COP22 : Le challenge qui attend la RDC

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image COP21 - Raymond Tshibanda, ministre congolais des Affaires étrangères de la RDC.

La perspective 2016 de l’accord de la COP 21 consiste pour la RDC à s’investir dans sa mise en œuvre effective avant la prochaine COP 22, prévue à Marrakech, au Maroc, en novembre prochain. Pour cela, Benjamin Toirambe a interpellé son assistance sur une posture proactive en s’assurant que les dispositions de l’Accord de Paris ainsi que celles des décisions qui l’accompagnent trouvent une amorce de mise en œuvre. Il a insisté sur la nécessité de renforcer l’équipe de la Task Force Climat par une équipe de négociation multisectorielle, pluridisciplinaire et équilibrée. Ce qui permettra à la RDC de bénéficier, au mieux, des prescrits de l’Accord de Paris. L’autre challenge qui attend la RDC avant la COP 22 est la mise en place d’une équipe nationale des scientifiques congolais, appuyés par des scientifiques internationaux, pour faire avancer la recherche dans différents secteurs liés aux changements climatiques, en particulier dans le domaine de la REDD+. Globalement, 80% des attentes de la RDC ont été rencontrées à la Cop 21, estime Benjamin Toirambe.

La mise en œuvre en RDC des résolutions de la 21ème Conférence des parties sur le climat  nécessite l’engagement de l’Etat, des scientifiques, des ONG et de chaque citoyen congolais. L’enjeu du changement climatique étant éminemment scientifique, les scientifiques congolais demandent le financement de leurs travaux de recherche.

Hier mercredi 13 janvier, l’Institut Congolais de Recherche en Développement et Etudes Stratégiques(ICREDES) a organisé à la paroisse Notre Dame de Fatima à Kinshasa, en partenariat avec Radio-Télé 7,  son 5ème « mercredi de l’ICREDES), une matinée destinée à la réflexion sur une thématique majeure de l’actualité en RDC en vue d’éclairer l’opinion.

Le responsable de la Direction de Développement Durable du ministère de l’Environnement, Conservation de la Nature, Benjamin Toirambe, a été invité  à cette matinée d’échanges pour faire la restitution de la 21ème Conférence des parties sur le climat (Cop21), tenue à Paris, en France, du 29 novembre  au 12 décembre 2015.

En face de l’orateur principal se trouvaient le conseiller en charge des sciences de l’ingénieur du ministère de la Recherche scientifique et technologique, Pierre Bukasa Dickemen, et cinq professeurs d’université : François Mukoka Nsenda, directeur exécutif de l’ICREDES, Obadée Kibanda Matungila, coordonnateur des programmes à l’ICREDES, Taba Kalulu, doyen de la faculté des Sciences à l’UNIKIN, André Lubanza, coordonnateur adjoint chargé des programmes à l’ICREDES et Valentin Kanda Nkula, membre de l’ICREDES. Freddy Mulumba, vice-président du Groupe de presse « Le Potentiel », a assuré la modération de ces réflexions.

Dans sa restitution, le responsable de la Direction Développement durable du ministère de l’Environnement a centré son intervention sur un bref aperçu de la COP 21 de Paris,  les principaux enjeux de la Conférence, l’objectif principal, les attentes clés de la RDC, les résultats obtenus ainsi que les perspectives pour 2016 en RDC.

Les attentes de la RDC satisfaites à 80%

S’attardant sur les résultats obtenus à cette conférence sur le climat,  l’orateur a cité notamment  un accord politiquement contraignant : les pays développés devraient continuer à montrer la voie ; le processus REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation) est contenu dans l’accord ; la limitation de la température à 1,5°C ;  le financement de 100 milliards Usd par an ; le Comité de Paris se chargera du renforcement des capacités ; reconnaissance d’un objectif global.

Cependant, la perspective 2016 de l’accord de la COP 21 consiste pour la RDC à s’investir dans sa mise en œuvre effective avant la prochaine COP 22, prévue à Marrakech, au Maroc, en novembre prochain. Pour cela, Benjamin Toirambe a interpellé son assistance sur une posture proactive en s’assurant que les dispositions de l’Accord de Paris ainsi que celles des décisions qui l’accompagnent trouvent une amorce de mise en œuvre.

Il a insisté sur la nécessité de renforcer l’équipe de la Task Force Climat par une équipe de négociation multisectorielle, pluridisciplinaire et équilibrée. Ce qui permettra à la RDC de bénéficier, au mieux, des prescrits de l’Accord de Paris.

L’autre challenge qui attend la RDC avant la COP 22 est la mise en place d’une équipe nationale des scientifiques congolais, appuyés par des scientifiques internationaux, pour faire avancer la recherche dans différents secteurs liés aux changements climatiques, en particulier dans le domaine de la REDD+. Globalement, 80% des attentes de la RDC ont été rencontrées à la Cop 21, estime Benjamin Toirambe.

Les scientifiques congolais prêts à apporter leur expertise

En réaction à cet exposé, les scientifiques congolais ont répondu tous à l’unisson qu’ils sont prêts à accompagner les experts de l’environnement dans la lutte contre le changement climatique qui n’épargne aucun pays.

Les inondations, les températures élevées observés dans plusieurs contrées de la RDC sont la preuve que le pays subit déjà les effets du dérèglement climatique et qu’il faille s’investir aussi bien dans l’adaptation que dans l’atténuation.

Le professeur André Lubanza, à la lumière des résultats de la COP 21, a estimé que l’enjeu du climat aujourd’hui est aussi bien celui du développement que de la survie de l’humanité. Il s’est demandé comment en RDC peut-on faire de la question du climat un enjeu vital.

Comment la politique de l’environnement va-t-elle s’articuler avec les résultats de la COP 21 ? Comment la RDC peut-elle retrouver le leadership dans le secteur de l’environnement au regard de ses potentialités en matières de forêts et d’eau douce ?

Répondant à ces préoccupations, le patron du Développement durable en RDC pense qu’il faut un engagement de tous dans le combat du changement climatique. Il a lancé un appel aussi bien aux structures de l’Etat, aux centres de recherche comme l’ICREDES qu’à tous les citoyens pour parvenir à des résultats escomptés.

« Le climat devient une opportunité pour le développement. Il faut que la volonté politique amène toute la société à s’investir dans la lutte contre le changement climatique », a affirmé Benjamin Toirambe.

Il pense que l’arsenal juridique existant s’y prête. La RDC dispose d’une loi-cadre sur l’Environnement, d’un Code forestier, d’un Plan national climat, d’une Stratégie de développement sobre au carbone.

Il a surtout interpellé les scientifiques à apporter leur expertise dans la mise en œuvre de la REDD+. « Votre collaboration, votre appui est très essentiel. Il est temps que les universitaires, les centres de recherches se mêlent dans la danse », a-t-il lancé aux cinq professeurs d’université présents à cette réflexion.

Voilà qui a fait réagir le professeur Taba Kalulu, doyen de la faculté des Sciences à l’UNIKIN. Parlant de l’enjeu climatique actuel, Taba Kalulu soutient que le problème est éminemment scientifique.  Mais malheureusement, les scientifiques ne reçoivent pas de financement pour mener leurs recherches.

« Aucun professeur d’université n’a un budget de recherche », rétorque le professeur Taba. En trente ans d’enseignement, il constate qu’aucun laboratoire de recherche n’a été construit dans sa faculté.

« Jamais le pays (Ndlr : la RDC) n’a posé un problème à la faculté des Sciences et qui n’a jamais trouvé solution. Si seulement le ministère de l’Environnement peut poser le problème, on va chercher à le résoudre », affirme le doyen.

Citant plusieurs travaux menés dans sa faculté, le professeur Taba a signifié à l’expert du ministère de l’Environnement qu’il y a bel et bien une expertise locale que le gouvernement peut solliciter et trouver des solutions.

Cependant, il refuse des actions ponctuelles, mais plutôt des actions durables. Sinon, estime-t-il « on ne va pas atteindre l’émergence avec des discours politiques ».

Il est convaincu que le changement climatique peut être une opportunité pour lutter contre la pauvreté qui mine le pays ; pour autant que les dirigeants prennent le problème à bras-le-corps.

Appuyant l’intervention du son collègue de la faculté des Sciences, le professeur François Mukoka Nsenda a soutenu qu’il y a « un fossé profond entre le pouvoir et le savoir » en RDC.

Commencer par des actions simples

Le professeur Kanda Nkula  a, quant à lui, estimé qu’il faut vite sortir de l’euphorie de la participation à la Cop 21 et de concentrer les efforts dans les travaux scientifiques qu’appellent les résolutions de Paris. Il a plaidé aussi au financement des centres de recherches.

Le professeur Mukoka a estimé, par rapport aux actions de terrain, qu’il faut commencer par des initiatives toutes simples : l’interdiction à la circulation des vieux véhicules, le recyclage des sachets pour assainir l’environnement urbain.

La délégation de la RDC à la Cop 21 a été composée de 208 personnes. Elle a été conduite par le ministre des Affaires étrangères accompagné de son collègue de l’Environnement. Dans sa Contribution pays à la Cop 21, la RDC a évalué à 22.6 milliards américains ses besoins en adaptation et atténuation face au changement climatique. Kinshasa s’est engagé à une réduction de 17% des émissions de gaz à effet de serre.

L’ICREDES est une Asbl fondée le 13 mars 2003 par le professeur Justin Kankwenda Mbaya, un haut fonctionnaire du PNUD. Cette Asbl a entre autres objectifs :

- mener des recherches en développement sur toute thématique sociale, naturelle ou physique concernant la RDC et l’Afrique ; 

- mener des recherches stratégiques sur les thèmes et secteurs névralgiques du développement du pays ; 

- monter une base documentaire et de données dans le cadre de ses programmes de recherche, et au service du public congolais en général;

- créer et lancer un carrefour scientifique interdisciplinaire permettant l’échange d’informations et d’analyses, ainsi que la confrontation constructive des méthodes scientifiques, des théories et des résultats de ses recherches à la disposition de ses membres et des organismes publics et privés, nationaux ou internationaux qui le demandent.

[Amédée Mwarabu Kiboko]


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