Balkanisation, Eau, Désertification... : Les fossoyeurs de la RDC ne manquent pas d’imagination

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image Rivière Ubangi

Les fossoyeurs de la RDC ne manquent pas d’imagination pour faire disparaître leur proie. Ce qu’ils ont raté par la balkanisation, ils voudraient l’obtenir par l’asphyxie, à savoir le desséchement de la Cuvette centrale et la désertification du pays.

Une rencontre inédite s’est tenue les vendredi 4 et samedi 5 avril 2014 en Italie. Quatre Etats y étaient représentés, à savoir le Niger, le Nigeria, le Tchad et le Cameroun. Au menu : rechercher des fonds pour sauver le lac Tchad. Mais comment entrevoir sauver le lac Tchad à partir des eaux de la rivière Ubangi sans associer le Congo-Brazzaville, la RCA et la RDC ? L’offensive menée en Italie ressemble à une messe noire contre la RDC.

Les pays de la conférence du bassin du lac Tchad viennent de boucler une tournée de collecte des fonds auprès des bailleurs de fonds en Italie. Les pays riverains du lac Tchad ont ainsi cogité à Bologne et à Rimini en Italie. Pour le Tchad, le Niger, le Nigeria et le Cameroun, il s’agissait d’obtenir de leurs partenaires un décaissement de 800 millions d’euros. L’objectif recherché est de renflouer le lac Tchad qui a perdu 90% de sa superficie en cinquante ans.

Sauver le lac Tchad est une bonne chose pour les populations environnantes estimées à plusieurs millions de personnes. La République démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville et la République Centrafricaine sont les premiers concernés par cette opération. A moins que l’objectif soit celui de rechercher de l’eau vers d’autres sources au point d’éviter les premiers concernés dans le processus.

N’existe-t-il pas d’autres points d’eau pour sauver le lac Tchad en dehors de la rivière Ubangi en RDC ? Les études sont menées et des issues sont proposées à travers des structures comme CICOS. Entre autres objectifs de cette structure est de permettre au lac Tchad, sur qui repose la vie de nombreux Africains, de reprendre vie.

Obasanjo à la manette

La proposition a jailli de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Ce général venu à la rescousse de la RDC en guerre en 1998, avait cru bien faire de mettre les bouchées doubles. Il avait sollicité M’Zee Kabila pour sauver le lac Tchad en contrepartie des efforts internationaux consentis pour la pacification de la RDC. Cette diplomatie de coulisses a failli porter d’autant plus que le défunt président avait donné son accord de principe. Mais c’était sans compter avec un sursaut patriotique de l’ancien maquisard, qui avait plus d’un tour sous ses manches. Son préalable : la consultation des experts congolais sur le sujet avant d’envisager n’importe quelle décision.

Des experts consultés ont démontré l’impertinence de cette démarche. Fort heureusement pour la RDC, un colloque sur l’eau organisé pendant la même période à l’université de Kinshasa a permis aux scientifiques d’éclairer la décision des politiques. La RDC et les autres pays directement concernés n’avaient aucun intérêt à tirer de cette forme de solidarité. L’opération proposée dans ce cadre était pire qu’un simple changement de direction à donner à l’eau de la rivière Ubangi. Qui plus est, personne ne disait avec précision et de manière irréfutable les causes de l’assèchement du lac Tchad.

Capture = détournement définitif du lit

Les scientifiques avaient démontré par des arguments massues que l’opération de capture qu’on voudrait effectuer sur la rivière Ubangi serait purement et simplement un détournement définitif du lit du fleuve. Le lac Tchad étant situé en contrebas de la rivière Ubangi, le desséchement de la Cuvette centrale sera inéluctable et irréversible. La rivière Ubangi risquerait de quitter le Bassin du fleuve Congo pour devenir définitivement partie intégrante du Bassin du lac Tchad.

Par ailleurs, rien ne prouve que le problème du lac Tchad serait résolu grâce cette capture d’eau de la rivière Ubangi. Scientifiquement, aucune donnée ne fait la démonstration d’une solution durable. De graves déséquilibres sont redoutés tant sur l’écosystème que sur la production hydroélectrique, voire sur la navigabilité du fleuve Congo. La Régie des voies fluviales, la Compagnie maritime du Congo, ainsi que la SNEL se plaignent régulièrement de la sévérité de l’étiage depuis un temps. Pour ces sociétés d’Etat, l’eau du fleuve Congo diminue à un rythme tel qu’il ne serait pas de bon aloi de souscrire à pareille initiative. D’ores et déjà, sur le site d’Inga, il est fait état d’un ensablement tel qu’il est régulièrement imposé aux usagers des délestages afin de combler le déficit de production de l’électricité. Dans cette perspective, il faut dire adieu au projet de construction des barrages d’Inga III et IV parce que l’eau ferait cruellement défaut. 

Brazzaville, Kinshasa et Bangui aphones

A ce jour, Bangui peut être excusée parce que empêtré dans des problèmes existentiels de son Etat. Mais le silence de Kinshasa et de Brazzaville inquiète. Les deux capitales devraient donner de la voix et porter à la connaissance des initiateurs de ce projet leur détermination à barrer la voie à son aboutissement.

En fait, le Congo-Brazza est relié à sa partie Nord grâce à la rivière Ubangi. Acceptera-t-il de se priver d’une pareille potentialité ? Pourquoi les deux Etats n’élèvent-ils pas une vigoureuse protestation face à cette initiative qui vise, in fine, le transfert du problème du lac Tchad sur leurs territoires respectifs ?

Ce silence est coupable. C’est une attitude qui ne s’explique pas, quand bien même les trois voisins prétendraient éviter des réactions épidermiques. Pendant ce temps, les autres ne perdent pas leur temps. En diplomatie, l’anticipation est toujours la bienvenue. Elle est même proposée comme solution en vue de sortir d’une crise.

Les fossoyeurs de la RDC ne manquent pas d’imagination pour faire disparaître leur proie. Ce qu’ils ont raté par la balkanisation, ils voudraient l’obtenir par l’asphyxie, à savoir le desséchement  de la Cuvette centrale et la désertification du pays 

[lePotentiel]

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Le salut du lac Tchad passe aussi… par Bologne !

À l’initiative de Romano Prodi, donateurs et techniciens se sont réunis à Bologne, en Italie, pour tenter de trouver une solution à l’étiolement du lac Tchad. La situation est alarmante. Le lac Tchad, réserve d’eau commune à quelque 30 millions de personnes riveraines, s’étiole à vue d’œil. Sa superficie, de 25 000 km2 en 1975, s’est réduite aujourd’hui à moins de 2 000 ! Le Tchad, le Cameroun, le Niger, le Nigeria, la République Centrafricaine et la Libye ont pris très tôt la mesure de la catastrophe annoncée, mais se heurtent au coût colossal du financement pour contrer l’avancée de l’ensablement du lac. Malgré la constitution de la Commission du Bassin du lac Tchad, la plupart des solutions ébauchées n’ont pas encore vu un début de mise en pratique faute de financements.

C’est pour prendre le taureau par les cornes que le représentant spécial de l’ONU pour le Sahel, ancien Premier ministre italien et ancien président de la Commission européenne, Romano Prodi, a rassemblé, début avril en Émilie-Romagne (Italie), les représentants d’une soixantaine de pays et d’organisations internationales. Il s’agissait de gagner ce qu’il reste de course contre l’avancée au galop du désert en mobilisant décideurs et donateurs.

Jusqu’à une époque pas trop éloignée, les eaux du lac Tchad représentaient l’une des plus importantes réserves d’eau douce d’Afrique. Mais le risque qu’il court aujourd’hui en tant que ressource hydrique vitale est tout simplement celui de sa disparition, pas moins ! Le désastre serait écologique, mais ce serait avant tout une gigantesque catastrophe humaine aussi. La pauvreté des populations riveraines a déjà conduit à la contestation conflictuelle autour de ce qui reste de terres arables sur le pourtour du lac. Pêcheurs et éleveurs se disputent, alors que tout autour pousse des villages dont la survie dépend directement de celle du lac.

C’est cela qui pousse la communauté internationale à épouser la cause du sauvetage du lac Tchad. Il s’agit d’investir dans un processus conduisant au renversement de la tendance actuelle, résultat à la fois des changements climatiques, de la surpêche et du surpâturage autour de ce point de survie, de cette véritable oasis géante aux portes du Sahel. Une des solutions qui fait son chemin serait que le lac reçoive un supplément d’eau puisée dans le fleuve Congo. Cela demande la construction d’un aqueduc de plusieurs milliers de kilomètres. Et la volonté politique de conduire à bonnes fins une entreprise aussi pharaonique.

Les États traversés par le grand fleuve sont d’accord, avec certaines réserves. D’ailleurs, des pays comme les deux Congo, le Soudan et l’Égypte ont le statut d’observateurs au sein de la Commission du bassin du lac Tchad. En tout cas, la présence annoncée à cette conférence du président Mahamadou Issoufou du Niger, de Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria, de la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) Nkosazana Dlamini-Zouma et du président tournant de l’UA, Mohamed Ould Abdel Aziz, président de la Mauritanie, montre assez bien l’importance que l’Afrique accorde à cette question.

Tiré de www.adiac-congo.com du 31 mars 2014.


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