Eaux de l’Oubangui : La RDC se prépare à la guerre ?

Font size: Decrease font Enlarge font
image Eaux de l’Oubangui

Depuis l’assèchement du lac Tchad, qui a déjà perdu  plus de 80% de son lit, ces pays plaident pour la dérivation des eaux du fleuve Oubangui, jouxtant la RCA et la RDC, pour l’approvisionner. Kinshasa reste opposé à ce projet. Profitant de la tribune de la COP 21, les pays du bassin du lac Tchad en font une priorité. « Le bassin du lac Tchad est devenu une zone de désolation où se joue l'un des plus grands drames humains de notre temps ». En faisant une telle déclaration devant ses paires Chefs d’Etat notamment occidentaux à la COP 21, Mahamadou Issoufou, président du Niger, sait qu’il est en train de toucher la corde sensible de ses interlocuteurs. Rien ne fait bouger actuellement les grandes puissances que le terrorisme. Ce plaidoyer vise principalement le soutien au financement du projet d’approvisionnement en eaux du lac Tchad. Jean Michel Dumond, Chef de la Délégation de la Commission européenne en RDC, déconseille les Congolais d’accepter un tel projet.  « C’est que je constate est que l’Oubangui est navigable aujourd’hui 122 jours par an seulement. L’exemple des dérivations  des grands fleuves a généralement été catastrophique. On a vu ce qui s’est passé avec la mer d’Aral (Ndlr : en Asie). Personnellement, je ne conseillerai pas au Congolais de dilapider ce magnifique capital ».

Des études prouvent que le changement climatique a eu une incidence sur l’émergence des deux plus grands groupes terroristes du moment. Les pays du Bassin du lac Tchad agitent cette corde sensible, le terrorisme, pour s’allier à leur cause les Occidentaux dans le projet de ravitaillement en eaux du fleuve Oubangui.

Quand les États-Unis d’Amérique considèrent le changement climatique comme une « menace immédiate » c’est que cette nouvelle donne risque désormais de régenter durablement les relations internationales.

Tenez, Bernie Sanders, l’adversaire d’Hillary Clinton pour l’investiture démocrate à la présidentielle américaine de 2016 affirme lors d’un débat télévisé le 15 novembre 2015 : « le dérèglement climatique est directement lié à l’expansion du terrorisme ».

L’affirmation de ce sénateur américain, peut-être futur président des USA, n’est pas gratuite. Elle s’appuie sur des rapports de la CIA et du Pentagone, le ministère de la Défense.

A la COP 21, Barack Obama soutient que le changement climatique était «l’une des principales menaces stratégiques » qui pesaient sur son pays. En fait, la montée des eaux menace les bases américaines stationnées un peu partout dans le monde, souvent en bord de mer. Cette montée des eaux risque de provoquer le déménagement des troupes américaines. Ce qui  affaiblirait la super puissance militaire du monde et donc ses alliés aussi.

Bien plus, des études faites aux Etats Unis et en Europe attestent que les deux groupes terroristes les plus virulents en ce moment ont profité des effets néfastes du changement climatique pour recruter des candidats au djihâd.

Selon Rfi, l’Académie américaine des Sciences a conclu dans un récent rapport que le réchauffement climatique avait contribué à la crise syrienne en aggravant la sécheresse. Ainsi, entre 2006 et 2011, 1,5 million de Syriens ont été forcés de migrer des zones rurales où ils étaient implantés depuis des générations vers des villes où rien n’était prêt pour les recevoir.

Cette situation explosive n’a fait que déboucher sur une guerre, poussant des millions d’autres Syriens vers l’exil et participant à l’émergence du groupe Etat islamique, Daech.

A en croire les chercheurs américains, soutient notre consœur, mises côte à côte, la carte des territoires où a sévi la sécheresse et celle où Daech s’est implanté sont pratiquement identiques.

En ce qui concerne l’Afrique, Rfi note ceci : « La lutte contre la désertification du lac Tchad a d'ailleurs occupé une grande partie des interventions des chefs d’Etats africains réunis ce mardi (Ndlr : 1er décembre 2015) dans un mini-sommet organisé par le président François Hollande en marge de la COP21.

Selon Mahamadou Issoufou, président du Niger, cette désertification participe à la déstabilisation de la région en aggravant la pauvreté, ce qui favorise l’implantation du terrorisme ».

La RDC opposée à l’approvisionnement du lac Tchad

Les pays du Bassin du lac Tchad sont le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Cameroun, la RCA, le Soudan et même l’Algérie.

Depuis l’assèchement du lac Tchad, qui a déjà perdu  plus de 80% de son lit, ces pays plaident pour la dérivation des eaux du fleuve Oubangui, jouxtant la RCA et la RDC, pour l’approvisionner. Kinshasa reste opposé à ce projet. Profitant de la tribune de la COP 21, les pays du bassin du lac Tchad en font une priorité.

« Le bassin du lac Tchad est devenu une zone de désolation où se joue l'un des plus grands drames humains de notre temps ». En faisant une telle déclaration devant ses paires Chefs d’Etat notamment occidentaux à la COP 21, Mahamadou Issoufou, président du Niger, sait qu’il est en train de toucher la corde sensible de ses interlocuteurs. 

Rien ne fait bouger actuellement les grandes puissances que le terrorisme. Ce plaidoyer vise principalement le soutien au financement du projet d’approvisionnement en eaux du lac Tchad. 

Au cours de l’émission « Dialogue entre-congolais » sur la Radio Okapi, Jean Michel Dumond, Chef de la Délégation de la Commission européenne en RDC, sur la question a déconseillé les Congolais d’accepter un tel projet.  « C’est que je constate est que l’Oubangui est navigable aujourd’hui 122 jours par an seulement.

L’exemple des dérivations  des grands fleuves a généralement été catastrophique. On a vu ce qui s’est passé avec la mer d’Aral (Ndlr : en Asie). Personnellement, je ne conseillerai pas au Congolais de dilapider ce magnifique capital ».

De son avis, déjà l’évaporation sera considérable rien qu’en amenant l’eau de l’Oubangui jusqu’au lac Tchad. « S’il faut ajouter les projets d’irrigation dans la région, c’est de l’eau perdue. Je suis d’accord avec des Congolais qui trouvent que c’est un projet relativement dangereux », a-t-il ajouté, soulignant que c’est un avis personnel.

Présent à ce débat, le député national PPRD François Zenkuye s’est aussi montré catégorique contre ce projet. 

« Ça serait criminel pour la RDC et pour l’humanité toute entière d’envoyer les eaux de l’Oubangui vers le lac Tchad. Cela signifiera tout simplement tuer l’agriculture sur toute l’aire du fleuve Congo. Ça serait tuer le projet de grand Inga. Déjà, il y a des périodes de baisse d’eau qui fait que le barrage d’Inga n’est pas bien approvisionné dans l’état actuel. La RDC ne cèdera pas en dépit des menaces des pays de la CEMAC (Ndlr : Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale)», a-t-il soutenu.

Avant d’alerter : « Nous étions en séminaire avec les parlementaires de la CEMAC. Ils nous ont clairement menacés que si on ne donne pas de l’eau il y aura des guerres. Donc, nous devons nous préparer à cette guerre si elle doit arriver».

Cette menace des pays du nord de la RDC doit être pris au sérieux. La guerre de l’Est fait déjà deux décennies sans qu’on en arrive à bout. S’il faut ajouter un autre front au nord du pays, les chances d’émergences de la RDC seraient compromises.

Il faut noter que la RDC partage avec ses voisins du Nord une frontière de plus de 1650 Km, soit plus du double de la frontière Est qui la sépare de ses voisins belliqueux que sont le Rwanda et l’Ouganda et que l’armée a du mal à maitriser.

La présence des éleveurs Bororos dans la région nord-est de la RDC peut justement être exploitée par les pays du Sahel, auxquels appartiennent ces nomades, en guise de pression sur la RDC pour faire passer le projet de ravitaillement du lac Tchad…

S’il faut considérer les actes terroristes relevés dans la partie nord-est de la RDC, il y a lieu de prendre toutes les précautions pour défendre l’intégrité de la RDC.

Surtout que la Monusco n’hésite plus à parler de terrorisme dans cette partie du pays. «Moi je pense que quand on tue comme ça comme c’était le cas dimanche dernier, un enfant de 2 ans, quand on achève des blessés dans un hôpital, quand on brûle un hôpital, c’est quoi ?

C’est du terrorisme ». Dixit le général Jean Baillaud, commandant intérimaire des forces de la Monusco, parlant des derniers massacres dans le Nord-Kivu.

[Amédée Mwarabu Kiboko]


Cet article a été lu 7700 fois



Vous devez être connecté pour laisser un commentaire. Inscrivez-vous, c'est gratuit !

Subscribe to comments feed Comments (0 posted):

total: | displaying:

Post your comment comment

  • Bold
  • Italic
  • Underline
  • Quote

Please enter the code you see in the image:

  • email Email to a friend
  • print Print version
  • Plain text Plain text
Newsletter
Email:
Rate this article
0