Duenas a été laissé libre et a quitté le palais de justice en compagnie de ses deux frères et de sa compagne, a constaté un correspondant de l'AFP.
Ricco, vainqueur de deux étapes de montagne (Super-Besse, Bagnères-de-Bigorre) et l'une des attractions de la course, a été déclaré positif à l'EPO.
Ce troisième cas positif depuis le départ a été confirmé par l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).
Son président Pierre Bordry a refusé d'en détailler la nature mais a précisé que l'Italien faisait partie des coureurs dont les paramètres sanguins avaient semblé suspects après analyse des prélèvements des 3 et 4 juillet.
Selon le site internet de l'Equipe, Ricco aurait utilisé une EPO retard récemment mise sur le marché, la CERA.
Présent dans le mobil-home de son équipe au départ de l'étape, Ricco a été emmené par des gendarmes à 12h50 (10h50 GMT), soit une demi-heure après l'annonce de la nouvelle, dans une voiture de son équipe.
Dans une immense cohue, le responsable de la formation espagnole sur le Tour, Matxin Fernandez, a déclaré ensuite que son équipe se retirait de la course et suspendait momentanément son activité cycliste.
Saunier Duval comptait encore sept coureurs dans le Tour après la 11e étape. Notamment le grimpeur italien Leonardo Piepoli, le vainqueur lundi dernier de l'étape de Hautacam qui est très lié avec Ricco.
L'Espagnol Juan Jose Cobo, qui occupait la huitième place du classement général juste devant Ricco, ses compatriotes David de la Fuente, Josep Jufre et Jesus Del Nero, le Suisse Rubens Bertogliati, sont les autres coureurs concernés par cette décision.
Ce retrait a replongé le Tour dans le scénario de l'année passée quand l'équipe Astana avait quitté la course après le contrôle positif (transfusion sanguine) de son leader, le Kazakh Alexandre Vinokourov. Cofidis avait fait de même après celui de l'Italien Cristian Moreni.
Leader de sa formation, Ricco était devenu à l'âge de 24 ans l'un des coureurs en vue du Tour auquel il participait pour la deuxième fois.
Deuxième du dernier Giro derrière l'Espagnol Alberto Contador, il avait décidé tardivement de courir le Tour comme l'avait fait en 1998 son idole, l'Italien Marco Pantani, décédé en 2004 d'une overdose de cocaïne près de six ans après sa victoire dans la Grande Boucle.
"Il est fou !", s'est exclamé Pietro Algeri, l'un de ses directeurs sportifs. "Je ne sais pas ce qu'il faut faire. Tout cela me donne envie de rentrer chez moi et de quitter le cyclisme".
Insensible aux rumeurs qui l'accompagnaient depuis son émergence en mars 2007 dans Tirreno-Adriatico, Ricco s'était toujours retranché jusqu'à présent sur une explication naturelle pour un hématocrite élevé, au-dessus de l'ancien plafond des 50 %.
Selon son équipe, le coureur de Modène -recalé dans les sélections amateurs pour ce problème- avait ensuite obtenu de la part de l'Union cycliste internationale (UCI) un certificat attestant cet hématocrite après s'être soumis à une batterie d'examens médicaux.
Ricco avait alors été recruté en 2006 par Saunier Duval, équipe dont la réputation a été écornée dans le peloton par son outrancière domination au Tour du Pays Basque 2007.
L'année passée, Piepoli avait connu aussi quelques soucis. Déclaré positif au Giro (salbutamol), il avait pu s'abriter derrière une autorisation d'usage thérapeutique pour ne pas être sanctionné.
Le contrôle positif de Ricco est le troisième dans le Tour 2008 après ceux des Espagnols Manuel Beltran (Liquigas) et Moises Duenas (Barloworld), tous deux déclarés positifs à l'EPO par l'AFLD en charge pour la première fois des contrôles sur la course.
"La lutte avance, c'est une confirmation. On s'est souvent gaussé de l'incapacité à trouver. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'écart (entre les tricheurs et l'antidopage) s'est réduit", a brièvement commenté le directeur du Tour Christian Prudhomme.
Dans le cas de Duenas, le Parquet avait ouvert une information judiciaire pour "fait d'usage et de détention de plantes ou de substances vénéneuses", pour lequel Duenas encourt "deux ans d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende", ainsi que pour "importation de marchandise prohibée", pouvant lui valoir "trois ans de prison et une amende douanière".
Gardé à vue à la gendarmerie de Tarbes mercredi matin, le coureur avait été conduit, sous escorte de gendarmes, vers le palais de justice, où un juge d'instruction lui a signifié sa mise en examen.
Lors d'une conférence de presse, le procureur de la République Gérard Aldigé avait indiqué que "du matériel médical et un produit prohibé ont été découverts mercredi par les gendarmes" dans les affaires du coureur de la Barloworld.
"Dans les placards et affaires personnelles du coureur, les gendarmes ont fait de nombreuses découvertes, dont du matériel médical", a déclaré le procureur, précisant qu'il s'agissait notamment de "seringues, aiguilles et poches de transfusion".
Les gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP), qui ont perquisitionné mercredi la chambre de Duenas, "ont trouvé un médicament appelé TAD qui ne bénéficie pas d'autorisation de mise sur le marché en France" et est "prohibé par l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé" (Afssa) et ne peut être importé en France.
"Une multitude d'autres produits" ayant la "forme de liquides ou de sachets" ont été également saisis, a indiqué M. Aldigé, mais leur "principe utile" sont pour l'instant "inconnus".