TANGO FOUR : Le retour d'un kamikaze pour diriger un escadron de la mort de « KABILA »

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image Gabriel AMISI, dit Tango Four

Mis en cause dans un rapport onusien sur le trafic d’armes dans les deux provinces du Kivu, le général Gabriel Amisi Kumba - suspendu fin novembre 2012 de ses fonctions de chef d’état-major des forces terrestres - a été absous, mercredi 30 juillet sur décision de "Joseph Kabila". C’était lors d’une réunion du conseil supérieur de la défense présidée par ce dernier. Amisi a été accusé d’avoir vendu des armes aux groupes armés opérant à l’Est. En dépit de ces griefs gravissimes, l’officier, issu de l’ex-rébellion pro-rwandaise du RCD-Goma, était resté libre de ses mouvements. Une impunité qui tranche par rapport aux terribles représailles subies par les contradicteurs du régime pour des peccadilles. Le cas de l’opposant Eugène Diomi Ndongala et du pasteur Fernando Kuthino en témoignent. Selon une source militaire, le pouvoir kabiliste entend réhabiliter Gabriel Amisi dans ses anciennes fonctions. "En ce moment où il est contesté de toutes parts, Joseph Kabila a besoin de quelques "kamikazes" sans foi ni loi dévoués à sa personne", assure la source. Il semble que "Tango four" a le "profil de l’emploi". En d'autres termes : Joseph Kabila a besoin des individus comme Amisi pour diriger un escadron de la mort chargé de "neutraliser physiquement" les membres de l’opposition et créer des troubles aux quatre coins du pays, soulignent en chœur ces sources. Un bon alibi pour décréter l’état d’urgence. Ainsi obtenir le report sine die des élections de 2016...

Une semaine après la mystérieuse attaque du Camp Tshatshi - base de la garde prétorienne de "Joseph Kabila" -, le locataire du Palais de la nation est sorti de son mutisme légendaire. Mercredi 30 juillet, il a présidé une réunion du Conseil supérieur de la défense. Comme à l’accoutumée, plusieurs responsables politiques et sécuritaires étaient présents. C’est le cas notamment du Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, du ministre de la Défense, Alexandre Luba Ntambo, du chef d’état-major général des FARDC, le général d’armée Didier Etumba Longila, le patron de la police nationale, le commissaire divisionnaire Charles Bisengimana. Sans oublier, Pierre Lumbi Okongo et Kalev Mutond, respectivement conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité et administrateur général de l’Agence nationale de renseignements.

En lieu et place d’éclairer l’opinion nationale sur les conclusions de l’enquête ouverte sur les événements de ce mardi 22 juillet, le "commandant suprême des Forces armées de la République Démocratique du Congo et de la Police nationale congolaise" s’est limité à "féliciter" les forces de sécurité "pour la promptitude" avec laquelle elles ont neutralisé les assaillants. Le compte-rendu publié à l’issue de cette rencontre montent les enchères en présentant ces "agresseurs" comme une bande «d’éléments drogués utilisant des machettes et des fusils, convaincus de la puissance de leurs amulettes». Le ministre des Médias, Lambert Mende avait parlé de "trente malfrats". Avant lui, le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango, blâmait des "inciviques". On n’est pas sorti de l’auberge. 

Les congratulations présidentielles ne manqueront pas de donner l’envie de vomir à des observateurs qui fustigeaient l’incapacité d’anticipation des forces dites de sécurité. Des forces qui ont été prises au dépourvu. Il en est de même des "services" plus prompts à traquer les opposants qu’à "surveiller" les individus ou groupes susceptibles de menacer l’ordre public. Pendant une semaine, "Joseph" est resté muet comme une carpe. Une situation qui a donné du pays l’image d’un Etat non gouverné. Non administré.

Le général Amisi Kumba

Le Conseil supérieur de la défense a créé un petit événement en annonçant dans son compte-rendu que le général Gabriel Amisi Kumba, chef d’état-major des forces terrestres suspendu, a été "blanchi" par la commission d’enquête mise en place pour statuer sur son cas. "Après examen des éléments supplémentaires apportés par la commission d’enquête (...) et faute d’autres preuves probantes exigées", le Conseil a "approuvé" le rapport de la commission ayant "blanchi l’intéressé", souligne le compte-rendu.

Le 21 novembre 2012, des experts onusiens publiaient un rapport accusant le général Gabriel Amisi de vendre des armes aux groupes armés opérant dans les deux provinces du Kivu. Selon ce document dont une copie a été envoyée à Reuters, «le général Gabriel Amisi supervise un réseau de distribution de munitions de chasse pour les braconniers et les groupes armés, y compris Raïa Mutomboki». Le rapport ajoutait que "Tango Four" a ordonné que 300 fusils d’assaut AK 47 soient donnés au groupe Maï Maï Nyatura.

"Complément d’enquête"

Le 22 novembre 2012, "Joseph Kabila" publiait un communiqué suspendant Amisi de ses fonctions. Contrairement aux mœurs du régime, l’homme est resté libre de ses mouvements. Il s’est mis au service de l’AS Vita Club, un club de football kinois, dont il est le président. 

Début novembre 2013, de retour d’un voyage en Afrique du Sud, "Joseph Kabila" s’est arrêté à Lubumbashi. Il y a présidé une réunion extraordinaire du conseil supérieur de la défense. Les participants ont pris, à cette occasion, connaissance du "rapport partiel" rédigé par la "commission d’enquête" chargée d’examiner les "allégations" des Nations Unies contre le général major Amisi. Contre toute attente, "Joseph Kabila" demanda un "complément d’informations avant de se prononcer". Mercredi 30 juillet 2014, ces éléments complémentaires ont été jugés "peu probants".

Etat d’urgence

Qui est Gabriel Amisi Kumba? Amisi et "Joseph Kabila" sont quasiment sortis du même moule. Tous les deux ont été des proches du colonel James Kabarebe, alors commandant des opérations militaires de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre). Lors de la rupture de la "coopération militaire" entre le "Congo libéré" de LD Kabila et ses mentors ougandais et rwandais, fin juillet 1998, ceux-ci vont lancer une nouvelle "rébellion congolaise" : le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). L’état-major était dirigé par le commandant Sylvain Buki assisté de Malick Kijege et de... Gabriel Amisi. Celui-ci a laissé des sources atroces à Kisangani. Proche du régime de Kigali, "Tango four" est un "intouchable".

La source militaire de revenir à la charge : "Tango four a livré tout un arsenal aux bandes armées qui sèment la terreur au Nord Kivu. Il a ainsi fait le jeu du régime de Kigali. Un régime qui a besoin de ce genre de prétexte pour opérer des incursions sur notre territoire". 

Selon des sources, Amisi serait propriétaire d’une trentaine de villas à Kinshasa, Goma et Kindu. Bien que le communiqué du conseil supérieur de la défense ne précise pas si le général Amisi reprendra son ancien poste, le moment choisi pour sa réhabilitation constitue tout un programme. "Joseph Kabila a besoin des individus comme Amisi pour diriger un escadron de la mort chargé de "neutraliser physiquement" les membres de l’opposition et créer des troubles aux quatre coins du pays, soulignent en chœur ces sources. Un bon alibi pour décréter l’état d’urgence. Ainsi obtenir le report sine die des élections de 2016...".

[Baudouin Amba Wetshi]


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