas invulnérables. Est-ce si extraordinaire ?

L’ANC à Bukavu est placée sous les ordres du remarquable Colonel Mulamba, futur Premier ministre du Congo et plus tard, exilé comme ambassadeur à Tokyo où je le retrouverai.

(Patrick Nothomb, « Dans Stanleyville » (p.108-109)

Hormis la destruction des ponts routiers et notamment celui de Nzibira au Km 83 de la route menant de Kindu à Bukavu, l’ANC n’avait qu’une seule position défensive au carrefour de Burhale à 62 km de Bukavu et des soldats étaient stationnés sur la route de Stanleyville à Walikale.

D’autres défendaient la route de Kasongo et des parachutistes congolais du Lieutenant Songambele étaient postés au carrefour de Nya Gezi près de Bukavu aidés par les Bashi qui les informaient des infiltrations ennemies. Les Shi sont un peuple bantou d’Afrique centrale établi principalement dans le Bushi (territoire mushi ) à l’extrême est de la République démocratique du Congo, sur les territoires de Walungu, Kabare, Mwenga et Uvira. Leur ville de référence est Bukavu.

Les rebelles mulélistes avaient espéré rallier la population bashi à la cause de l’APL.Les bashi sont regroupés en plusieurs royautés souveraines. Il en existe neuf (Burhinyi, Kaziba, Lwindi, Ngweshe, Kabare, Katana, Nindja, Idjwi, Chinda, Luhwindja). Ces royautés sont dirigées par un Mwami dont le plus important était le Mwami de Kabare qui défendait ses terres ancestrales situées non loin de Bukavu.Le pouvoir du Mwami est très proche des administrés dans la mesure où c’est à celui-ci qu’il revient d’assurer la justice distributive au nom du Mwami.

Il répartit et octroie des terres aux habitants, il assure la co-habitation et organise la sécurité dans les quartiers du village. Le Mwami se rangea du côté des forces de l’ordre et ses guerriers, qui avaient été mis à la disposition du Colonel Mulamba, chassaient les intrus. 

Le Colonel Mulamba et ses Officiers passèrent en revue les informations reçues sur l’ennemi.  Les parachutistes congolais en position à Nya Gezi capturèrent une bande de rebelles dans la journée du 14 Aout. L’attaque surprise de la 5ème colonne prévue pour le 15 Aout fut ainsi mise en échec. De nombreux camions ennemis avaient été découverts en route vers Bukavu et les T28 attaquèrent des Simba qui tentèrent de traverser la rivière à Nzibira pour rejoindre leurs complices qui s’étaient déjà infiltrés dans Bukavu. Une grande partie des membres de cette cinquième colonne avait été attaquée par les guerriers de la chefferie de Ngweshe qui en tuèrent près de 300 à coups de lances ou de machettes.

Deux avions avaient été postés sur l’aéroport de Kamembe par le Colonel Mulamba et les Simba de la Ruzizi se cachaient au moindre bruit d’avion. Les avions avaient été postés depuis le 13 Aout 1964 et ils devaient faire des vols de reconnaissance et appuyer les défenseurs de Bukavu.

Des rebelles qui avaient été capturés dévoilèrent un plan prévoyant l’investissement imminent de Bukavu par 800 rebelles mulélistes.  L’alerte fut donnée et le Colonel Mulamba appela en renfort une compagnie du 13ème Bataillon de l’ANC stationnée à Luvungi pour l’envoyer en patrouille dans les collines.

Les avions de reconnaissance signalèrent au Colonel Mulamba l’arrivée de plusieurs colonnes de camions ennemis qu’ils attaquèrent à la mitrailleuse mais ils ne purent poursuivre leur attaque en raison des arbres qui les gênait. Les soldats congolais au carrefour de Burhale avaient abandonné leurs positions depuis longtemps.

Il n’y avait que deux coopérants militaires belges à Bukavu, le Major Diericx et l’adjudant René Urbain. Ils étaient considérés comme non opérationnels et ne possédaient pas d’armes .Selon les instructions de Bruxelles, il leur était interdit de se trouver en première ligne et le Colonel Mulamba les pria de rejoindre Cyangugu au Rwanda.

Pour défendre Bukavu, le Colonel Mulamba disposait du 7ème bataillon de gendarmerie du Major Yossa cantonné au Camp Saio et d’une compagnie du 13ème bataillon d’infanterie de l’ANC rappelé de Luvungi dont les soldats étaient en position sur la presqu’île du Lac Kivu appelée Nya Moma ou « la Botte ».

Leur mission était de défendre le QG du Colonel Mulamba .Le danger était imminent et le Consul belge Olivier demandait aux ressortissants belges de rejoindre l’aéroport de Kamembe situé au Ruanda. Une partie des militaires de la garnison avait déserté la ville pour se réfugier à Goma à la grande fureur du Colonel Léonard Mulamba.

Pendant ce temps, le major Yossa rejoignait le camp Saio pour mettre le 7ème Bataillon de gendarmerie en alerte. Une compagnie de gendarmes installa un barrage à la Place (qui sera plus tard baptisée Place Mulamba) qui se trouve près du Collège Notre Dame de la Victoire. La colonne de l’APL retardée par les raids aériens et par les haltes de ravitaillement, s’arrêta le 19 Aout au carrefour de Burhale pour se regrouper avant l’attaque.

Son commandant en chef Nicolas Olenga fit réquisitionner les véhicules de la mission catholique des Révérends Pères Blancs et il envoya une colonne par un itinéraire secondaire appelé « route des planteurs » par Kabare afin de prendre la ville en tenaille .Les Simba firent aussi prisonniers des planteurs européens qui essayaient de rejoindre Bukavu par véhicule et ils prirent possession de leurs véhicules.

La colonne parvint aux abords de la ville par la route de Shabunda et Nicolas Olenga établit une base de départ pour attaquer la ville. L’ordre fut donné et à 15H00, les premiers véhicules pénétrèrent dans la ville à grande vitesse. Ils étaient chargés de combattants drogués au chanvre qui faisaient feu de toutes leurs armes.Alertés par la fusillade, plusieurs milliers d’habitants congolais des communes indigènes s’enfuirent où ils purent.

Certains se réfugièrent au Collège Saint-Paul où les missionnaires organisèrent leur accueil .Les artilleurs congolais en position au rond-point du km 4 ripostèrent à l’attaque à coups de canon de 75 mm sans reculer et un obus toucha un camion rempli de jeunes mulélistes et fit plusieurs morts.

La section Armes Lourdes fut rapidement à cours d’obus et s’enfuit vers le QG ANC de Bukavu en camionnette emportant la pièce de 75 mm. Les artilleurs signalèrent à leur chef  qu’une centaine de camions bourrés de Simba étaient à la station d’essence. Pendant ce temps, les rebelles pénétraient dans les communes de Bagira et Kadutu et des coups de feu furent tirés pendant plusieurs heures. Les rebelles progressaient à vive allure vers « la Botte »  par la vallée de la Kawa avec une colonne de neuf camions chargés de leurs troupes de choc.

Les simba drogués débarquèrent des véhicules et ils dansèrent en chantant sur place et en agitant leurs armes aux cris de « Mulele Mayi » ensuite ils chargèrent la position de l’ANC qui défendait l’avenue de la République à la hauteur de l’Hôtel Résidence.

Les soldats étaient en pleine panique et ils abandonnèrent le barrage qui défendait l’accès du Quartier Général de l’ANC. Les rebelles parvinrent très vite près des bureaux du Colonel Léonard Mulamba.

Apres avoir disposé ses réserves le long de l’avenue de la République, le Colonel Mulamba est rentré à son QG où il est resté accroché à son téléphone pour donner des ordres. Mais tout se déroule en pagaille. On signale de vrais ou de faux rebelles dans toute la ville et, de la maison au bord du lac où il est installé, le Colonel Mulamba entend des rafales partout dans la ville.

Déjà on amène des blessés sur la terrasse du centre opérationnel où la panique règne. Des soldats isolés arrivent. Souvent sans arme.

- Mon Colonel ! Ils arrivent ! Ils sont en pleine ville ! 

- Mulamba leur demande : Où sont-ils ? 

- Nous sommes fichus, mon colonel. Ils sont juste derrière nous. Venez, on s’en va !  Mulamba leur répond : Mais où voulez-vous partir? Nous sommes le dos au lac et n’avons aucun moyen de passer. C’est formidable ça ! Vous avez peur de mourir, vous n’êtes pas des hommes !

Au bout de la rue les coups de feu se rapprochent. Le Colonel Mulamba se rend compte qu’il n’a d’autre solution que de marcher lui-même au combat.

Il empoigne le fusil semi-automatique de son chauffeur et rallie quelques hommes qui se trouvent là.

Il ordonne qu’on aille chercher l’auto blindée de l’autre côté de la presqu’île et qu’elle vienne derrière lui. Le Colonel glisse un chargeur dans le magasin de son arme, tout en marchant vers le petit square situé à trois cents mètres de son poste de commandement. Et Mulamba, décidé, marche à petits pas volontaires.

Il a à peine parcouru cinquante mètres que le premier rebelle surgit au bout de l’avenue. Il accourt en hurlant, le fusil à la hanche, il tire par à coup. Il est déchainé, horrible avec sa barbe noire touffue qui lui mange le visage. Dix mètres en arrière, d’autres hommes le suivent ; puis d’autres encore, assez distants les uns des autres. Les soldats hésitent autour de Mulamba.                               

Le gaillard, vêtu d’un smoke –probablement un ancien militaire, le reconnait. Il crie à ses compagnons tout en courant : - Mulamba ! le voilà ! Mulamba !

Sans se laisser impressionner par les rebelles qui accourent et se trouvent près de lui, Mulamba s’agenouille, vise comme au champ de tir et appuie sur la détente. Un choc raidit l’assaillant : la balle l’a touché à la hanche. Il boule, emporté par son élan, puis s’affaisse sur l’asphalte. Mulamba tire à nouveau : le suivant est également ‘’stoppé’’.

Quelque chose a brusquement changé autour du Colonel. Les soldats se reprennent, se mettent en position derrière les arbres qui bordent la corniche. Les balles de leur chef ont conjuré un sort mystérieux. Ils tirent sur tous les rebelles qui apparaissent devant eux. Lorsque Mulamba se redresse, une dizaine de cadavres s’étalent à quarante mètres de lui.

Sous sa conduite personnelle, les soldats se mettent à la poursuite des rebelles qui refluent au-delà du square. Le moral venait subitement de changer de camp.

L’auto blindée Ferret appuya la contre-attaque menée par le Colonel Mulamba.

La charge ennemie fut stoppée par ses tirs, mais des combats très durs se déroulèrent avec les Simba qui avaient reculé vers l’ancienne Poste.

La remorque du camion Stanor qu’ils avaient amené de Stanleyville était placée en travers de l’avenue et ils se mirent à l’abri pendant que leurs camarades retranchés derrière les murets de la Banque du Congo répondaient aux tirs. Une pétarade infernale éclata, faite de rafales ponctuées d’explosion. Les Simba déserteurs de l’ANC étaient reconnaissables aux effets militaires qu’ils portaient. Ils combattaient de manière assez disciplinée et ordonnée, mais le désordre et la confusion régnaient en maître chez les Simba provenant des jeunesses mulélistes. Ils consommaient énormément de munitions mais le ravitaillement en armes laissait à désirer.

Pendant ce temps, le Colonel Mulamba qui avait conservé son sang-froid stimulait les soldats par son courage et repoussait les attaques rebelles en faisant le coup de feu en première ligne. Il réussit, à la tête de soldats galvanisés par son courage, à repousser les rebelles de la Botte et le Colonel Mulamba fit établir un solide point d’appui à hauteur du monument Léopold II.

La section Armes Lourdes du 13ème Bataillon d’Infanterie remit en batterie le canon de 75 mm sans recul et deux camions transportant chacun une trentaine de Simba furent touchés de plein fouet par des obus.

Dans la soirée, les communications radio avec le QG ANC/Léopoldville furent rétablies et le Colonel Mulamba fit son rapport au Général Mobutu (commandant en chef  ANC)  sur la situation. Pendant ce temps, les soldats tiraient sur tout ce qui bougeait et l’Hôtel Royal Résidence fut pris par erreur pour un PC rebelle. Il subit un mitraillage en règle. Grace au Colonel Mulamba, il ne fut pas bombardé au mortier. Les colons européens s’étaient regroupés à l’Hôtel Touriste, avenue du prince régent.

Cet établissement était proche de la position installée par la compagnie du 7ème bataillon de gendarmerie du major Yossa à la place Costermans (actuelle Place Mulamba) et grâce au téléphone,  le Colonel Mulamba put rester en contact avec l’hôtelier pour avoir des nouvelles.

De Cyangungu, sur les collines qui surplombent Bukavu, la ville entière parait embrasée d’un immense feu d’artifice : de partout des gerbes de balles traçantes jaillissent et montent dans la nuit. L’opinion générale est que la ville de Bukavu vient de tomber aux mains des rebelles.

Des officiers belges de l’assistance technique (major Dierckx, adjudant Urbain et un lieutenant dénommé …..Bebronne) se rendirent dans la plaine de la Ruzizi pour prévenir le major Potopoto que les Simba attaquaient Bukavu et qu’il fallait des troupes pour prêter main forte au Colonel Mulamba. (Le lieutenant Gaston Bebronne et une équipe d’instructeurs para commandos bâtiront à Kota-Koli en 1965 un célèbre camp militaire disposant de logement, de pistes d’entraînement (cordes et obstacles), de voies d’escalade et même d’un terrain d’atterrissage pour Hercules C-130.

Le major Potopoto dépêcha des renforts et mobilisa son unité sur le champ.

Le bruit de la bataille pour Bukavu était perçu jusqu’au Rwanda où les habitants de Cyangungu assistèrent au spectacle des balles traçantes dont certaines se perdaient à Kamembe. Le bimoteur C-47 de l’US AIR FORCE s’apprêtait à évacuer le personnel diplomatique du consulat américain et les T-28D avaient été mis sous la lumière d’un éclairage de fortune car les pilotes ne pouvaient pas voler la nuit. Pendant ce temps au Rwanda, les diplomates US réfugiés à Cyangungu avec le consul Matheron alertaient l’ambassadeur Goodley à Kinshasa qui prit l’initiative d’un pont aérien entre Kamembe et Léopoldville avec les trois Hercules C-130 de la Joint Task Force.   Les C-130 repartirent avec une trentaine de soldats congolais blessés et dix cadavres. Le 8ème Bataillon d’Infanterie du Major Ndele et le 13ème Bataillon du Major Potopoto rejoignirent Bukavu dans la nuit par le grand pont de la Ruzizi. Le Colonel Mulamba ordonna d’arrêter le transfert des soldats à travers la ville et il décida de les regrouper près du Collège Notre-Dame de la Victoire.

Les rues de Bukavu offrent un spectacle de désolation : des corps déchiquetés jonchent le sol, des carcasses de voitures barbouillées de sang coagulé entravent la circulation, la plupart des façades sont ponctuées d’impacts et les rideaux de fenêtres brisées flottent lamentablement.

Heureusement le téléphone fonctionne entre le QG où commande toujours le Colonel Mulamba et le Major Ndele en position à l’Hôtel Touriste. Ce dernier est informé par le Colonel Mulamba que la contre-attaque est prévue pour le lendemain à six heures du matin. Une compagnie de 147 gendarmes katangais intégrés à l’ANC  débarqua des C-130 le lendemain matin et elle fut immédiatement dirigée vers Bukavu à la Place Mulamba pour participer aux combats.  L’offensive combinée conduite personnellement par le Colonel Mulamba à partir des deux verrous porta ses fruits et l’armée s’est rendue maitresse des quartiers de la commune d’Ibanda et les occupe. Mulamba et ses hommes attaquent Bagira le lendemain et occupent désormais la commune. Ce sera le même scénario pour Kadutu le jour suivant.

La réoccupation de la ville quartier par quartier va se réaliser avec une époustouflante maestria et la présence remarquée du Colonel Mulamba avec son fusil semi-automatique dirigeant les opérations de reconquête sur le terrain.

Près du carrefour aux feux rouges, à l’ancienne poste, là où les combats se sont poursuivis durant douze heures en présence du Colonel Mulamba, la scène fut particulièrement horrible.

En face de la sortie d’un cinéma a échoué une camionnette mitraillée par l’auto blindée : les corps d’une vingtaine d’hommes avaient été touchés de plein fouet.

Le Colonel Mulamba établit ensuite des points d’appui autour des quartiers réoccupés et ordonne un ‘’nettoyage’ des maisons. Cette opération durera trois longs jours car il ne dispose que de peu d’effectifs et aussi parce que les francs-tireurs se déplacent continuellement et font le coup de feu aux moments et endroits les plus inattendus. Des groupes de Simba résistaient à l’athénée, sur la presqu’ile de Dendere et  dans le bâtiment des Postes et Télécommunications.  Ils étaient encerclés par les soldats de l’ANC. D’autres se cachaient dans les jardins et certains avaient gagné les faubourgs. On dénombra près de 300 morts chez les rebelles, notamment près de l’Hôtel Léopold II. Les communes de Kadutu et Bagira furent bombardés au mortier pendant une heure. Les soldats attaquèrent les derniers nids de résistance des rebelles sans rencontrer de résistance. L’ANC avait capturé un matériel important, dont des camions civils provenant de Stanleyville, des jeeps, des armes automatiques, cinq camions et un mortier de 60 mm. Les rebelles décidèrent dans leur fuite d’occuper des positions abandonnées par l’ANC et ils tentèrent un assaut contre le carrefour de Nya-Ngezi .Ils attaquèrent en masse drogués et envoûtés aux cris de Mulele Mayi mais ils furent fauchés par les mitrailleuses des parachutistes congolais. Ils laissèrent près de 400 morts sur le terrain.

Le  13 août 1964, le Général Olenga prit la tête d’une colonne de renforts et rejoignit son quartier général avancé d’Ops Kindu. Malgré l’échec d’une première offensive sur Bukavu, il rêvait de s’emparer de la ville où il avait vécu avant l’indépendance et d’y défiler en vainqueur après un déjeuner au restaurant Bodega comme il l’avait promis.

Nullement découragé par son échec, le Général Olenga prépara une deuxième attaque sur Bukavu. Il comptait sur la centaine de soldats congolais ralliés à l’APL et sur les livraisons d’armes promises par les pays amis. Il fut renvoyé par Gaston Soumialot à Kindu pour préparer la nouvelle offensive sur Bukavu.

Lors de ce deuxième assaut rebelle, des dizaines de camions et de voitures rebelles terminèrent leur voyage sous les balles des avions T-28D au gué de Nzibira, véritable cimetière de véhicules sur la route de Bukavu. Les soldats regroupés autour du Colonel Mulamba, toujours présent sur la ligne de front, étaient déterminés. Ils repoussèrent les rebelles pris sous un déluge de feu impressionnant.

Le vendredi 21 à l’aube, l’aérodrome de Kamembe accueillit le C-47 de la FATAC (Force aérienne et de transport de l’armée congolaise) revenu de Baka pour assurer  la logistique et effectuer des reconnaissances aériennes sur la région.                         

Olenga avait définitivement perdu la bataille pour Bukavu à la date du 21 Aout 1964. Le Colonel Mulamba avait infligé une nouvelle défaite aux rebelles de l’APL.

Il renvoyait  les rebelles au-delà du périmètre de la ville grâce à une parfaite synchronisation entre les mouvements de l’aviation et des troupes au sol.

Selon Radio-Bukavu et Radio-Léo, l’APL encaissait une pile de dimension.

La Radio-Télévision Belge va confirmer la victoire finale de l’ANC et une fois de plus, le Colonel Léonard Mulamba n’a pas été vaincu. La bière coulait à flots et, l’épuisement nerveux aidant, tout le monde vivait dans une sorte d’état second. 

Bukavu fut une amère défaite et un échec sanglant pour les insurgés qui n’avaient pas prévu une telle organisation du Colonel Mulamba.

Elle fut la seule ville qui résista victorieusement  aux rebelles de 1964 et sa volonté de vaincre marqua le début d’une réaction contre le mouvement des insurgés.  

Les échos de cette victoire vont résonner dans le pays tout entier et au-delà des frontières de la république démocratique du Congo.

Le principal artisan de cette victoire militaire fut sans aucune contestation possible le Colonel Léonard Mulamba, celui que les congolais appelleront désormais ‘’ l’Homme de Bukavu ’’, ‘’ le Héros de Bukavu ’’. (Paul Masson, La Bataille pour Bukavu, Février 1965 et chronique de la Presse Africaine –Aout 1964). (*)

Dès que les combats furent terminés, le Colonel  Mulamba a organisé des défenses qui ont rendu la ville de Bukavu imprenable et il a commencé à resserrer la discipline au sein de ses troupes, qui en avaient un grand besoin.

Le Colonel Léonard Mulamba sauta dans sa jeep et, en compagnie de quelques officiers, de M. Boji, ministre provincial de l’Intérieur et de quelques journalistes internationaux, il décida d’aller dans les communes congolaises pour se rendre compte de la situation des civils.

Dans tous les quartiers de Kadutu et de Bagira, l’accueil fut chaleureux : les citoyens applaudirent en lui « le Héros de Bukavu ».

Le Colonel US Dodds (conseiller militaire) affirmera que le Colonel Léonard Mulamba vient de conduire les troupes de l’armée nationale congolaise (ANC) dans leur victoire sur les rebelles. Il confirme devant les journalistes congolais et étrangers que la victoire de Bukavu va marquer le début de retournement de la situation militaire dans la lutte contre la rébellion. Le Colonel Mulamba, qui vient de sauver Bukavu, est selon lui le meilleur Officier de l’ANC rencontré sur le terrain dans les opérations militaires.

La prise d’Uvira via Kamanyola va marquer pour le Colonel Leonard Mulamba la fin d’une campagne militaire : dans quelques jours, il rejoindra le poste de Chef d’Etat-major général de l’Armée nationale congolaise à Kinshasa (ANC).Il n’a pas voulu quitter le Kivu sans avoir repris le contrôle de la porte par laquelle la rébellion entra au Congo, cinq mois plus tôt.   Uvira peut être considérée comme celle qui fut la  première capitale de la République Populaire du Congo avant que le siège ne soit transféré à Stanleyville.Il s’agit également du premier poste officiel que l’administration belge installa avant la reconnaissance d’autres régions en direction du Lac Kivu et dont résulta la valorisation de Bukavu. (Suite ……)

[JMM]


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